CHAPITRE XX
son maire. - Jfan de Batterie, \\x* abbé d'Anchin (1114). — homme de grande science et piété. — 11 « un oratoire dans la basilique de la Vierge Marie , — fait exécuter des peintures, — fait don de manuscrits : la Bible avec glose , et neuf volumes des Commentaires de Pierre de Polude , sur les Psaumes. — Règlements pour les habits des tiotIccs et des proies , et l'admission ans ordres. — Joyeuse entrée, célébrée par des réjouissances. -Jean de Batterie, vigilant gardien et défenseur des droits de l'abbaye,- il lutte contre l'évéque d'Arras. — Bulle du pape Nicolas v. — Droits de baute justice. — Pouvoir d'absoudre dans les cas réservés au St-Slége. — Justice suprême sur Bon ni ères. — Justice à Hesdio. — Privilèges du prieuré de St-Sulploe, — ce prieuré, lieu de refuge sacré. — Charte de l'abbé Jean. — Mort de Jean de Batterie (M48), — Ses funérailles. — Epltaphes qui
Dans l'année même de la mort du vénérable Henri de Gontlaos , Jean de Batterie, prieur claustral d'Anchin , fut appelé par le suffrage de tous les frères au gouvernement du monastère , comme trentième abbé.
Jean de Batterie était originaire de Douions en Picardie. U avait étudié les lettres à l'université de Paris , et il était parvenu au grade de bachelier es décrets et en théologie, ce qui , à cette époque, désignait le plus haut degré de la science '. Mais les inclinations de son âme et la nature de son esprit le portaient surtout vers les études de la piété et des saintes pratiques de la vie monacale, et il s'y était livré tout entier. Il avait pris l'habit des bénédictins à l'abbaye d'Anchin ; sa grande science et ses vertus ém inentes l'avaient désigné tout de suite au choix de ses frères et de l'abbé qui le chargea de régir le prieuré de Sl-Sulpîce de Doulens, dépendant de l'abbaye d'Anchin. Ensuite il avait été rappelé au monastère d'Anchin pour y remplir l'office de prieur claustral ; et à la mort de l'abbé Henri , il fut, ainsi que nous l'avons dit, porté parle vœu unanime de la communauté, à la prélature abbatiale , l'an 1414.
Elevé à cette dignité , il ne dressa pas la crête : non crislam erexit ; mais il s'astreignit plus rigoureusement encore à l'exercice de toutes les vertus religieuses , et il se montra plus exact observateur des règles de la discipline.
Un des plus beaux monuments qu'il a laissés de sa piété est l'oratoire qu'il fit construire au côté gauche de la basilique de Notre-Dame, et qu'il orna de belles peintures représentant les saints ermites et les évéques qui avaient appartenu à l'ordre de St- Benoît. Cette chapelle était décorée d'inscriptions religieuses, d'ex-voto et de dons pieux. En reconnaissance de l'institution de ce monument, des vers à la louange du révérend abbé furent gravés sur un marbre , au côté méridional de cette même église de Sainte -Marie.
Un témoignage insigne de l'amour de ce prélat pour la science sacrée et de sa
« F. de Bar, Ms. cité.
sollicitude pour l'avancement de la religion, est le don qu'il fit en l'année 1429 d'une glose ordinaire sur la Bible et des neuf tomes manuscrits des Commentaires de Pierre de Palude, sur les Psaumes1. Le pieux abbé voulut que ces volumes fussent distribués à l'époque du Carême. En mémoire et action de grâces de ce bienfait, il fut établi que chaque année, à la fête de Pâques, après l'élévation du Corps et du Sang de Notre -Seigneur , à un signal donné par le prieur qui frapperait un coup sous les stalles , tous les frères réciteraient le psaume Miserere pour le repos de l'âme de l'abbé.
Il n'y avait pas de circonstances où la science et l'excellence de son jugement ne se manifestassent. En ce temps - là , dans beaucoup de monastères, la question s'était élevée de savoir : si les novices (qui portaient le même genre d'habits que les proies), ayant terminé leur année de noviciat à l'âge de quatorze ans , étaient censés , aux termes du chapitre i" : De regularibus, lib. vi , être profès. Quelquesuns ne voulaient pas que ces novices pussent être admis à la profession , quoiqu'ils eussent porté l'habit religieux pendant un certain nombre d'années, et même après avoir passé l'âge compétent, si auparavant ils n'avaient pas été admis aux ordres sacrés. Pour mettre un terme à cette controverse, l'abbé Jean, dans un chapitre, tenu en l'an 1431, la veille de l'Assomption , décida et ordonna, de l'assentiment de tout le couvent assemblé , qu'à l'avenir les novices porteraient seulement le froc ou coule, sans manches; qu'arrivés à l'âge de dix-huit ans, s'ils le désiraient et le demandaient, ils pourraient être admis à la profession, et aux ordres sacrés ensuite. Et depuis , cette décision a été adoptée comme règle ; elle a été constamment suivie, et elle a été conservée jusqu'aux derniers temps de l'abbaye. Il en a été de même à l'égard de certaines cérémonies instituées pour les fêtes et solennités de l'intérieur de la famille d'Anchin. Ainsi , lorsqu'une première messe se célébrait, le célébrant portait une couronne de fleurs à l'autel, qu'il conservait jusqu'à l'offertoire , et alors on envoyait cette couronne à la plus proche parente , qui la portait le reste de la journée ".
Au temps que Jean de Batterie remplissait encore les fonctions de prieur de St- Sulpice, il avait fait à ce prieuré don d'un ciboire d'argent, d'un travail précieux, pour contenir les hosties, et qui était suspendu au-dessus du maltre-autel. Pour ce motif, le couvent lui avait décerné une messe anniversaire durant sa vie et après sa mort. Cette messe , dont Jean de Batterie avait lui-même composé les collectes et oraisons, se disait dans la basilique de Ste-Marie d'Anchin ; elle a continué d'y être célébrée , quoique le monastère n'y fût pas obligé , le prix de cette messe n'étant pas acquitté par le prieuré de St-Sulpice de Doulens.
Le vigilant prélat exerçait une surveillance des plus actives et des plus clairvoyantes , tant sur les prieurés que dans l'intérieur même du monastère; et il maintenait partout une exacte discipline. Si quelqu'un s'en écartait , après admonitions préalables, il le faisait, selon les formes prescrites par les canons, citer devant le couvent assemblé. 11 créait des prieurs forains et révoquait ceux qui étaient tombés in faute. Ses soins attentifs s'étendaient à tous les offices; et on serait étonné du nombre de lettres, de promesses, de citations, de punitions et de tous les actes qui témoignent de l'activité que cet abbé ; ainsi que son prédécesseur,
1 Ce* précieut volumes existent encore à la bibliothèque publique de U vlUe de Douai, et sont décrits su n* Si du catal. des Bl* de celle bibliothèque » Voyage littéraire de dettx religieux de ta Congrég. de St-Maur, t. u, p. 86.