CHAPITRE XVI
pressa , dès les premiers temps de sa prélature , de pourvoir aux besoins des moines , et de régulariser la distribution des pitances et des vêtements , ainsi qu'on le peut voir par un règlement qu'il établit au commencement de sa promotion, et où il est dit :
A tous ceux qui ces présentes lettres verront , Jean , par la permission divine , abbé du monastère d'Anchin , et tout le couvent dudit monastère , salut éternel en Notre-Seigneur. Savoir faisons à tous présents et à venir , que nous tous ensemble d'un assentiment ainsi que d'une volonté unanimes avons décidé et ordonuons amiabiement et bénignement en plein chapitre pour la nécessité et l'utilité de tout le couvent susdit et de nos successeurs , les choses qui suivent , a savoir : que toutes les pitances ci-dessus indiquées seront reçues tous les ans , par une personne de notre couvent spécialement députée pour cet objet, chaque année, de l'assentiment général ou de la majeure partie de notre dit couvent , et que l'argent ou la valeur , sice mlor , sera recueilli annuellement dans une caisse, dont le prieur claustral alors en exercice, aura, avec ladite personne, une clef distincte, etc.
Puis, sont désignés les lieux et villages dans lesquels le sous-prieur, ou une autre personne députée à cet effet, devra percevoir les revenus.
Et ensuite, le prieur et le religieux qui lui est adjoint devront fournir les habits à chacun des religieux , qui rendront les anciens pour les pauvres. Les habits devront être donnés en nature, et non en argent.
Par la suite, le H"' évoque d'Arras, à la demande de l'abbé et de tonte la communauté , confirma ces dispositions. Dans cet acte , écrit en latin , et qui est daté du mois de novembre 1 306 , il était prévu que
Si les revenus des pitances augmentaient , ils devraient toujours être appliqués i cet objet , sans que rien n'en pût être détourné ; et le prieur et le sous-prieur étaient tenus de rendre compte au couvent assemblé tous les ans , de tout ce qu'ils avaient reçu et de ce qu'ils avaient dépensé ,0.
Abusant de la facilité des abbés, les nobles s'étaient accoutumés à faire recevoir comme moines dans l'abbaye , leurs fils et même leurs petits-fils , dès l'âge le plus tendre, et étant pour ainsi dire encore à la mamelle, adhuc penè lactantes. De telle sorte que ces enfants, qui étaient des hôtes fort incommodes pour l'abbaye, passant leur jeunesse à apprendre le chant, restaient ignorants de la grammaire et des lettres. L'abbé Jean fit cesser cet abus; il obtint, de l'évêquc d'Arras Gérard Pigalotti , des lettres qui réglaient pour l'avenir les conditions d'admission des jeunes gens dans le couvent. On ne pouvait plus , sous peine d'ana thème , les recevoir avant l'âge de dix-huit ans accomplis, et que lorsqu'il serait reconnu qu'ils étaient suffisamment instruits , ce qui fut également approuvé par l'archevêque de Reims.
Alors aussi la donation de la chapelle du château , dont s'était accru le prieuré d'Aymerics , ainsi que nous l'avons dit plus haut , fut de nouveau confirmée en faveur de l'abbé Jean.
Un grand nombre d'actes, retrouvés dans les archives, montrent en quelle faveur Jean Baillet était auprès des princes et personnages puissants de ce temps-là. Le roi do France, Philippe iv dit le Bel , aima et favorisa beaucoup l'église d'Anchin ; dans une lettre, de 1296, il donne de grandes louanges au comte Robert, qui avait protégé le monastère contre ceux qui tentaient de lui nuire. Ce Robert , étant comte
< K. dr Bar, Ms. dlé, p. 204 , r».
d'Artois , avait , en 1 295 , ratifié des donations qui avaient enrichi le monastère , ainsi que diverses acquisitions dont le révérend avait augmenté de beaucoup les revenus de l'abbaye. Ce même Robert , peu après , ajouta au prieuré de St-Georges d'Hesdin le bois de Prouveroie avec les champs adjacents. Par suite , Louis le Mutin, (ils de Philippe— le-Bel , approuva ces donations, et y joignit de bons privilèges, et immunités. Il accorda aux religieux de St-Georges le droit de pécher dans les eaux en dehors de la ville d'Hesdin; de plus, il donna les villages d'Aubin et de Billeret avec leurs dépendances, déclarant par son diplôme tous les habitants de ces lieux exempts de toutes exactions et corvées ; il ajouta à cela une donation de 4 livres 10 stubers, payables aux religieux tous les ans à la fête des Rameaux, pour subvenir aux frais des hosties et du vin pour les messes qui devaient être célébrées dans la basilique de St-Georges. Le comte d'Artois Robert ratifia ces donations. Par des lettres de 1298, il avait dégagé de tout commerce et débats avec le monde séculier le monastère d'Anchin et tous ses biens. Il arriva que lorsqu'un certain Charles Bolenger, voulant par le ministère de ses appariteurs contester quelques biens au couvent , le doyen de l'église de Cambrai , en vertu de ces lettres, l'en empêcha.
Enfin Philippe-Ie-Bel combla le monastère d'Anchin de ses bienfaits et de sa faveur , et il le prit sous sa royale- protection. On voit , par une lettre , écrite en latin, datée de Valenciennes , le mardi après les brandons 1296, que ce prince donna commission à son cher Robert, chevalier de Lierraumont, de prendre la garde de l'abbaye d'Anchin, et de la défendre contre tous les ennemis du royaume n. Par d'autres lettres de la même date (mars 1 296 ), traduites en français du temps , ce même roi Philippe-le-Bel prend lui-même sous sa garde l'abbaye de Sl-Sauveur d'Anchin, ordre St-Renoît, diocèse d'Arras, fondée et dotée par les comtes de Ribemont, dont il a hérité comme faisant partie du royaume, et promet, pour lui et ses successeurs, d'en être toujours le gardien
L'abbé d'Anchin était en si grande amitié avec le doyen et les chanoines de l'église Sle-Marie de Cambrai, qu'il s'établit entre les deux églises une société des plus étroites. Un acte d'association , qui fut dressé en 1304, réglait que les obsèques des défunts seraient célébrées tous les ans, dans l'une et l'autre église. Lorsque l'abbé et le prieur d'Anchin venaient à Cambrai, ils étaient admis au chœur, et avaient siège avec les chanoines, et ils recevaient les distributions pour eux et pour les moines qui les avaient accompagnés. Et les chanoines de Cambrai , qui venaient à Anchin , étaient traités de la même manière , et recevaient aussi une portion semblable à celle des religieux. Enfin , les deux compagnies avaient pris l'engagement de s'entr'aider réciproquement et de se soutenir dans toutes les affaires.
Une aventure qui se passa en ce temps-là donna occasion à l'abbé Jean d'instituer une fondation qui est restée comme un monument insigne de la piété du Prélat. Nous voulons parler de la chapelle de Pecquencourt , dite des Ardcns, et où était conservé ce flambeau de miracle , rejeton de la fameuse chandelle d'Arras, Laquelle a été comme la mère et la souche d'où sont provenus les cierges devenus célèbres à Lille, à Bruges, à Fauquernbergue , à Boulogne, à Anchin.
Et d'abord , voici ce que dit la légende concernant l'origine de la chandelle d'Ahras. (Nous empruntons ce récit presque textuellement à M. L'Hermite) :
» Monum. anciens, par le comte de St-Ccnoi», t. î. p. 760.
» Ibid. V« 4 notre chap. la pièce annexée a la charte de fondaUon de l'abbaye d'Anchin.