‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 109 sur 306 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

son* a me. — Jean Le Bttekot ou Le Betlol. xxvm* abbé d'Anchin , —aimé el ehéri de ses frèies , II mérite le surnom de bon abbé. — L'abbaye jouit , pendant les 14 «m de sa préJature, d'une paix profonde. — Sa piété attire beaucoup de fondations pieuses. — Sa mort. —Selon sa volonté, il est enterré dans le cimetière commun des frères. — Son épitaphe. — Hesai de Confiant, xxix' abbé. — D'un caractère énergique, il maintient l'ordre et l'abondance dans le monastère pendant les troubles et les guerres.— 11 interdit i des princes et seigneurs la sépulture dans l'église d'Anchin. — Il institue des ofûces nouveaux , et règle les anciens. — Beaucoup de personnages puissants, à sa considération , prennent part à l'expédition de 1396, contre les Turcs. - Il donne à l'abba>e un groupe de la Trinité, en argent doré, et une couronne d'or. — Il fait renouveler le serment pour l'observation de la charte des pitances (1411). — 11 remet en lumière les diplômes des papes, concernant les privilèges éplscopaux des abbés d'Anchin ; — reconnaissance de ces actes et vidimus du magistrat de Douai ( 1409). - Sa mort, en fan Ml4.-Son épilaphe.

Après les agitations et les débats animés dont nous avons parlé , le monastère , malgré les troubles de l'extérieur , jouit des douceurs d'uu calme profond pendant une période de quatorze ans , c'est-à-dire pendant tout le temps que dura la prélature de l'abbé Jean Le Beschot t surnommé le bon abbé, qui' succéda à Pierre de la Neuville. Cet état de quiétude permit au nouveau prélat de se livrer en sécurité aux pieuses inclinations de son âme humble et fervente. Et tout d'abord , il signala son avènement , en ordonnant dans la chambre du chapitre , et avec le consentement de ses frères , que le Gloria in excelsh Deo serait chanté à la messe , toutes les fois que la solennité de l'Annonciation tomberait au dimanche de la Quadragésime. Il voulut aussi que cette même hymne fût répétée le jour de la Conception et le jour de la Purification.

Les vertus singulières de Jean de Beschot et son intarissable charité l'avaient fait tant aimer de ses religieux, que par un élan spontané d'effusion, et d'un accord unanime, ils fondèrent des prières en son honneur. 11 fut décidé en chapitre que durant tout le temps de la vie du vénérable abbé, chaque année, le second jour de janvier , il serait chanté à son intention , au maître-autel , une messe solennelle du St- Esprit , tout le couvent réuni dans le chœur , en chappe , et tous les cierges allumés. 11 fut réglé aussi et décidé unanimement qu'après sa mort, les frères, en mémoire du bon abbé , célébreraient tous les ans , à l'octave de l'Epiphanie et avec la même solennité, une messe des morts pour le repos de son âme. Ce jour-là le pitancier était tenu de distribuer aux pauvres treize sous de monnaie de Flandre. Le bon abbé , pour subvenir à cette aumône , affecta au revenu des pitances une maison des Arsins avec ses dépendances, qu'il avait achetée de Jacques de Monnart de Douai , et située sur le territoire de Lallaing et sur la rive du Boucharl appartenant à l'abbaye. Les revenus de cette maison et des prairies qui y étaient adjacentes

devaient être perçus par le pitancier, ainsi qu'il fut convenu dans le chapitre tenu la veille de Noël en l'an 1385.

L'odeur d'un parfum caché s'épanche au-dehors; de môme les émanations de l'humble piété se répandent et attirent les âmes. Un grand nombre de personnes illustres affluèrent à l'abbaye, pour y fonder des œuvres pieuses et implorer la faveur d'être admises à la sépulture dans l'église d'Anchin ; de ce nombre furent le seigneur d'Escaillon avec sa femme. Leurs corps reposaient sous les marbres du chœur, ainsi qu'il résulte d'un acte daté du 8 des ides de juillet de l'an 1388. Ils avaient fait don d'un candélabre d'argent à trois branches, qu'on voyait encore au temps de Fr. de Bar, avec trois cierges qui brûlaient constamment devant le Saint- Sacrement. Deux autres personnes de cette même famille furent inhumées dans la chapelle de la Ste- Vierge , vis-à-vis l'autel ; ces personnes avaient donné à l'église d'Anchin , des dimes , tant dans le village d'Escaillon que dans le territoire de Bruille, où s'étendait leur domaine. A la même époque , les descendants de la famille d'un des primitifs fondateurs du monastère d'Anchin , du nom de Lohes , reçurent la sépulture dans l'église de Si-Sauveur, de même que plusieurs seigneurs et dames de la famille de Le Molle ; et l'abbaye recueillit de riches dons de la piété de ces nobles familles.

Jean Le Beschot, en 1384, avait obtenu une sentence pour la dîme sur la ferme de Croisette, près Bonnières1. C'est à lui que Jean, évêque de Limoges et cardinal de Préneste, donna commission pour l'administration du spirituel et du temporel du prieuré de St-Saulve, auprès de Valenciennes ".

Le dénombrement serait long, si Ton voulait rapporter tous les bienfaits que ce prélat attira par ses vertus sur l'abbaye d'Anchin. Ce saint homme était d'une humilité sans pareille, se regardant comme le plus infime de ses frères, et les chérissant de la plus tendre dilection ; et il donna des témoignages de cette humilité et de cette tendresse jusques au-delà même du tombeau. Il exigea qu'après sa mort on l'enterrât dans le cimetière commun aux frères et aux novices , et qu'on l'y ensevelit sans pompe aucune.

Cette touchante volonté fut ponctuellement exécutée; et dans les derniers temps de l'abbaye on pouvait lire encore , sur une pierre du cimetière , cette inscription , en langage français de l'époque, ces quatre lignes consacrant ce surnom de ix>n abbé Jean , qui est resté attaché à sa mémoire :

Au devant de celle maislère (haia) Domp Bescot le bolen abbé Sans baubanoe en le cymentlére Veull gessir par humilité.

On a retrouvé aussi en dehors de la série des épitaphes officielles , et à l'extérieur du chœur, ces vers, faits à l'intention de Jean iv, vingt-huitième abbé, et qui rappellent le dernier acte d'humilité et de charité du bon Bescot.

Vieenus nobis octarus deinde Joanncs Quart ut pra-fkitur illiu* nominis abbai. Hiuc ©dlo fastùs norrorc obacrraiilio. cordi Usque fuit, denâ quarta defunclus arista.

Non hic, ut prigei, voluit que ftiluri ,

Infra «opta ebori , vcl in «de sacra tumulari , Aat ubi aunt aoUU fratrea terri aepcllri.

Jean Le Bescot mourut en 1391 , après avoir gouverné pendant quatorze ans.

1 Le pere Ignace. Mémoire du diocèse d'Arras, M». 1, 4 , p. 414. * Ibid. p. U2.

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