CHAPITRE II
son maire.- Incendie de* premier» édifice*, 1083. — Hugue*. doyen de l'église de Cambrai , vient a Anchin. — 11 dirige le* travaux de reconstruction. — Consécration de la nouvelle église, le 1S octobre 1086. — Fêtes de la dédicace de l'Eglise. — Construction de* quatre clochers. — Chambre judiciaire. — Le chevalier Hasulanon de Cambrai , bienfaiteur de l'abbaje. — 11 fonde un hospice. — Travaux de dessèchement. — Etablissement d'un moulin à eau dans l'enceinte du monastère. — L'abbé Alard , avec deux de ses moine* , est mandé à Affliçhem. — Mort d'Alard , premier abbé d'Anchin , 1087. — Dom Anselme, 2* au»', — sa prélature ne dure qu'un an , — il meurt en 1088 , — il est honoré comme un saint. haymekic, 3* abbé. — Fondation du prieuré d'Aymrriet, par Hermcngarde. — Charte de fondation, donnée par l'évéque Gérard il. — Mort d'Hugues, à Anchin, en vm. - Mort de Sigler de Loo», en 1094.
Ainsi qu'il a été dit, les premiers édifices du monastère d'Anchin avaient été construits fort à la bâte , et en grande partie de matériaux légers : des branchages , des bruyères et des roseaux. Et quatre ans après , en l'an du salut 1083 , par l'imprudence d'un frère, qui approcha sans précaution une lumière de son lit , le feu prit et consuma entièrement le monastère 1 , à l'exception d'une seule cellule qui fut épargnée. On conçoit que l'incendie trouva un aliment facile au milieu de ces frêles constructions que la flamme n'avait qu'à lécher pour les embraser. On comprend aussi quelle fut l'épouvante des frères surpris par le fléau. Tout en peu d'heures fut dévoré : oratoires , cloîtres, cellules, ainsi que les meubles et ustensiles, et tous les livres d'études et de piété : missels , graduels , antiphonaires , etc.
Cependant , au premier signal du désastre , le vénérable abbé se porta en personne sur les lieux avec tous les moines et tous ceux qui étaient attachés au service de l'abbaye. Les fidèles et ceux qui par leurs donations s'étaient dès l'origine consacrés à la fondation et à la construction du couvent, accoururent de toutes parts, offrant |leurs secours et leur dévouement.
Mais l'abbé et les moines, dépourvus de toute ressource pécuniaire, envoyèrent vers Hugues , doyen de l'église de Cambrai. C'était un homme de haute piété et de grandes richesses. Dans les premiers temps et à l'époque où lui-même était entré en religion , il avait assisté avec Gérard à l'inauguration du monastère, et il avait déjà dépensé de grandes sommes pour ériger les cellules et les autres constructions du premier établissèment. Certes , de lui aussi l'historien de Cambrai aurait pu dire qu'il était a comme l'encens qui répand sa plus douce odeur dans le feu , comme la grappe qui , plus elle est pressée , plus elle donne de liqueur , comme l'eau des bonnes sources qui devient meilleure à mesure qu'on en tire davantage. » Le vénérable doyen accourt aussitôt
• Contiirit ettom hoc tempore Dro pcrmiltcntc concremari Aquiclnense cacnoblum per Incuriam fratrum, quia quidam c fratrilms, ve»pere lecto suo inraute circumferens lumen, repente accendlt slramen, moxque paries prolimu* slratui flunimo lanibente adutïiur, et ex eo r i téra.
Auctarium Aquicmtnte, «Vgtbcrt.
auprès des frères ; il les console et les exhorte à ne pas laisser abattre leurs esprits ; il les ranime au contraire , leur remet la force et l'espérance au cœur ; et sous sa direction , car il était fort habile architecte , les moines se mettent à l'œuvre avec ardeur. Ils commencent par environner de palissades les lieux incendiés; et dans cette enceinte ils construisent des cellules pour s'abriter , en même temps qu'une petite église provisoire recouverte en chaume : ainsi le service divin ne fut pas interrompu , et les cantiques à la gloire du Tout-Puissant ne cessèrent pas de monter au ciel.
Ces travaux, qui paraient aux premières nécessités, n'étaient que les prémices et comme la préparation à la grande œuvre que le bon Hugues méditait. Il dresse les plans d'une église solide et durable ; il communique ses projets à l'évêque , à l'abbé et aux moines ; il provoque l'assistance des âmes dévotes , et sans plus tarder il distribue la besogne à chacun : les uns construisent des fours à chaux , les autres creusent des puits. Après le travail de la journée , ce qui reste de temps est employé à apporter de toutes parts et à disposer les matériaux ; et la veille des nones d'octobre , le jour de la fête de la sainte foi , le Rne évêque Gérard bénissait solennellement les fondements du temple nouveau. Dès-lors , le vénérable Hugues ne quitte plus les ouvriers : sans cesse au milieu d'eux, il les dirige, les surveille, les presse. Il fait commencer en même temps les galeries du cloître, les bâtiments du dortoir, du réfectoire et des autres dépendances du monastère ; et les travaux , soutenus par des bienfaiteurs riches ou puissants qu'Hugues anime de son zèle , se poursuivent ainsi sans interruption.
Le seigneur Lanumius , chapelain du Rroe Gérard , excité par Hugues , sollicitait constamment l'évêque , afin qu'il ne refusât pas les dépenses pour une œuvre si précieuse et si sainte. Ce Lanumius lui-même , qui était riche , ne cessa pas d'y subvenir par son argent , jusqu'à ce qu'y ayant consacré tout le fruit de sa prébende et tout ce qu'il possédait, il mourut.
Hugues poursuivait l'œuvre , y dépensant tout ce qu'il avait de science , de zèle et d'argent, et récoltant avec soin toutes les ressources du monastère; c'était lui qui le samedi payait le salaire des maçons , des charpentiers , des tailleurs de pierres , des peintres et autres ouvriers qu'il avait lui-même constitués là, et à qui il avait tracé la besogne. Pendant ce temps aussi les frères laïcs amenaient sur des charriots ou par bateaux d'immenses pierres extraites des carrières d'auprès du monastère de Saint- Amand «en-Pevèle. On transportait de la même manière les sommiers, les poutres de bois, des colonnes de marbre, des carreaux, des tables et des blocs de grés taillés dans les monts d'Erchin et dans différents lieux.
Enfin , Dieu aidant , après quatre ans d'un travail non interrompu , le dortoir , le réfectoire et la nouvelle église étaient complètement terminés, et le Rme évêque Gérard fut mandé au jour qu'il avait lui-même indiqué pour la consécration du nouvel édifice; c'était le 15 d'octobre de l'an du salut 1086. Le révérend Alard, premier abbé d'Anchin, était encore vivant, et il était présent à la cérémonie avec Claude de St-Vaast, Hugues de St-Amand, Arnould de Lobbes, vénérables abbés qui étaient venus pour y assister. Gérard consacra l'Eglise avec toute dévotion et révérence en l'houneur du Saint-Sauveur, de la Bienheureuse Vierge Marie et de tous les saints. La veille de cette dédicace, selon la coutume ecclésiastique, les vigiles avaient été célébrées pendant toute la nuit , et on y joignit des prières devant les reliques sacrées de saint Vaast, de saint Renaldus martyrs; de saint Amé, archevêque ; de saint Pierre , apôtre , et de sainte Rictrude \
' F. de Bar. » Sigebert, Juctarium Jquicincnte.