‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 110 sur 306 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

A cette époque, le schisme que les empereurs d'Occident axaient excité dans l'Eglise romaine produisait ses fruits funestes : le roi de France et le roi d'Angleterre se faisaient une guerre cruelle. La Flandre, le Hainaut et le Brahant étaient le théâtre où se livraient des combats sanglants ; et nos contrées avaient à souffrir des troubles et des désastres que ces guerres entraînaient à leur suite.

Pendant l'administration toute débonnaire du pieux et bon Jean , le domaine de l'abbaye n'avait pu être suffisamment protégé; ses biens avaient été pillés, ses champs ravagés; les sources de ses revenus étaient taries, et la disette menaçait d'envahir le monastère, lorsque Henri de Conflans fut appelé à la prélature. En prenant le gouvernement de l'abbaye, ce prélat lui apporta le secours de son habileté, en même temps que l'appui de son caractère énergique , et l'autorité de son nom , car il était d'une famille illustre de la Bourgogne. 11 est le xxix* dans la série des abbés dont les noms figurent au Martyrologe de l'abbaye.

Durant ces moments , rendus si difficiles par les troubles du dehors et par les misères qui travaillaient la contrée , le calme et la paix ne cessèrent pas de régner dans le monastère. Et il n'y eut lieu à aucune plainte de la part des moines, ni à aucune mutinerie pour le manque de vêtements et de nourritures, quoique, ainsi que nous l'avons dit, les champs de l'abbaye et les villages eussent été dévastés par les armées.

La puissance de sa volonté , et la considération dont il était entouré , lui donnaient une grande influence. Nous voyons qu'il parvint à faire exclure de l'inhumation dans la grande église , certains personnages , qui , à l'exemple des seigneurs de Lallaing dont nous avons parlé précédemment , s'étaient portés à des actes de violence et d'usurpations contre l'abbaye. Néanmoins, on lit dans une charte de cette époque que sous la prélature du révérend Père Henri , la famille de Lallaing avait été réconciliée avec les cloîtres , le 2 des kalcndes de décembre , par l'évôque de Sarepta , striïragant de l'évêque de Cambrai * , qui , le même jour avait consacré les autels de St- André, de St- Sébastien , de St- Hubert, de* Ste- Catherine et d'autres encore, qui ont cessé par suite de servir.

Nous ne rappellerons pas tous les offices que cet habile et vigilant prélat a institués par des lettres conférées tant à ses moines qu'aux domestiques séculiers. Il y avait , dans les archives , des actes , par lesquels il avait nommé prieur claustral , le sous-prieur, (le grand prieur continuant toujours d'être élu par les suffrages des frères). A ce sous-prieur , qu'il avait nommé prieur, les frères devaient obéissance comme à un prieur claustral ; le grand -prieur restait chargé des aûaires les plus graves et du soin de tous les convers.

Du consentement des frères , des prieurés et du monastère , il choisit et créa comme prieur de St-Georges , révocable à la volonté de l'abbé , Jean de Batterie , bachelier es décrets, avec pouvoir d'administrer les choses temporelles et spirituelles, conformément aux constitutions de l'église d'Anchin. Il voulut cependant que ce prieur de St- Georges , en cas de faute ou de délit , fût tenu de comparaître au chapitre , devant l'abbé ou son prieur , et toutes les fois qu'il en serait requis. Par un décret analogue , de \\ 1 0 , il nomma selon les mêmes conditions , au prieuré d'Aymeries, dom Jean Adrien.

Henri de Conflans , avant que d'être appelé au gouvernement du monastère ,

» Fr do Ikr, M», cité.

avait cégi en Angleterre le prieuré de St-Machut, dépendant de l'abbaye d'Anchin. Après qu'il eut été nommé abbé , il eut sur les princes de France et de Belgique un si grand ascendant , que c'est à sa considération et par ses conseils que beaucoup d'entre eux prirent part à l'expédition de 1306 contre les Turcs.

On a admiré pendant longtemps, parmi les ouvrages d'orfèvrerie que l'on conservait dans la trésorerie du monastère, un groupe complet , de grande dimension, de la Trinité , en argent doré , qu'on portait dans les processions. 11 y avait aussi une couronne d'or , servant pour la cérémonie de l'inauguration des abbés. Ces chefsd'œuvre magnifiques qu'Henri de Conflans avait fait faire et qu'il avait donnés à l'abbaye, ont été dérobés à la fin du xvi» siècle, par le baron d'inchy, gouverneur et tyran de Cambrai , qui les a fondus et convertis en monnaie pour payer ses soldats.

Les abbés ses prédécesseurs avaient affermi et accru les revenus des pitances et * du vestiaire ; mais Henri de Conflans les surpassa tous par sa sollicitude et par sa munificence ; on voit au Martyrologe fc d'Anchin , que dans les premiers temps de son gouvernement, le 24 février 1392, il se fit relire les actes et contrats dressés en 1313, et qu'en confirmation de ces titres, non-seulement il fit jurer à tous les officiers du monastère, mais que lui-même jura, sur les saints Evangiles, d'en observer fidèlement toutes les prescriptions. En outre , par la suite , pour plus de garantie, il renouvela ce serment solennel, le 20 de juillet de l'an 1413, en présence de François de Montestach , officiai d'Arras, et de Pierre de Hateicourt, écolâtre * de Noyon ; tenant en ses mains le Martyrologe , il se fit donner , par un notaire public , copie des deux lettres concernant l'institution des pitances et vestiaires , et inscrites aux feuillets 110 et 111. Dans l'une de ces lettres, étaient indiqués les noms du grand-prieur d'Anchin, de Jean de Vandesscn, prieur de St- Georges, de Jean Le Bœuf, prieur d'Aymeries, de Guillaume de Belrive, prieur de St-Sulpice de Doulens , de Jean de Frohens , sous-prieur d'Anchin , de Jean de Reims , troisième prieur, de Jean Ravengies , quatrième prieur , de Pierre , cellerier , de Jacques Desmoulins , camérier , de Jean de Ossy, aumônier , de Faslrede , chantre , de Gérard de Tourelle, prévôt de Brabant, de Gilles de Gelu, d'Eustache de Merin , de Martin de Roux, et dp beaucoup d'autres moines du couvent qui avaient été réunis en chapitre, à son de cloche , selon, la coutume. Ces lettres contenaient les actes des abbés, et tous les articles relatifs aux revenus affectés aux frais des pitances , des vêtements des moines et corners du monastère d'Anchin , et des prieurés. Il y était dit aussi que l'excédant serait consacré aux besoins des malades et infirmes , et que les abbés devaient pourvoir à ce qui serait insuffisant; et tous ces actes furent souscrits par maître Jean de Bosco , clerc d'Arras , notoire public.

Pour le cas où il se serait encore trouvé des gens qui auraient mis en doute les droits et pouvoirs épiscopaux très-étendus qui avaient été conférés par les papes aux abbés d'Anchin , Henri de Conflans , gardien scrupuleux des avantages du monastère , et jaloux de tout ce qui pouvait augmenter la splendeur de l'abbaye , remit en lumière le diplôme du pape Urbain , qui , en confirmant la bulle d'r^onorius m , concernant le droit de la mitre et de l'anneau , avait augmenté considérablement ces droits et privilèges en faveur de Guillaume, xv* abbé, et en avait autorisé l'usage, non-

» Martyrologium , qui primitivement eignlUe recueil des faste* des Saints, par aulle a désigné, surtout chei les moines, le registre nécrologique ou obitiiaire, qui contenait le recueil des principaux actes et titres de l'abbaye et de la règle de l'ordre.. Vr Dncange, Glost., au mot Martyrologium.

» Sehnlanictu , écolàtrc : dignité ecclésiastique en vertu de laquelle celui qui en est revetu exerce une sorte de suprématie, j>ractl tecksiaitiat. [ibid.)

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