ACTE I, SCÈNE V
LOUISE
Non, pas un mot, c'est vrai. Mais il faut me laisser. Il doit être bien tard, cette allée est déserte, Et je demeure loin...
JULIEN
Ah ! je ne veux pas, certe, Que vous rentriez seule en ce quartier perdu. Je vous reconduirai chez vous, c'est entendu.
LOUISE
Pourtant...
JULIEN
Mais maintenant, vous êtes encor lasse.
Tout à l'heure. Voyons, reprenez votre place. Ayez des sentiments pour moi plus confiants.
LOUISE
Oh! vous, monsieur, avec ces grands yeux suppliants, Vous me ferez commettre une grande folie.
JULIEN
Non, pas ce front boudeur. Vous êtes moins jolie.
LOUISE
* C'est ainsi.
JULIEN
Mais de quoi, migpionne, avez-vous peur?
LOUISE
* Mes regards sont voilés comme d'une vapeur,
* Mon cœur bat... Je ne sais, mais mes terreurs sont celles
* D'un papillon captif qui tremble pour ses ailes.
Hélas! ne soyez pas méchante, et bannissons De nos jeunes esprits la crainte et .les soupçons. S'agit-il entre nous de chasseur et de proie, Quand cette nuit de fleurs et d'astres nous envoie Ses plus tièdes parfums et ses plus purs reflets ? . . . Ah ! si vous le vouliez ?. . .
LOUISE
Eh bien, si je voulais?...
JULIEN
Oui, si vous pouviez lire en ces yeux bien sincères, Enfant, nous unirions gaîment nos deux misères. D'abord, je le veux bien, nous ne serions qu'amis. Pas d'amour. Entre nous rien que de très-permis. Je pourrais embrasser cetce main-là, mais gare A ces ongles mignons, si mon baiser s'égare.
Donc je serais très-sage et très-respectueux, C'est dit ; mais nous aurions des plaisirs vertueux. Tenez. Nous passerions ensemble la soirée, De quelque causerie au hasard inspirée Reprenant ou laissant s'interrompre le fil.
Vous seriez prés de moi, charmante de profil,