‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 107 sur 306 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

sommaire. — AMroee de Laviniac ou de Lamech, xxv ' abbé, — U défend arec vigueur les franchises et privilèges de l'abbaye. — Entreprise à main armée du sire de Lallaing, avec quatre gentilshommes et quarante hommes d'armes, contre f abbaye. — Bulle du pape Innocent vi, qui condamne le sire de Lallaing, ses chevaliers et ses hommes d'armes à faire amende honorable. — Lettre de sauf-conduit du roi Jean, à cette occasion j — l'exécution se fait par contumace et en effigie. - Rosoira* de LongueviUe, xxv abbé, en 13&4. - Nouvelles offenses du sire de Lallaing envers l'abbaye. — Nouvelle bulle du pape , qui frappe d'interdit le sire de Lallaing. — Le sire de Lallaing se soumet , et fait amende honorable avec ses gentilshommes et ses hommes d'armes , selon les formalités prescrites dans In bulle de 1206, de Boniface vin. — Description de cette cérémonie. — Mort de l'abbé Rodolphe; son épitaphe. - Pusse de la Neuville , xxvu- abbé d'Anchin, - U défend avec force et prudence les Intérêts de l'église d'Anchin. - Sa mort, en 1877 } - son épitaphe.

A certaine époque, et dans des temps de troubles, Jean, comte de Hainaut, portant les armes sous Philippe vi de Valois , roi de France , contre Edouard , roi d'Angleterre , avait grevé d'impôts les sujets et les domaines d'Anchin ; et de plus , par l'appui du roi de France, au mépris de tout droit, et au détriment de l'abbé, il avait constitué des commissaires chargés de recevoir les comptes de l'abbaye. Mais Auèdéb de Laviniac , selon d'autres , Lamech , successeur de Jean d'Esquerchin , ne voulut plus souffrir cette usurpation. Il s'adressa à la comtesse Marguerite de Hainaut , et obtint que Ips revenus que l'abbaye avait au village d'Auberchicourt resteraient libres. A la sollicitation de ce même abbé Amédée, le roi Philippe vi affranchit les sujets d'Anchin de toute exaction , et il adressa même des lettres par lesquelles il prescrivait aux évéques d'Arras et de Cambrai de ne point exiger des moines de St-Sauveur de rétributions , de droit de visite ou de patronage , autres que le paiement ordinaire des décimes.

Pendant les dix ans que dura le gouvernement du révérend Amédée de Laviniac , . l'abbaye prit un grand accroissement. Ce prélat non-seulement défendit avec vigueur les droits du monastère, mais encore il l'enrichit par de somptueuses offrandes et par les grands biens qu'il lui légua. U mourut en l'an du Christ 1354. On a retrouvé , sur son tombeau , cette inscription :

H INC AMEDKL'S SL'BllT DE LAVIMACO.

Amzdeus AquicincU, qui cognomlne dictus De Lavlniaco pastor nulla morà creatur.

Is missas et opes auxit, tandemque qulevlt Cum patribus priscls, déni defunctus arislà.

Cet abbé avait été en grande considération auprès du St-Siége , et il avait trouvé dans la faveur du souverain pontife Innocent vi , une puissante protection contre

les envahissements et les violences du pouvoir temporel, et notamment contre les entreprises de Nicolas de Lallaing , alors grand bailli du Hainaut. lie seigneur convoitait certains droits seigneuriaux sur le domaine d'Anchin , et après des chicanes, des contestations et des procès , voyant qu'il ne pouvait arriver à son but par les voies légitimes, il résolut de s'emparer, par la force, du pouvoir seigneurial; et profitant de ce qu'un jour l'abbé était absent , accompagné de quatre de ses nobles et avec une troupe de quarante hommes d'armes , il envahit le village de Pecquencourt , démet de leur autorité et chasse violemment les officiers du magistrat et ceux que l'abbé avait institués , et en met d'autres à leur place ; puis il emmène prisonniers le prieur, le sous-prieur et les principaux religieux qui lui avaient résisté.

Le pape Innocent vi , informé de cet acte exorbitant , écrivit aux évéques d'Arras et de Tournai, pour qu'ils prissent des informations sur l'attentat commis; mais le bailli du Hainaut ne tint pas compte des avertissements que le chef de l'Eglise lui avait fait donner , cl il ne cessa de persécuter ceux d'Anchin et de Pecquencourt. Alors le Souverain Pontife porta un décret qui condamnait le sire de Lallaing, grand bailli de Hainaut, et les quatre gentilshommes ses complices, avec les hommes d'armes exécuteurs du forfait, à venir faire amende honorable, ayant une cordeau cou , portant chacun une torche allumée et marchant ainsi depuis le village de Lallaing jusqu'au maître-autel de l'église d'Anchin, où le sire de Lallaing et ses gentilshommes devaient déposer, en réparation du dommage causé à l'église et au domaine de l'abbaye , chacuu un plateau d'argent. Les statues en bois , à l'effigie du seigneur de Lallaing, et de ses quatre nobles revêtus des habits et des insignes de leur noblesse, agenouillés et portant la corde au cou, furent placées sur les côtés de l'autel de la chapelle des matines.

On retrouve les noms du sire de Lallaing et des seigneurs qui prirent part à son expédition dans un sauf-conduit donné par le roi Jean, en 1353, le 26 de novembre , à Nicolas , sire de LaUamy , à Giles , dit de Hawian de Quicvrain , sire de Fontciiay. à Jean de llarchies, à Gérard de Undegies, sire de Hoesnes, chevaliers , et à Guillaume du CasieU-r , châtelain d'Jlh, écuyer , pour venir s'excuser devers lui (le roi), de quelques entreprises et forfaits qu'ils avaient commis ès l'église d'Anchin et de Pcskencurl. (1353, 20 novembre, à Bavelingheheu. Original en parchemin, dont le scel est tombé, signé par le roi en son conseil1).

Toutefois , ils n'avaient pas tout de suite déféré au décret du Pape , et l'exécution de la sentence s'était faite par coutumace et en effigie.

Mais sur ces entrefaites , l'abbé Amédéc étant venu à mourir , il eut pour successeur immédiat Rodolphe de Longueville, homme de grand courage et de résolution. Ce prélat entra en fonctions l'an 1354, et son premier soin fut de faire mettre à exécution le décret du Pape en faveur d'Amédéc, son prédécesseur, des officiers de l'abbaye et du magistrat de Pecquencourt, et d'obtenir réparation complète des outrages faits par ceux de Lallaing; d'autant qu'à l'instigation de sa femme, madame Jeanne de Rouix , le grand bailli de Hainaut , persistant dans ses usurpations , n'avait pas cessé , sans respect pour les droits de l'église d'Anchin , d'exercer des exactions au village de Pecquencourt et des violences contre le monastère; et il retenait en prison le prieur, le sous- prieur et trois autres religieux des plus notables.

Le pape Innocent, de nouveau informé de ces actes indignes, par les évéques d'Arras et de Tournai , et par l'évêque de Châlons , lança une sentence d'excom-

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