‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 99 sur 306 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

de l'abl>é Evrard au comte de Hainaut, seigneur temporel , et garde de l'abbaye d'Anchin. Ce curieux monument est écrit en langage wallon du temps (1289); l'original , provenant d'Anchin , nous a été communiqué par notre illustre archiviste général M. le docteur Le Glay. Le voici avec la traduction :

A tous chiaus ki chea présentes lettres verront et orront , Evrars par le permission de Diu , abbes del glisc de Ancbin de lordene St-Bcnoît de levekie dArras salut et connoissance de vérité. Nous faisons savoir a tous ke com nous euissiens et aiens plusieurs de nos moines de nostre dite glise liquel eitoient et sunt rebelle inobedient et contraire a nous a nostre commandemens et corrections de plusieurs et divers excès, vilains injures, gries violenses , robes , larreebin et spécialement sour che ke le dit moine no clerc et aucuns de nostre maisnies avoient assaillis et envaia a mains armies , espées et fauchons T nus trais dedans notre maison dAnchin et gandement four trais des biens de nostre dite glise , desquels moines li auquant estoient vagbc et issu contre notre comandemens de no glise et larchioeusement en avoient menés le keval notro clerc , et autres keraus et nos biens emportés. Et li autre demoroient en no dite maison armé et tnanechaissent nous nos moines et no3 maisnies. Et nous euissions les dits nos très moines soufûsamment selone le riule de no ordene , plusieurs fies amoD estes ke il les dis menais et autres notoires publikes et manifes nous amendaissent et en fuissent et demorassent selonc le riule de no ordene a no comandement. Et après por che ke faire ne le voloient anchois en leur rébellion inobediens et contraincte demoroient escumenies. Et nous neussiens ne naiens pooir ne force des dis moines pour les deseure noumes menais contraindre del amander selonc notre riule.

Nous de&irant de warder no ordene et der les meffais selonc Diu et loftisse ki kerkies nous est. Grant délibération tt conseils de preudhoumes et sages clercs devant eus avons supplies prie et requis pour nos et no glise supplions prions et requérons a noble prince monsigneur Jehan dAvesnes conte de llaynaut , signeur temporel et wardain dou liu de no dite glise des personnes et de nos maisons et biens dedens ce conte kil nous vuelle doner prester et délivrer faire et aide de ses gens par quoi

A tous ceux qui ces présentes lettres verront et entendront , Evrard , par la permission de Dieu abbé de l'église d'Anchin de l'ordre de St-Denoit, de l'évêché d'Arras , salut et connaissance de vérité. Nous faisons savoir à tous , que comme nous avions et avons plusieurs de nos moines de notre dite église lesquels étaient et sont rebelles , désobéissants et opposés à nous et à nos commandements, ainsi qu'à la correction de plusieurs et divers excès, vilaines injures, graves violences, soustractions, larcins , et spécialement , que lesdils moines ont assailli et attaqué nos clercs et des gens de notre maisou , et ont envahi à main armée d'épées et de fauchons ^ tirés nus , notre maison d'Anchin , qu'ils ont enlevé considérablement de biens de notre église; lesquels moines quelquesuns étaient errants et sortis , contre notre commandement, de notre église, et en avaient emmené frauduleusement le cheval de notre clerc , et autres chevaux , et emporté nos biens. Que les autres étaient demeurés en notre dite maison , armés, et menaçant nous et nos moines et nos gens. Que nous aurions plusieurs fois admonesté suffisamment nos susdits moines selon la règle de notre ordre, afin qu'ils eussent à nous ameuder ( nous faire réparation ) desdils méfaits et autres notoires publics et manifestes , pour lesquels ils fussent et demeurassent & notre commandement , selon la règle de notre ordre , ce qu'ils ne voulaient pas faire , mais qu'ils demeuraient excommuniés en leur rébellion , désobéissance et opposition. Et que nous n'avions et n'avons pouvoir sur lesdits moines pour les contraindre à amender, selon notre règle , pour les méfaits susnommés.

Désirant conserver notre ordre et amender les faits , selon Dieu et l'office dont nous sommes chargés. Après grande délibération , et conseil de prud'hommes et sages clercs, avons pfié et requis pour nous et notre église, supplions , prions et requérons noble prince Mgr Jean d'Avesnes, comte de Hainaut, seigneur temporel, el gardien de notre église, des personnes, et de nos maisons , el biens en ce comté , qu'il nous veuille donner, fournir et délivrer aide et assistance de ses gens , alla que nous puis-

1 Kpw courbée en forme de faucille.

sions contraindre lesdiU moines, tant par la saisie de leurs corps , qu'en autre manière , a ce qu'ils reviennen sous notre obéissance , amendent lesdits excès, et observent notre dite règle.

Et pour que tous sachent que nous avons prié et requis , comme il est dit ci-dessus , ledit prince , notre gardien , nous avons scellé de notre propre scel ces présentes , qui furent données en Tan de l'incarnation de Notre -Seigneur, l'an 1289, à l'octave de la fête de St-Pierre et St-Paul.

nous puissons les dis moines constraindre par le prise de leur cor u en autre menaire a che ke il reviegnent a no obédience amendent les dis excès et liegnent no dite riule.

Et por che ke tout sacent ke nos avons le dis prince notre wardain priie et requis si com devant est dis , nous avons ches présente letre ouvertes scelees de no propre sael ' lesqueles furent donees en lan del incarnation Nosigneur mil deus cens quatre vins et neuf es octaves de le festes saint Piere et saint Pol.

(Original, dont le ère! c*t enlevé. )

Les chroniques varient sur la date précise de la mort de ce prélat , et sur l'espace de temps que dura son gouvernement. Notre Fr. de Bar donne comme certain que ce trop malheureux ahbé ne gouverna tout au plus que deux ans, et que dans l'attente des secours qu'il avait implorés contre ses moines révoltés, il mourut épuisé de douleurs et de chagrin, à la deuxième année de sa prélature; et il rapporte cette épitaphe latine , gravée sur le marbre d'une des tombes qui étaient, dans l'église d'Anchin • :

Emrdus denus octavus moribus almis Claruit : ablatus nobis asstatc secunda.

C'est-à-dire : « Evrard, dix-huiUèmc abbé, briUa par l'excellence de ses inœurs-, Il nous fut enlevé dans la seconde année. •

On voit, dans un titre cité par Fr. de Bar, que Félicité, femme du seigneur Bauduin d'Avesnes , donna eu faveur de l'abbé Evrard , au prieuré d'Aymeries , une chapelle et des champs.

A une si grande distance de temps, il est difficile d'apprécier les événements, et de savoir au juste quelles avaient été les causes premières du désaccord entre l'abbé Evrard et ses moines, désaccord qui avait amené ces scènes de rébellion et de violences dont nous venons de parler. D'après les conjectures les plus probables, le mal serait venu en grande partie du manque d'ordre dans l'administration, d'une mauvaise répartition dans les revenus, et de la distribution mal réglée des vêtements et des pitances; car le principal grief qu'alléguaient les religieux mécontents, était qu'il ne leur était pas fourni les habits nécessaires.

Aussi, Jean Baillet, xixe abbé', qui succéda au malheureux Evrard, s'em-

» Noos Usons, en marge du M*. deFr. de Bar, p. 203, v", à l'article : Evrardut obba* 18, cette annotation, écrite d'une main différente et un peu plus moderne que celle de de Bar : Prêterai hic Evrardut anno 1289 et adhue anno 1295 Ml constat tz iitterit a me G. P. vitit in archivit. Cette note coïncide avec un article du Uallù, Chrittiana (t. 3, p. 4M), ainsi conçu: xix Evrardut tedebat 1289 et IS95 quo anno die dominica pott festum Conceptionis B. Virginit paciteitur eu m Roberto . trtesia comité , tx codice US. domini Maillort patroni relebris in parlamento Paritùnti, eut titulut est : extrait des charte* o'aatois. Nous avons vainement cherche vetle pièce dans Maillart.

* Jean Baillet , selun d'autres, Jean de Binant, qui, d'après Fr. de Bar est le 1 9 * abbé d'Anchin, figure dans le Gallia Chrittiana, comme JU' entre Adam de Ghisny et Evrard; il n'y en est dit que ce peu de mot* : xvm. Joanntt i. Baillet, a/ri* de Binant confirmatut est atque benedictus in 1286. ex regio Thet. 1630, quo etxam anno me m or a fur in regittro 31 archiv. regii , Parit. Puis, un Jean u , sans autre surnom, est porté comme 20* abbé, avec les faits ei les circonstances qui se rapportent, d'après F. de Bar, à J*an Baillet, dont ce même F. de Bar parle immédiatement après ftrard, et qu'il classe comme 19' dans la série des abbés d'Anrhin. Noos n'avons pas de données asses certaines pour trancher d'une façon décisive cette question , assez peu Importante d'ailleurs au fond. Néanmoins, nous pensons qu'il a éle fait double emploi du nom de Jean, et nous serrons la numération adoptée par Fr. de Bar.

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