‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 108 sur 306 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

munication contre les contumaces, el frappa d'interdit ecclésiastique leurs terres et domaines , jusqu'à ce qu'ils eussent satisfait complètement à l'arrêt qui les condamnait, et dans les formes prescrites en la bulle du pape Boni face vin, de 129G.

Enfin , le sire de Lallaing , sous le poids de l'excommunication , ne résiste plus , et il souscrit une déclaration solennelle, où il reconnaît qu'il n'a aucun droit sur le domaine de Pecquencourt , non plus que sur les eaux environnantes ; et pour se délier, lui et ses nobles, des chaînes de l'anathèmc, ils restituent tout ce qu'ils avaient pris.

Puis, en témoignage de soumission et en réparation de l'attentat, les quatre principaux chevaliers et le châtelain lui-même, tète nue, le chaperon à la main, présentent à l'évoque d'Arras cinq images ou figures de cire , pesant chacune treize livres , et auxquelles pendent deux écus à leurs insignes. Les autres quarante conjurés, leurs complices, présentent également à l'évèque d'Arras chacun une image de cire ; ensuite tous , tant le sire de Lallaing que ses quatre nobles et ses quarante hommes d'armes, tète nue, la hart sur les épaules, et portant chacun un flambeau de cire du poids de treize livres, marchent ainsi depuis l'église de Pecquencourt, jusqu'à l'endroit du monastère d'où ils avaient arraché le prieur, le sous-prieur et les moines officiers, et y déposent les cinq images; puis, s'avançant jusqu'au maîtreautel , ils s'agenouillent , font offrande des flambeaux de cire , et demandent pardon à l'abbé Rodolphe , au couvent et à tous les moines qui étaient là présents. Le prélat alois accorde le pardon, à condition que le sire de l allaing fera hommage de sept plateaux d'argent frappés aux insignes de sa famille ; que les quatre chevaliers donneront aussi sept plats d'argent sur lesquels également devront être représentés leurs insignes distinctives , et que de plus ils s'obligeront à entretenir à perpétuité deux cierges du poids de quatre livres, qui seront constamment tenus allumés pendant le temps de l'office divin.

Les plateaux étaient du poids de huit marcs d'argent. Le sire de lallaing, en outre , comme chef et comme étant coupable d'une faute plus grave , avait été tenu d'ajouter, par la volonté du roi de France , un plàt d'or et un cierge.

Enfin, le seigneur de Lallaing fit serment de garder une paix perpétuelle avec l'abbaye d'Ancbin , et il en donna caution.

L'acte contenant toutes les clauses et articles de la convention fut signé par l'évèque d'Arras Pierre Mazuyer , par le seigneur d'Augimont et par l'abbé d'Anchin Rodolphe \

Comme monument, et en mémoire de cet acte de justice, quarante flambeaux de bois , avec les écus des cinq chevaliers , restèrent attachés au-dessus des colonnes de pierre de chaque côté du maître-autel. Et les cinq statues , à l'effigie du seigneur de Lallaing et de ses quatre chevaliers , représentés à genoux , la corde au cou , et revêtus de leurs habits et insignes distinctifs , furent placées et demeurèrent dans la chapelle des matines, au-devant d'un crucifix. Ce n'est que longtemps après , au xvi* siècle, que l'abbé Lcntailleur, pour se mettre bien avec le comte de Lallaing \ et accédant aux prières d'un certain économe de D. Gaspard de Bonnicourt, qui a été abbé d'Audenbourg, fit retirer ces flambeaux , et que plus tard aussi l'abbé Warnier de Daure, en considération du comte de Ber lai mont, qui avait épousé la veuve du comte de Lallaing, et fut ensuite gouverneur de l'Artois, fit disparaître également les cinq statues.

1 P. de Bar, Mf. cité. » Ourle», premier comle de Lallaing . eréé par l'empereur Charles-Quint, >'«"

Mais, ajoute Fr. do Bar, ces marques de bienveillance et d'autres concessions avantageuses n'ont pu ramener le comte de Lallaing ; et quoique nous lui eussions cédé des droits sur le moulin de Lallaing , il n'a pas tenu compte des conditions du contrat passé avec lui ; et il n'a jamais voulu consentir à ce que des eaux fussent détournées de la Scarpe pour être dirigées vers le moulin d'Anchin. Il flt tout le contraire , et ne voulut pas même nous donner la maison qu'il avait promise et qui est à côlé de notre hôtel de Douai, auprès de la basilique de Ste-Marie (l'église N.-D. de Douai); et les successeurs du comte de Lallaing, continue Fr. de Bar, n'acquittèrent pas les hommages auxquels le sire de Lallaing s'était engagé, pour lui et pour ses descendants , envers l'abbé d'Anchin ; et je ne rappellerai pas ici la cession, faite en 1170, par Gérard de Lallaing, à l'église d'Anchin, concernant la rivière de Scarpe et le Bais , non plus que le moulin du château de Lallaing, où ce Gérard avait concédé à l'abbé le libre exercice de la justice; et pour abréger, je me contenterai de transcrire ces vers, gravés sur le tombeau du révérend abbé Rodolphe :

Rudolphus Tir magnanimos Tlgealmos abbas Et aextiu, «umptu roaguo, magooque labore, Hostes eccleaia* nostra? repara re cocglt Dcdecus ItlaUiin, vlm sclllcet; hancquc quotannia Incensis ccra cernes facibus reparalam.

Illutn bit aeno fera more râpait nnno.

Pieriie delà Neuville, second du nom de Pierre, et xxvir abbé d'Anchin, se montra , par sa prudence et par la fermeté avec laquelle il sut défendre les droits de l'église, digne en tous points de succéder à Rodolphe de Longucville. Son premier soin fut d'assurer à l'abbaye d'Anchin, contre des adversaires nombreux et acharnés , la justice entière sur le domaine qu'il possédait à la Neuville , ville de Picardie , près de Glermont , et d'où lui venait le surnom de la Neuville. Il ne défendit pas avec moins de force et de sagacité les intérêts que le monastère avait au village de Bonnières , dans le territoire du comté d'Hcsdin ; et il y obtint pour son abbaye les droits de justice haute et basse. Il fit aussi , par son habileté , ratifier les immunités dont l'église d'Anchin jouissait à Boucheneul. Enfin, après onze ans d'une administration aussi sage que vigilante , ce révérend prélat fut appelé au ciel , l'an du Christ 1377 , ainsi que le dit cette inscription placée sur son tombeau :

Sucoedlt Pctnis hic aller nomini* hujiu, Abbaa, Tir prudens uodenà extinctu» aristft. Qui ChrWtl fuit annus, post mlllena trecenla SI Jungas septem spatils po6t septuagena.

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