‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 104 sur 306 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

En l'an de la Nativité du Seigneur 13U, douzième indiction, le St-Siége étant vacant par la mort de Clément v , dans le chapitre du monastère de St-Sauveur d'Ancbin , de l'ordre de St-Benoît diocèse d'Arras , où étoient réunis les hommes religieux : dom Charles prieur conventuel, Jean Baudesson prieur de St- Georges, Jean dit le Bœuf prieur d'Aymeries , Guillaume de Bellerive prieur de St-Sulpice de Douions, Jean de Frogens sous -prieur d'Ancbin , Gérard de Reims 5 ' prieur , Jean de Romengies 4 * prieur , Pierre cellérier , Jean Desmoulins camérier , Jean de Ally éléroosinaire , Frastride chantre , Gérard de Tou relia prévôt de Brahant , Giles de Gelut , Rustacbe de Nerin , Martin de Wans et plusieurs autres moines du monastère, le chapitre ayant été convoqué à son de cloche, ainsi qu'on a coutume de le faire en ce lieu, pour réunir les religieux en chapitre, en présence de mon notaire public, et des témoins désignés ci-dessus , etc. Suit une certaine lettre authentique et entière, au nom de ces religieux , dont la teneur est garantie au bas , par les sceaux du couvent et par celui de Mgr le révérend père en Jésus- Christ Pierre Descamps, par la grâce de Dieu évéque d'Arras. Laquelle lettre, lue mot i mot à haute et intelligible voix , expliquée, pesée et discutée, ainsi qu'il a été dit, le susdit prieur, delà volonté et de l'assentiment de tous , et de chacun des moines susdésignés ; tous et chacun en particulier , de ceux susnommés et tous les autres religieux assistant à ce chapitre, de la volonté aussi et de l'assentiment de l'abbé de ce même monastère, promirent, et même jurèrent solennellement chacun en particulier, et expressément sur les saints Evangiles de Dieu , touchés corporellement par chacun , de tenir et observer inviolablement et à toujours , toutes et chacune des choses détaillées ci-dessus , et ils s'engagent par une stipulation solennelle de ne s'y jamais opposer. Ces choses furent faites dans ledit chapitre, en l'an et mois susdits, le 45 • jour de juillet, en présence de Hugues, abbé du monastère. Etoient témoins : dom François du Mont , écolâtre de l'église d'Arras , dom Pierre de Haucourt chanoine de Noyon , maître Pierre de Poix , et messeigneurs Philippe et Etienne de Grandmont '.

Nous avons dit que le prieur qui provoqua cet acte , tout à la fois si libéral et si prévoyant, était Jean de Lord. Le couvent lui en fut si reconnaissant, qu'il lui décerna, même de son vivant, une messe annuelle du Saint-Esprit , avec sonnerie des cloches. Ce prieur avait encore fait de ses deniers , d'autres dons généreux : il avait fait offrande, pour le maître-autel, d'un beau cierge, remarquable par la diversité de ses couleurs, et duquel pendait un vase d'argent contenant le corps dominical ; il avait donné aussi au monastère un Psautier avec glose , curieusement écrit et enluminé. En mémoire de ces bienfaits, on lui déféra, après sa mort, une messe solennelle anniversaire.

On a retrouvé aussi des lettres du révérend Hugues, par lesquelles le couvent d'Ancbin a été constitué en société avec le collège des chanoines d'Amiens. En vertu de cette société , les obsèques des morts se célébraient annuellement , tant dans l'église d'Ànchin que dans celle d'Amiens. Et les moines de St-Sauveur , quand ils étaient à Amiens, avaient place au chœur et recevaient la prébende et les distributions comme les chanoines , et il en était de même pour les chanoines qui venaient à Anchin. L'abbé Hugues fit aussi société avec le monastère de Cantimpré.

A la demande de ce môme abbé Hugues, il fut interdit, par la cour de Rome, à l'archidiacre de Cambrai], de visiter les églises pastorales et priorales d'Anchin , et d'exiger aucun droit de Visitation et de procuration.

Ce fut sous la prélature de Hugues, que le chevalier de Giers, seigneur de Masny, par un acte de 1311, déclara reconnaître , librement et de son plein gré, la justice et la juridiction de l'église d'Anchin , pour lui-mêino et pour les villages

« Fr. de Bar. Ms. cité, p. J07 v".

de Masny et d'Esclevain; ce que confirma ensuite Guillaume , comte de Hainaut, seigneur de Hollande , de Zélande et de Frise \

Par des lettres du mois de novembre 1312, Walleran de Luxembourg, chevalier, sire de Ligny, châtelain de Lille, et Guyotte, sa femme, cèdent à l'abbaye de St- Sauveur d'Anchin, la justice dans les marais d'Emmerin , excepté es quatre cas souverains. Ces lettres ont été confirmées par Guillaume , comte de Hainaut , la nuit de Pâques fleuries, qui fut le 7 avril 1312».

L'abbé Hugues veilla avec un soin extrême à l'observance scrupuleuse des prescriptions de la règle , et il contribua beaucoup à rétablir la discipline et le bon ordre parmi les moines.

Il mourut en Tannée 1317, et il fut enseveli au milieu de la chapelle de Ste Marie - Magdelcine , sous un marbre uni.

Tout ce que Fr. de Bar dit de plus certain concernant l'abbé Hugues , et ce qui s'est passé à Ancbin à cette époque , est tiré des écrits et titres sur les pitances et les habits, et notamment du dernier acte du 13 août 1316, et des lettres données en ce temps-là par ce prélat, pour régler le mode de perception du revenu des pitances, la distribution de ces pitances et des habits, et l'administration des revenus affectés aux infirmeries. Ces lettres toutes revêtues des sceaux du couvent et de l'abbé, étaient avec les titres autographes de l'abbaye, conservés à la trésorerie, et renfermés dans une caisse, dont le receveur et le sous -prieur, qui ainsi que nous l'avons dit , devaient rendre compte tous les ans de la perception et de l'emploi de ces revenus , avaient chacun une clef. Sur un de ces titres écrit au temps de l'abbé Hugues, avaient été ajoutés ces mots : » Nous voulons qu'un » certain anneau , portant à son chaton une pierre précieuse , ayant la vertu de n soulager les douleurs des femmes en mal d'enfant, ne puisse être confié ni remis » aux mains de qui que ce soit, sans la permission du couvent. » Ce joyau était une des reliques que Ton conservait avec le plus de soin à l'abbaye d'Anchin. Il passait, selon une tradition qui n'a jamais été contredite, pour être l'anneau qui avait servi à consacrer le mariage de la Vierge avec saint Joseph.

Pierre , premier de ce nom , et le xxi ' abbé dans l'ordre de succession , occupa le siège d'Anchin après le révérend Hugues. On n'a que fort peu de renseignements sur la vie et sur les actes de ce prélat. Deux inscriptions tumulaircs où il est signalé, ne sont pas d'accord sur le temps pendant lequel il exerça la prélature. L'une dit qu'il a gouverné pendant cinq ans :

Yicenus primua nwter Petroa, extitit abbas Qui cuncto* su mme fratre* dilexit , et il'um Mors rapuit quinis nobis et prefuit an nie.

L'autre épitaphe borne ce temps à trois ans :

Viccnuj primus abbas Petrus cxtltit , huneque Mors rapuit qui nobis tribut prefuit annls.

Fr. de Bar adopte cette dernière date, comme s'accommodant mieux à l'ordre des faits.

Au reste, ce qui en est dit au Martyrologe d'Anchin témoigne que cet abbé * Fr. de Bar, M*, dté, p. 208, r°.

» Monuments anciem , par le comte de St-Genols, 3* Cartul. de ttain., pièce 35.

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