MÉTHODE JUIVE
Le méthode israélite d’abattage se pratique de la façon suivante
L'animal à sacrifier est couché sur le côté droit au moyen d'appareils basculants, contre lesquels on l’a, au préalable, fixé, dans les abattoirs perfectionnés ; ou bien, plus simplement, mais plus brutalement, en lui entravant les membres et en le soulevant de terre au moyen du treuil de levage du local d’abattage.
Au fur et à mesure qu'il est soulevé l'animal perd l'équilibre, ce qui permet à l’aide qui tient la tête et la dirige, de coucher l’animal sur le côté droit.
La tête est maintenue en extension forcée en vue de tendre la région trachélienne et de la rendre accessible au sacrificateur.
Celui-ci s'approche alors, armé d’un long couteau appelé glaive ou damas, dont il s’assure l'intégrité du tranchant en passant l’un de ses ongles mouillé sur toute la longueur. Puis il saisit largement de sa main gauche la peau de la gorge et après s'être recueilli un instant, comme s’il faisait une courte et muette prière, il tranche d’un seul coup, jusqu'aux vertèbres cervicales, sans y toucher cependant, la peau, les muscles trachéliens, la trachée, l’œsophage, les jugulaires, les carotides, les nerfs vagues, récurrents et sympathiques cervicaux.
Un énorme flot de sang jaillit : le sacrificateur se retire, cependant que les aides doivent soutenir la tête
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et les membres antérieurs jusqu’à ce que l’animal devienne complètement inerte.
Cette méthode a soulevé de nombreuses polémiques. À côté de nombreux détracteurs, et nous passerons sous silence les attaques d’origine religieuse, elle a eu de chauds partisans. Nous passerons en revue les griefs qu'on lui reproche et ensuite ses réels avantages.
Le premier de ces griefs est la perte de temps occasionnée par la préparation de l’animal avant le sacrifice.
Le deuxième, et le plus important, vise les souffrances excessives de l’animal manifestées par des convulsions, des réactions des membres, de la tête, et qui impressionnent beaucoup les spectateurs de l'abattage.
Enfin, un troisième grief, qui découle du précédent, concerne les dangers courus par les aides du sacrificateur pendant les mouvements convulsifs de l’animal.
Villain écrivait, en 1886, dans son Manuel de l’Inspecteur des Viandes
« La malheureuse bête se débat au milieu de souf- « frances atroces, les muscles de la face sont animés « de mouvements convulsifs, les masseters se con- « tractent, la langue s'échappe de la cavité buccale, « l'œil devient saillant, roule dans l’orbite et ne de- « vient fixe que lorsque la mort a enfin raison des ef- « forts désespérés de la victime, après une agonie de « près d'un quart d'heure. »
En 1892, le Gouvernement Fédéral Suisse a absolument interdit cette méthode, en lui reprochant
1° La perte de temps occasionnée par la préparation de l’animal ;
2° La durée de sa mise à mort et surtout les souffrances endurées pendant la longue agonie qui impressionnent les spectateurs de l’abattage.
Parmi les défenseurs de la méthode juive, citons le Docteur J.-A. Dembo, qui fit paraître, en 1894, une thèse en l'honneur de cet abattage. Pour lui, la méthode juive est la meilleure et possède des avantages de tous ordres qu’il résume dans les propositions suivantes
« [. — Au point de vue humanitaire, c’est la moins « cruelle de toutes.
« En effet
« a) Par l’anémie du cerveau, elle amène le plus « rapidement et le plus sûrement l’inconscience et l’in- « sensibilité ;
« b) L'’incision, si elle est faite avec un couteau bien « tranchant et affilé, est par elle-même indolore et n’at- « teint que peu de filets nerveux sensitifs ;
« c) De nombreux appareils spéciaux permettent « de lier rapidement et de jeter bas les animaux sans « douleur pour eux et sans danger pour les aides. »
Après lecture de l'ouvrage du Docteur Dembo, on est frappé de la façon exagérée avec laquelle il appuie sur les inconvénients des autres moyens d’abattage passés en revue pour faire ressortir les avantages du procédé juif. D’un côté, on ne rencontre que des ouvriers maladroits et brutaux alors que de l’autre ce ne sont que sacrificateurs exceptionnellement habiles.
Toutefois, on doit reconnaître, notamment pour les veaux qui sont saignés, que la méthode juive est moins
douloureuse.
L'humanité commanderait que la saignée comme
la pratiquent nos bouchers soit complétée par la section immédiate du bulbe, opération non pratiquée.
La saignée à blanc que recherchent nos bouchers
pour les veaux est justement obtenue par le mode juif
qui a l’avantage de supprimer la sensibilité générale
du sujet sacrifié par anémie cérébrale rapide.
Pour en terminer, nous ferons nôtres les idées qu a
exposées Monsieur Barrier, à l’Académie Vétérinaire
de France, en 1931
« Les résultats de la jugulation sont parfaits. L'’effusion sanguine y est poussée plus loin que dans la saignée unilatérale; non seulement parce que les quatre grands vaisseaux sont l’objet d’une section transversale complète, mais parce que les mouvements relevant de l’automatisme respiratoire, les convulsions cloniques et toniques des muscles locomoteurs, ont pour effet d'augmenter l’hémorragie et d'anémier plus totalement les viscères et la chair que le ne le fait la saignée due à l’ouverture de deux vaisseaux cervicaux seulement sur un sujet rendu immobile par l’assommement ou la térébration cranio-cérébrale.
« Malheureusement, les phénomènes réactionnels qui accompagnent la jugulation donnent aux témoins de cette agonie, lorsque le sujet n’est pas solidement maintenu, l'impression que le patient doit souffrir, parce que le plus souvent ils ignorent que ces seccousses convulsives sont exclusivement de nature réflexe et non perçues par la conscience.
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« Tous ces phénomènes sont d’origine réflexe, inconscients, plus ou moins accusés, selon les espèces et les individus et déterminés par l’anémie et la chute de la pression sanguine provoquée soudainement par la jugulation.
« On comprend que les personnes ignorantes et émotives soient enclines à les interpréter comme actes de défense de l'animal qui sent le danger et veut s’y soustraire ; que ce spectacle leur paraisse barbare, cruel et qu'elles demandent sa suppression la généralisation des procédés modernes d’abattage, qui foudroient et rendent instantanément inertes, visiblement inconscients, les animaux auxquels on les applique.
« 1 y aurait lieu toutefois de modifier un peu la méthode, notamment de simplifier les préparatifs de mort qui sont longs ; de modifier la contention de façon à empêcher les convulsions et les actes de simili-défense de l'animal pendant son agonie, qui impressionnent si fort les spectateurs ; enfin de tenir la tête en position la plus déclive possible pour favoriser la saignée et l’activer le plus possible. »