CHAPITRE XX
ont déployée durant leur prélatare. Henri de Conflans avait gouverné pendant vingtsept ans, et Jean de Batterie gouverna pendant trente-quatre ans; aussi la prospérité de l'abbaye s'était considérablement accrue pendant cette période de temps.
L'avènement de Jean de Batterie à la prélature fut saluée comme un hientail de la Providence. Sa joyeuse entrée avait été célébrée à Pecquencourt , par des fêtes avec de telles démonstrations d'allégresse et une telle magnificence, que Ton peut dire que jamais pareils honneurs n'avaient été rendus à ses prédécesseurs.
Le premier soin qui occupa son esprit, ce fut de relever l'éclat du service divin. Il ne faisait rien cependant que de l'avis du couvent; et c'est sous les auspices et avec l'assentiment de tous les frères qu'il ordonna que chaque jour, à matines et à vêpres, il serait fait mention de la sacro-sainte Trinité et de notre saint Sauveur suprême patron de l'abbaye, dont aussi il voulut que l'ofHce particulier fût célébré le mercredi de chaque semaine , toutes les fois que ce jour ne serait pas occupé par une plus grande solennité. Il prescrivit qu'il fût fait de môme dans les prieurés de St-Georges et de St-Sulpice pour leur patron respectif.
Il se montra gardien actif et défenseur habile de ses prérogatives et de ses droits spirituels : notamment contre Martin Poré , évôque d'Arras, qui, par un zèle empressé , prétendait étendre sa juridiction épiscopale sur Pecquencourt, sur Vred, et sur d'autres lieux ci rcon voisins. Mais l'affaire ayant été portée à la cour de Paris , il fut décrété par autorité du roi de France et d'Angleterre que l'évêque d'Arras n'aurait des droits d'administration spirituelle que sur les quatre villages de son diocèse : Esquerchin , Henninel , Noyelles sous Lcns , et Hinges , et durant sa vie seulement. Or , la mort de cet évêque arriva en \ 426 ; et les quatre villages que nous venons de nommer furent réunis sous la juridiction de l'abbé d'Anchin.
Une bulle du pape Nicolas v, adressée à l'évêque d'Arras, a particulièrement en vue l'abbé Jean; elle recommande à l'évêque de veiller à ce que les prélats d'Anchin ne soient pas inquiétés dans la jouissance des droits et privilèges qui leur ont été accordés par le siège apostolique , et dont le révérend abbé avait fait renouveler la conlirmation. Jean , qui était en grande faveur auprès du St-Siége , en avait obtenu certaines exemptions. C'est ainsi que par lettres du pape il était dispensé , toutes les fois qu'il en serait empêché , d'assister aux synodes auxquels il serait appelé : et c'est en vertu de cette autorisation qu'il écrivit à l'évêque d'Arras Hugues de Cayeu , pour s'excuser de paraître au concile de Bâle.
En faveur de l'abbé Jean, le Souverain Pontife donna aussi des lettres par lesquelles il déclare , à la demande de la duchesse de Bourgogne , Isabelle , ne retenir qu'un seul jour la provision ou donation de l'abbaye d'Anchin. Le même pape Nicolas v, par une grâce spéciale qu'il fit aux abbés et moines de l'abbaye de St- Sauveur, leur accorda la faculté de dire la messe en temps d'interdit dans tout lieu honnête que ce fût, sur des autels portatifs, et de nommer le prêtre qui célébrerait la messe devant eux ou devant les malades; et de faire l'office divin dans l'église d'Anchin, lorsqu'un interdit aurait été prononcé, mais à condition de célébrer les portes fermées. *
Nous voyons que le duc de Bourgogne Jean fait défense à ses officiers de percevoir aucun impôt ou somme d'argent sur les habitants de Vred , parce que ce village appartient à l'abbaye d'Anchin en pur alleu. C'est pourquoi aussi le magistrat de Douai fut forcé de remettre à la justice de l'abbaye , une femme poursuivie comme empoisonneuse , et qui avait été arrêtée sor le territoire de Vred ; le droit de haute
justice sur ce village , ainsi que sur celui de Pecquencourt , appartenant aux abbés d'Anchin. *
Le révérend Père obtint du St-Siége la ratification et la confirmation des droits de juridiction de l'abbaye sur les villages d'Aymeries, Aulnoi et Bachy ; et bien plus, il reçut, par lettres de Mgr Gordan, évôque d'Albano, pouvoir d'absoudre tant les moines que les paroissiens desdits bourgs et villages , dans un grand nombre de cas, et même dans les cas réservés au siège apostolique.
Par la vente que lui fit le sire de Bonnieres , seigneur de la Thieulloie et autres lieux, il se créa et se constitua une justice suprême sur le beau et grand bourg de Bonnieres, avec droit de bannière, de four et de moulin, et un siège judiciaire avec juridiction sur réglise paroissiale. Nous passons sous silence divers autres droits et hommages qui étaient attachés à la possession de cette justice. Nous ne faisons aussi que mentionner en courant les droits de justice donnés à ce même abbé Jeau, et ratifiés par le duc Philippe de Bourgogne, par les comtes d'Artois, et par des lettres du bailli d'Hesdin.
Cependant nous devons transcrire ici , comme monument curieux de l'histoire , du droit et de la jurisprudence , un acte de récognition , par lequel l'abbé Jean , le 17 décembre 1433 , fit renouveler les titres , instruments et chartes anciens concernant les droits et privilèges seigneuriaux des abbés d'Anchin sur la ville de Bruille, et les fit mettre en forme aullienlique sous le titre unique de
CHA1TBB DE LE LOT dVnCHIK EN LE TILLÊ DE BRUISLE EN OSTREVANT.
Nous Otte, bastard de Laiain|, escuier et Thumas Pastour, hommes de lief à très hault et très puissant prince, no très redoublé seigneur, monseigneur le duc de Bourgongne , comte de Haynau, Hollande etZeclande, savoir faisons à tous que par devant nous qui pour chou y fumes hucqués et appelez comme hommes de fiefs à no dit très redoublé seigneur, à cause de se dite comté de Haynau, sont venus et comparus en leurs propres personnes , vénérable et religieuse personne, Dampt Loys de Boubais, religieux et prevost de l'église d'Anchin d'une part, et Pierre le Boulenghier dit Du Lieu maires, Jean Lelumer dict Herbin , Pierrot Levé! , Jacquemart Brission, fil de Bertrand Philippart Navare , Pierrot Lievequin , Colart Pinchemaille et Jean Patris , esquevins regnans a ce jour de le ville de Bruisle, en le terre, juridition et seignourie que ledite église d'Anchin a en icelle ville , eusamble et avecq eux Jehan Savereux, Jehan Poutraio, Jehan Fenart, Tournas Baingot, Martin de Le Selle, Micquiel Petit, Henri Derneval dict de Lelis, Cillot Navare, Wattier Duvivier, Jehan de Villers, Thumas Jehennot et Jehan Trauly, tous manans et habitans de le ditte ville de Bruisle faisans et repréaentans le plus grande et saine partie des manans et habitans d'i celui cille en leditte juridition et seigneurie d'Anchin, si qu'ils disent d'autre part. Et la endroict ledict prevost d'Anchin a porta, monstra et exhiba unes lettres patentes en parquemins scellée d'un grand scel en chire verde sur double queue de parquemin, lequel scel ledit prevost disoit estre le propre scel de révérend père en Dieu monseigneur l'abbé de leditte église d'Anchin dénommé en icelles lettres, duquel seel iceluy monseigneur l'abbé a usé et entend à user tout son temps, comme abbé de leditte église d'Anchin ès besoignes et affaires louchants f ir étage , hauteur et seigneurie <T icelle église. Lesquelles lettres furent lieutes mol après autre en le présence de nous hommes de fief dessus nommez et des dessusdis mayeur , esquevins, manans et habitans de le ditte ville de Bruisle et contenoient le fourme et teneur qui s'en sieut.
A tous ceult qui ces présentes lettres verront ou orront Jehan, par le permission divine, humble abbé de l'église St-Saulveur d'Ànchiu de l'ordcne Sl-Benoist au diocèse d'Arras, salut en Noire- Seigneur et cognoissance de vérité. Comme de temps passé par nos prédécesseurs cui Dieux pardonnit eustesté donué et baillé comme on dist a nos muieur, etquecins et autres officiers de justice que nous avons en le ville de Bruisle en Oslrerant , certaine lettres et chartre faisant mention et contenant les estatuts et ordonnances des bans, lois et amendes que lesdis nutieur , esquevins et officiers avoient à tenir et jujier pour Ventretenement , police et gouvernement de la