‹ L'Abandon a la Providence DivineChapitre 9 sur 68 · S IX · texte numérisé non relu

S IX

La révélation du moment présent est une source de sainteté toujours jaillissante,

O vous tous qui avez soif, sachez que vous n’avez pas à aller chercher bien loin la source des eaux vives; elle jaillit tout près de vous, dans le moment présent; hâtezvous donc d’y courir. Pourquoi, ayant la source si proche, vous fatigueriez-vous à courir après les ruisseaux? Les ruisseaux irritent la soif, ne vous donnent l’eau qu'avec mesure ; il n’y a que la source qui soit inépuisable. Si vous voulez penser, écrire et vivre comme les Prophètes, les Apôtres, les Saints, abandonnez-vous comme eux à l'inspiration divine.

O amour inconnu! il semble que vos merveilles soient finies, et qu’il n’y ait plus qu’à copier vos anciens ouvrages, à citer vos discours passés! Et l’on ne voit pas que votre action inépuisable est une source infinie de nouvelles pensées, de nouvelles souffrances, de nouvelles actions, de nouveaux Patriarches, de nouveaux Prophètes, de nouveaux Apôtres, de nouveaux Saints, qui n’ont pas besoin de copier la vie ni les écrits les uns des autres, mais de vivre dans un perpétuel abandon à vos secrètes opéra-

tions. Sans cesse, nous entendons dire : les premiers siècles! les temps des Saints! — Quelle façon de parler! Tous les temps ne sont-ils pas la succession des effets de l'opération divine, qui s'écoule sur tous les instants, les remplit, les sanctifie, les surnaturalise tous? Y a-t-il jamais eu une ancienne manière de s’abandonner à cette opération, qui ne soit pas de saison ? Les Saints des premiers temps ont-ils eu d’autres secrets que celui de devenir, de moment en moment, ce que cette action divine en voulait faire? Et cette action cessera-t-elle de répandre jusqu’à la fin du monde sa gloire, sur les âmes qui s’abandonneront à elle sans réserve ?

Oui, cher amour! adorable! éternel! et éternellement fécond et toujours merveilleux! Action de mon Dieu, vous êtes mon livre, ma doctrine, ma science; en vous sont mes pensées, mes paroles, mes actions, mes croix. Ce n’est pas en consultant vos autres ouvrages que je deviendrai ce que vous voulez faire de moi; c’est'en vous recevant en toutes choses par cette unique voie royale, voie ancienne, voie de mes pères; je penserai, je serai éclairé, je parlerai comme eux : c’est en cela que je veux les imiter tous, tous les citer, tous les copier.

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Le moment présent est la manifestation du nom de Dieu et l'avénement de son règne.

Le moment présent est toujours comme un ambassadeur qui déclare l’ordre de Dieu. Le cœur prononce toujours le fat. L'âme s’écoule ainsi par toutes ces choses dans son centre et dans son terme; elle ne s’arréte jamais,

elle va à tous vents; toutes les routes et toutes les manières l’'avancent également vers le large et l'infini. Tout lui est moyen; tout lui est instrument de sainteté, sans aucune différence. L’unique nécessaire se trouve toujours pour elle dans le présent. Ce n’est plus oraison ou silence, retraite ou conversation, lire ou écrire, réflexions ou cessations de pensées, fuite ou recherche des spirituels, abondance ou disette, langueur ou santé, vie ou mort; c’est tout ce que chaque moment produit par l’ordre de Dieu. C’est Ià le dépouillement, l’abnégation, le renoncement du créé, soit réel, soit affectif, pour n'être rien par soi, et pour soi; pour étre en tout dans l’ordre de Dieu, et pour lui plaire, faisant son unique contentement de porter le moment présent, comme s’il n’y avait au monde d'autre chose à attendre.

Si tout ce qui arrive à l’âme abandonnée est l’unique nécessaire, on voit bien que rien ne lui manque, et qu’elle ne doit jamais se plaindre : que si elle le fait, elle manque de foi, etelle vit par la raison ou par les sens, qui ne voyant jamais cette suffisance de la grâce, ne sont pas contents. Sanctifier le nom de Dieu, c’est, selon l’expression de l’Écriture, reconnaître sa sainteté, l’aimer, l’adorer en toutes choses. Les choses, en effet, procèdent de la bouche de Dieu comme des paroles. Ce que Dieu fait à chaque moment, c’est une pensée divine signifiée par une chose créée ; ainsi toutes celles où il nous intime sa volonté, sont autant de noms et autant de paroles, où il nous montre son désir, Cette volonté n’est qu’une en ellemême ; elle n’a qu’un nom inconnu et ineffable, mais elle est multipliée à l’infini dans ses effets, qui sont tous autant de noms qu’elle prend. Sanctitier le nom de Dieu, c’estconnaitre, adorer et aimer l’Être ineffable que ce nom

exprime. C’est aussi connaître, adorer et aimer son adorable volonté, à tous les moments, dans tous ses effets; regardant tout cela comme autant de voiles, d’ombres, de noms de cette volonté éternellement sainte. Elle est sainte dans toutes ses œuvres, sainte dans toutes ses paroles, sainte dans toutes ses façons de paraître, sainte dans tous les noms qu’elle porte.

C’est ainsi que Job bénissait le nom de D Cette désolation universelle, qui lui signifiait la volonté de Dieu, fut bénie par ce saint homme; il la nommait non une ruine, mais un nom de Dieu; et en la bénissant, il protestait que cette volonté divine, signifiée par les apparences les plus terribles, était sainte, quelque nom, quelque forme qu’elle prit. David la bénissait aussi en tous temps et en tous lieux. C’est donc par cette continuelle découverte, par cette manifestation, cette révélation de la volonté de Dieu en toutes choses, que son règne est en nous, qu'il fait en terre ce qu'il fait au ciel, qu'il nous nourrit incessamment. L’abandon à sa volonté comprend et contient toute la substance de cette incomparable prière, dictée par Jésus-Christ. On la récite plusieurs fois le jour vocalement, selon l’ordre de Dieu et de la sainte Église; mais on la prononce à tout moment dans le fond du cœur, lorsqu'on aime à souffrir et à faire ce qui est ordonné par cette adorable volonté. Ce que la bouche ne peut prononcer que par syllabes, et par paroles, et avec du temps, le cœur le prononce réellement à chaque instant; et les âmes simples sont ainsi appelées à bénir Dieu dans le fond de leur intérieur. Elles gémissent pourtant de leur impuissance à le bénir autant qr’elles le voudraient; tant il est vrai que Dieu donne à ces âmes de foi des grâces et des faveurs, par cela même

D’ABANDON 45 qui en paraît la privation. C’est là le secret de la sagesse divine, d’appauvrir les sens en enrichissant le cœur, et de remplir d'autant plus celui-ci, que ceux-là éprouvent un vide plus douloureux.

Ce qui arrive à chaque moment porte l'empreinte de la volonté de Dieu et de son nom adorable. Que ce nom est saint! Qu'il est donc juste de le bénir, de le traiter comme une sorte de sacrement, qui sanctifie par sa propre vertu les âmes qui ne lui opposent pas d’obstacle! Peut-on voir ce qui porte ce nom auguste sans l’estimer infiniment ? C’est une manne divine qui coule du ciel, pour donner un accroissement continuel dans la grâce. C’est un royaume de sainteté qui vient dans l’âme. C’est le pain des Anges, qui se mange sur la terre comme au ciel. Il n’y a rien de petit dans nos moments, puisque tous renferment un royaume de sainteté, une nourriture angélique.

Oui, Seigneur, que ce royaume vienne dans mon cœur pour le sanctifier, le nourrir, le purifier, le rendre victorieux de mes ennemis! Précieux moment! que tu es petit aux yeux du vulgaire! que tu es grand aux yeux que la foi illumine! Et comment estimer petit ce qui est grand aux yeux de mon Père qui règne dans les cieux. Tout ce qui vient de là est très-excellent! Tout ce qui en descend porte le caractère de son origine,

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k'action divine porte dans toutes les âmes la sainteté la plus éminente; pour se sanctifier, il suffit de s’abandonner à elle.

Ce n’est que faute de savoir faire usage de l’action divine, que tant de chrétiens passent leur vie à courir

avec anxiété après une multitude de moyens, qui peu-

vent être utiles lorsque cette divine action les ordonne, mais qui deviennent nuisibles dès qu’ils empéchent de s’unir simplement à elle. Toute cette multiplicité ne peut donner ce qu’on trouverait dans le principe de toute vie, qui nous est sans cesse présent, et qui imprime à chaque instrument un mouvement original qui le fait agir incomparablement.

Jésus nous à envoyé un maître que nous n’écoutons pas assez. Il parle à tous les cœurs, et 11 dit à chacun la parole de vie, la parole unique; mais on ne l’entend pas! Nous voudrions savoir ce qu’il a dit aux autres, et nous n’écoutons pas ce qu’il nous dit à nous-mêmes. Nous ne regardons pas assez les choses dans l’être surnaturel que l’action divine leur donne. Il faut toujours la recevoir et lui répondre, selon son mérite, à cœur ouvert, d’un air plein de confiance et de générosité; car elle ne peut faire de mal à ceux qui la reçoivent ainsi.

L’immense action qui, depuis le commencement des siècles jusqu’à la fin, est toujours la même en soi, s’écoule sur tous les moments, et elle se donne dans son immensité et dans sa vertu à l’âme simple qui l’adore, qui l'aime, et qui en jouit uniquement. Vous seriez ravi, dites-vous, de trouver une occasion de mourir pour Dieu : une action de cette force, une vie de cette manière vous serait agréable. Tout perdre, mourir délaissé, vous sacrifier pour les autres, ces idées vous charment.

Et moi, Seigneur, je rends gloire et toute gloire à votre action; je trouve en elle tout le bonheur du martyre, des austérités, des services rendus au prochain. Cette action me suffit; de quelque manière qu’elle me fasse vivre et mourir, je suis content. Elle me plait par elle-même, au delà de toutes es qualités de ses instruments et de ses

effets, puisqu'elle s'étend sur tout, qu’elle divinise tout, qu’elle change tout en soi. Tout m'est ciel; tous mes moments mesont l’action divine toute pure; et en vivant, et en mourant, je veux étre content d'elle.

Oui, cher amour, je ne vous marquerai plus les heures ni les manières: vous serez toujours le bienvenu. Il me semble, action divine, que vous m'avez dévoilé votre immensité. Je ne fais plus de démarches que dans votre sein infini. Tout ce qui coule aujourd’hui de vous, coula hier. Votre fond est le lit du torrent de grâces qui se répandent incessamment; vous les soutenez, vous les agitez. Ce n’est donc plus dans les bornes étroites d’un livre, d’une vie de Saint, ou d’uneidée sublime que je dois vous chercher. Ce ne sont là que des gouttes de cette mer que je vois répandue sur toutes les créatures. L’action divine les inonde toutes. Ce sont là des atomes qui disparaissent dans cet abime. Je ne chercherai plus cette action dans les pensées des personnes spirituelles. Je n'irai plus demander mon pain de porte en porte; je ne leur ferai plus la cour.

Oui, Seigneur, je veux vivre d’un air à vous faire honneur, en enfant d’un vrai père infiniment bon, sage et puissant, Je veux vivre comme je crois, et puisque cette action divine s'applique par toutes choses, à tout moment, à ma perfection, je veux vivre de ce grand et immense revenu : revenu immanquable, toujours présent, et de la facon la plus utile. Y at-il créature dont l’action puisse égaler celle de Dieu? Et puisque cette main incréée manie elle-même tout ce qui m'arrive, irai-je chércher des secours dans les créatures, qui sont impuissantes, ignorantes et sans affection? Je mourrais de soif, je courrais de fontaine en fontaine, de ruisseau en ruisseau, et voilà une

mer qui à fait un déluge; l’eau m’environne de toutes parts! Tout devient pain pour me nourrir, savon pour me blanchir, feu pour me purifier, ciseau pour me donner des figures célestes. Tout est instrument de grâce pour mes nécessités ; ce que je cherchais dans toute autre chose, cela me cherche incessamment, et se donne à moi par toutes les créatures.

O amour, faut-il que cela soit ignoré; que vous vous jetiez, pour ainsi dire, à la tête de tout le monde avec toutes vos faveurs ; et qu’on vous recherche dans les recoins où l'on ne vous trouve pas ? Quelle folie de ne point respirer dans l'air, de chercher où poset le pied en pleine campagne, de ne pas trouver d’eau dans le déluge, de ne pas saisir Dieu, de ne pas le goûter, de ne pas toucher son action présente en toutes choses !

Vous cherchez des secrets d’être à Dieu, chères âmes ? il n’y en point d'autre que de se servir de tout ce que Dieu vous donne. Tout mène à cette union; tout perfectionne, excepté ce qui est péché et hors du devoir : il n'y a qu’à recevoir tout et à laisser faire. Tout vous dirige, vous redresse et vous porte. Tout est bannière, litière et voiture commode. Tout est main de Dieu. Tout est terre, air, eau divine. Son action est plus étendue, plus présente que les éléments. Il entre en vous par tous vos sens, supposé que vous n’en usiez que par l’ordre de Dieu; car il faut les fermer, et résister à tout ce qui n’est pas sa volonté. Il n’y a point d’atome qui, en vous pénétrant, ne fasse pénétrer cette action divine jusqu'à la moelle de vos os. Tout est d’elle, et par elle. Ces liqueurs vitales, qui coulent dans vos veines, ne coulent que par le mouvement qu'elle leur donne ; toute la différence qui existe dans vos mouvements, la force ou la faiblesse, la langueur ou la vivacité, la vie ou

la mort, ce sont des instruments divins qu’elle met en œuvre pour opérer votre sanctification. Tous les états corporels deviennent sous son influence des opérations de grâce. Tous vos sentiments, toutes vos pensées, de quelque part que cela vienne, tout part de cette main invisible. Il n’y a ni cœur, ni esprit créé qui puisse vous apprendre ce que cette action fera en vous ; vous l’apprendrez par l'expérience successive. Votre vie coule sans cesse dans cet abime inconnu, où il n'y a qu’à toujours aimer et estimer pour le meilleur ce qui est présent, par une parfaite confiance en cette action, qui ne peut faire par elle-même que du bien.

Oui, cher amour, toutes les âmes arriveraient à des états surnaturels, sublimes, admirables, inconcevables, si toutes se contentaient de votre action! — Oui, si l’on savait laisser faire cette divine main, on atteindrait la perfection la plus éminente ! Toutes y parviendraient, car elle est offerte à tous. Il n’y a qu’à ouvrir la bouche, et elle y entrera comme d'elle-même : puisqu'il n’y a point d'âme qui n’ait en vous son modèle infiniment parfait, et que votre action ne travaille sans cesse à rendre semblable à ce modèle. Si elles lui étaient fidèles, toutes vivraient, agiraient, parleraient divinement; elles n'auraient que faire de se copier les unes les autres ; l'action divine les singulariserait toutes par les choses les plus communes.

Par quel moyen, Ô mon Dieu, pourrais-je faire goûter ce que j'avance à vos créatures !… Faut-il que j'aie un si grand trésor, et que, pouvant enrichir tout le monde, je voie les âmes mourir dans leur indigence ! Faut-il que je les voie sécher comme les plantes des déserts, alors que je leur montre la source des eaux vives! Venez, âmes simples, qui n’avez aucune teinture de dévotion ; vous qui

n’avez aucun talent, pas méme les premiers éléments d'instruction ; vous qui n’entendez rien aux termes spirituels, qui êtes étonnées de l’éloquence des savants et qui l'admirez; venez, je vous apprendrai un secret pour surpasser tous ces habiles esprits ; et je vous mettrai si au large pour la perfection que vous la trouverez toujours sous vos pieds, sur votre tête et autour de vous; je vous unirai à Dieu, et je vous le ferai tenir par la main, dès le premier moment que vous pratiquerez ce que je vous dirai. Venez, non pour savoir la carte du pays de la spiritualité, mais pour le posséder et vous y promener à l'aise, sans crainte de vous y égarer. Venez à nous, non pour étudier la théorie de la divine grâce ; non pour apprendre ce qu'elle a fait dans tous les siècles, et ce qu’elle fait encore, mais pour être les simples Sujets de son opération. Vous n'avez pas besoin de savoir les paroles qu’elle à fait entendre aux autres pour les réciter ingénieusement; elle vous en donnera qui vous seront propres.

SAXTIL

L'action divine peut seule nous sanctifier, parce que seule elle connaît l’'exemplaire divin de notreperfection.

L'action divine exécute dans la suite des temps les idées que l’éternelle sagesse a formées de toutes choses. Tout a, en Dieu, ses propres idées : cette seule Sagesse les connaît. Quand vous connaîtriez toutes celles qui ne sont pas pour vous, cette connaissance ne pourrait vous diriger en rien. L'action divine voit dans le Verbe l’idée de laquelle vous devez être formé ; c’est l’exemplaire qui lui est proposé. Elle voit dans le Verbe tout ce qui est convenable pour

toutes les âmes saintes. L'Ecriture sainte en comprend une partie, et les ouvrages que l’Esprit-Saint forme dans l’intérieur achèvent le reste, sur les exemplaires que le Verbe lui propose. Ne voit-on pas que l’unique secret de recevoir le caractère de cette idée éternelle est d’être un sujet simple entre ses mains, et que les efforts ni les spéculations de l'esprit ne peuvent rien faire pour cela? N’est-il pas manifeste que cet ouvrage ne se fait point par voie d'adresse, d'intelligence, de subtilité d'esprit, mais par voie passive d'abandon à recevoir, à se préter, comme le métal dans un moule, comme une toile sous le pinceau, ou une pierre sous la main du sculpteur? Ne voit-on pas que la connaissance de tous ces mystères divins, que la volonté de Dieu opère et opérera dans tous les siècles, n’est point ce qui fait que cette même volonté nous rend conformes à l’image que le Verbe a conçue de nous ? que notre ressemblance au type divin ne peut nous venir que de l'impression de ce cachet mystérieux ; et que cette impression ne se fait pas dans l'esprit par des idées, mais dans la volonté par abandon?

La sagesse de l’âme simple consiste à se contenter de ce qui lui est propre, à se renfermer dans les termes de son sentier, à ne point outrepasser sa ligne. Elle n’est point curieuse de savoir les façons d’agir de Dieu; elle se contente de l’ordre de sa volonté sur elle, ne faisant point d'effort pour la deviner par comparaisons, par conjectures, n’en voulant savoir que ce que chaque moment lui révèle; écoutant la parole du Verbe lorsqu'elle se fait entendre au fond de son cœur; ne s’informant point à l'Époux de ce qu'il a dit aux autres; se contentant de ce qu’elle recoit au fond'de son âme, de facon que, d’un moment à l’autre, tout la divinise à son insu. Voilà de quelle manièred'Époux

parle à son épouse, par les effets très-réels de son action, que l'épouse ne scrute point curieusement, mais qu’elle accepte avec une amoureuse reconnaissance. Ainsi la spiritualité de cette âme est simple, toute substantielle et intimement répandue dans tout son être. Ce ne sont point les idées ni les paroles tumultueuses qui la déterminent à agir ; car, étant seules, elles ne servent qu’à enfler. On fait un grand usage de l'esprit pour la piété; cependant il y est peu nécessaire ; il y est même contraire. Il ne faut faire usage que de ce que Dieu donne à souffrir et à faire. Et on laisse cette substance divine, pour occuper son esprit des merveilles historiques de l'ouvrage divin, au lieu de les accroître par sa fidélité.

Les merveilles de cet ouvrage, qui satisfont notre curiosité dans nos lectures, ne servent souvent qu'à nous dégoûter de ces choses petites en apparence, par lesquelles Pamour divin ferait en nous de grandes choses, si nous ne les méprisions pas. Insensés que nous sommes! Nous admirons, nous bénissons cette action divine dans les écrits qui racontent son histoire ; et, lorsqu'elle s'apprête à la continuer en écrivant sur nos cœurs, nous tenons le papier dans une inquiétude continuelle; et elle, nous Pempéchons d’agir par la curiosité de voir ce qu’elle fait en nous, et ce qu’elle fait ailleurs.

Pardon, divin amour, car je n’écris ici que mes défauts ! et je n’ai pas encore conçu ce que c’est que de vous laisser faire. Je ne me suis point encore laissé jeter au moule. J'ai parcouru tous vos ateliers, j’ai admiré toutes vos figures, mais je n'ai point encore eu l'abandon nécessaire pour recevoir les traits de votre pinceau. Enfin, je vous ai trouvé, mon cher maitre, mon docteur, mon père, mon cher amour ! je serai votre disciple, je ne veux plus aller

qu'à votre école. Je reviens, comme l'enfant prodigue, affamé de votre pain. Je laisse les idées qui ne tendraient qu’à satisfaire la curiosité de mon esprit ; je ne veux plus courir après les maitres et après les livres; je n’userai plus de ces moyens que sous la dépendance de l’action divine, non pour me satisfaire, mais pour vous obéir, comme en toutes les choses qui se présentent. Je veux me renfermer dans l'unique affaire du moment présent, pour vous aimer, pour m'acquitter de mes obligations, et pour vous laisser faire.

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