‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 105 sur 306 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

a été fort aimé de ses frères , et qu'il était d'une grande piété. Il a manifesté sa dévotion par des pratiques et des œuvres nombreuses, parmi lesquelles on cite cette fondation qui a subsisté longtemps après lui : Il avait prescrit que , tous les jours ordinaires , à la grand'messe , au moment de l'Elévation , une torche serait allumée , et aux jours fériés , deux torches. Cette pieuse institution a été conservée à Anchin ; et même, par la libéralité des abbés qui sont venus ensuite, le nombre de ces flambeaux a été augmenté.

Cet abbé mourut en l'an du salut 1320.

Son successeur, Elstache, xxit* abbé, ne gouverna guère non plus que pendant trois ans. De prieur qu'il était il fut appelé aux fonctions d'abbé, en l'an 1320, et il mourut le 12 des kalendes d'avril de l'année 1323. L'inscription, qui était sur son tombeau , dit qu'il gouverna autant de temps que son prédécesseur Pierre.

Exlllit Eustachius viiesîinus taie secmidus

Abbag, et saciae j>rofe*sor thvolouio; ,

Tôt prseett nobls, Pctrua quot praefult unis.

Cela confirme l'opinion de Fr. de Bar, qui dit que la prélature de l'abbé Pierre n'a été que de trois ans , ainsi que nous l'avons vu tout-à-l'hcurc.

Il y a lieu de s'étonner qu'on rencontre si peu de documents touchant l'abbé Eustache, qui était docteur en théologie et fort versé dans les lettres. La seule trace qui reste de ses actes , se retrouve dans des titres confirinatoires des pitances , en date du 13 août 1310, où il a ijouté ces mots, qui désignent la donation qu'il fait au profit des pitances , et prescrivent les conditions qu'il met à cet acte de sa munificence :

Nos lero Eustachius predictus abbeu concedimus et dooamus dicto conventui nostro, in augmentant dictaruro pitantiarum , totam domum seu mansum quod fuit Jacobi de Raimbaucourt apud Vret, prout protenditur, et est si lu m inler mêlas, et ob inde pronobis, quolibet anno , quoad merimus, missa de sancto Spiritu celebrabitur in conventu , et posl obilum nostrum io die anniversarii nostri missa de defunctis. Domus vero predicta seu mansum de nobis in feudum tenebatur.

Dans ces lettres, il est indiqué aussi que le seigneur de Raimbaucourt, qui a été enterré dans le chœur de l'église , avait donné aux pitances soixante sous blancs.

La charte des pitances était devenue comme partie essentielle du contrat de constitution de la société d'Anchin ; nous voyons tous les abbés qui se succèdent la confirmer et renouveler l'engagement de l'observer et de la faire observer , et même ajouter de nouveaux legs, de nouvelles attributions. C'est ainsi que Jean du liœuf\ vulgairement appelé Jean Leboelf, xxur abbé, et successeur d'Eustache, s'attira, par sa libéralité, la bienveillance et l'amitié des frères. Dès les premiers temps de sa prélature , en effet , non-seulement il confirma les lettres qui réglaient les rentes pour la subvention des pitances et des vêtements, et la distribution des secours à donner aux malades et infirmes, mais encore il augmenta les revenus qui y étaient affectés.

A cet égard, Fr. de Bar rappelle un titre delà communauté, écrit en latin, et muni du scel de cet abbé Jean Lebœuf. Dans cet acte, daté de Tan 1324, le jour de Notre-Dame , et que nous traduisons , il est dit :

» Joannc* Bovl» tuIho Le Bœuf. F. de Bar, M», cité, p. \m . \ •

A tous ceux qui ces présentes lettres liront, Jean, par la miséricorde divine, humble abbé du monastère de St-Sauveur d'Anchin , de l'ordre de St-Benoil, diocèse d'Arras , salut sempiternel en Dieu. Comme autrefois dans notre susdit monastère , par lettres scellées du sceau dp couvent, et conlirmées et approuvées par le Hme Père de pieuse mémoire notre ordinaire Mgr Gérard m , autrefois évêque d'Arras , il a été établi et ordonné que tout profès de notre couvent d'Anchin , pour les vêtements et pour les secours dans les maladies , recevrait , chaque année , quelque somme d'argent et des revenus annuels , payables dans des lieux déterminés , et à certains jours fixes ; des sentences d'interdit , de suspension et d'excommunication ayant été promulguées par le RBB père susdit contre ceux qui seraient désobéissants ou rebelles à ces dispositions; de plus, chacun de nous ayant fait serment solennel d'observer ce qui est contenu dans la lettre ci-rappelée, et chacun de nous, qui successivement sera désigné pour être abbé , devant renouveler en son nom l'engagement de l'observer , et de le faire observer. Afin que les constitutions et ordonnances contenues dans ladite lettre soient de nouveau confirmées , et fermement et inviolablement observées , et pour éviter les doutes et interprétations diverses qui pourraient s'élever , et pour ôter toute équivoque et toute incertitude sur les termes de celte lettre; nous, abbé dudit couvent, confirmons, statuons, jurons et ordonnons dans ce présent chapitre, et en présence de témoins soussignés (suivent les noms des assistants), que l'époque de la distribution des pitances est fixée » pour chaque année, à la fête du B. St-André , apôtre ; qu'à ce jour tous les religieux et convers , tant du couvent d'Anchin que du prieuré de St-Georges , et des autres prieurés de l'abbaye , recevront les vêtements , pitances et ce qui est nécessaire aux malades , en nature et de la manière qu'il est dit dans la lettre des pitanceB. Et tout abbé qui succédera devra, à son tour, dès son entrée en fonctions, confirmer en chapitre celte convention, sous peine, pour tout contrevenant ou rebelle , d'interdit et de suspension , ainsi qu'il est dit dans le présent acte ratifié par le Rm" évêque d'Arras Mgr Pierre Decamps, et l'illustrissime archevêque de Reims Guillaume de Trye, qui l'ont signé de leur propre main, et revêtu de leur scel.

Ce prélat était d'une grande dévotion aux reliques des Saints ^ notamment à celles des onze mille Vierges. Parmi ces ossements sacrés se trouvait le corps entier de sainte Sambarie , crue Marguerite de Constantinople avait donné à l'église d'Anchin en l'an 4278, avec des fragments des corps vénérables des saints Crépin et Crépinien. Jean le Bœuf, du consentement de son couvent, institua des prières particulières en l'honneur de ces restes vénérés , et une antienne devait être chantée tous les jours en commémoration de ces martyrs.

On ne sait pas au juste la date de la mort de cet abbé , ni combien de temps il gouverna. Mais l'inscription qui était sur sa tombe témoigne de sa grande piété , de son amour pour ses frères , et de la paix, profonde qui régna à Anchin pendant sa prélature.

Pace ait* fratres rexit, proventibus auxit, ktud in cœnoblum dlvinls laudibus lnstaos.

11 existe aux archives de la ville de Douai un titre de 1327, émanant d'un abbé Jean d'Anchin. Ce sont des lettres sur parchemin, datées du 25 mai 1327, par lesquelles « l'abbé d'Anchin , Jean , et ses religieux , reconnaissent que les écbe- » vins de Douai leur ayant permis de rejeter les boues du curement de leur fossé •< du Bouchart, sur le marais appartenant à la ville, du côté de Raches, et de » faire réparer l'écluse entre la Scarpe et le Bouchart, ils n'entendent pas se » prévaloir de cette permission , ni qu'elle puisse jamais porter aucun préjudice a » la ville *. »

» Tablt chronot. des arch. dt la mairiê de Douai, par M. Mille Prévost, p. 84.

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