CHAPITRE XXI
sommaire. — Assomblôc pour l'élection de l'abbé. — Pimue Toula , \x\i • abbé ; — 11 est béni solennellement le 12 Janvier 1449; - II prête serment à l'évoque. — A celle époque, les princes ni la cour n'Interviennent pas encore dans l'élection. — Devoirs rendus au prédécesseur. — Joyeuse entrée. — Pierre Toulet, fils d'un booeber de Douai. — Il s'occupe de régler les attributions du prieur et des autres officiera. — 11 fait respecter les droits de justice du tribunal d'Anchin —Il crée un camérier , un prévôt et un sous-prevôt , - institue des maîtres des eaux et forets , des intendans pour les communes et villages , — donne de sages ordonnances , — obtient une «tension des privilèges épiscopaux pour les abbés d'Anchin. — Diplôme du pape Nicolas v, en M 19. — Embellissements de l'église; statues, peintures, orgues magnifiques. — Il construit une maison abbatiale avec un oratoire. — Hôtelde-vllle de Pecqnencourt — Peintures de la chapelle des Ardent. — Bannières et gonfanons. — Institution de fetes. - Mort de Pierre Toulet. - Son épltaphe et son mausolée.
Les funérailles du vénérable Jean étant terminées, dès le lendemain dom Pierre Toulet, prieur du monastère, et le couvent, promulguèrent l'acte par lequel il était enjoint à tous les prieurs de St-Georges, de St-Snlpice, d'Aymeries, etc., avec leurs religieux , d'assister, ou s'ils en étaient empêchés , de se faire représenter à l'assemblée qui devait se tenir dans la chambre du chapitre, afin de procédera l'élection du nouvel abbé.
Cette élection eut lieu le 30 décembre 1448; et ce fut le prieur lui-même, doin Pierre Toulet, qui fut, par voie de scrutin, per viam scrutini , appelé à occuper le siège abbatial. Le 7 du mois suivant (janvier 1449, — 1448 selon le comput ecclésiastique), il reçut la confirmation dans l'église épiscopale d'Arras, de la main de Mgr Fortier de Plaisance, évêque d'Arras. Le 12 du même mois de janvier il fut béni solennellement par le même prélat , assisté des abbés de Cysoing et de Maroilles , dans la basilique paroissiale de Notre-Dame à Douai ; et il prêta serment d'obéissance à l'évêque , par écrit et en ces termes :
Ego frater Petrus Toulet , humilis abbas monasterii saocti Salvatoris Aquicinctensis , Deo et saucta? Matri Ecclesiae Atrebatensi, et tibi Pater, tuisque successoribus, debitam subjectionem et obedientiam a sanctis Patribus eonstitutam , secuiidum régulant sancli Bcnedicti, ore promitto et manu conûrmo.
C'est-à-dire : « Moi , Pierre Toulet , humble abbé du monastère de St-Sauveur d'Anchin , à » Dieu , à la sainte Mère l'Eglise d'Arras , et i toi , mon Père , et à tes successeurs , je promets » par ma bouche et je confirme par ma main la soumission qui est due et l'obéissance pres- » crite par les saints Pères , selon la règle de saint Beooti. »
laifin, le 14 de janvier, l'abbé Pierre Toulet, élu, confirmé et béni, célébra sa joyeuse entrée dans le monastère d'Anchin, où il fut installé et intronisé par le ministère du sous-prieur de l'abbaye. A ce propos Fr. de Bar dit : 11 nous a
paru bon d'indiquer en peu de mots de quelle manière on procédait en ce tempslà à l'élection d'un abbé nouveau ; on voit qu'alors la nomination d'un prélat se faisait sans qu'on dût recourir à des princes ou à la cour; et à des époques plus reculées encore, après la mort du B. Gossuin , par exemple, lorsque le suffrage des frères eut désigne le nouvel abbé, on lui dit simplement, en lui remettant le bâton pastoral : Accipe baculum suncli Gozuini el ejus mores imilarc : « Reçois le bâton de saint Gozuin , el imite sa conduite. »
Pierre Toulet fit célébrer , à l'occasion de la mort de son prédécesseur , des messes et offices dans diverses églises , notamment dans les collégiales des diocèses d'Amiens et de Cambrai. Lorsqu'il entra dans le chœur de cette dernière (l'église de Ste- Croix), il donna, de sa grâce spéciale, pour sa bienvenue, quarante sous de la monnaie de Cambrai aux petits vicaires de cette basilique ; et aux enfants de chœur dix sous , et autant aux bedeaux et appariteurs, ce qui était pour le temps des dons considérables.
Selon une ancienne tradition , le révérend Pierre Toulet était fils d'un boucher de Douai. 11 était fort jeune encore lorsque l'abbé Jean de Batterie, ayant remarqué en lui d'excellentes qualités, demanda au père du jeune homme à quel état il destinait son fils , et s'il ne le verrait pas volontiers entrer dans quelqu'ordre religieux ; à quoi le père répondit : « Cela certainement serait fort agréable à mon fils et à moi , si votre Révérence daignait le recevoir. » C'est pourquoi les religieux d'Anchin y ayant consenti , le jeune Pierre Toulet fut admis parmi les novices.
Doué d'un esprit vif et pénétrant , il fit de rapides progrès dans les lettres , dans la théologie et dans l'étude du chant. 11 fut fait proies , et enfin il fut élevé à la dignité de prieur claustral. Il déploya dans ces fonctions tant de prudence et de sagesse, qu'il fut choisi comme abbé par le vœu unanime de ses frères.
H y a peu de prélats dont la gestion ait été aussi bien remplie. Il existe encore dans ce qui reste des archives de l'abbaye , un grand nombre d'actes qui témoignent qu'il s'occupa avec un soin particulier de régler les attributions du grand prieur officiai d'Anchin. Et il est manifeste , par les recommandations et ordonnances de ce prélat , que ce grand prieur avait dans les droits et devoirs de son office l'administration perpétuelle des chapelles de Pecquencourt et de Vred , que c'était lui qui instituait le prêtre pour chacune des chapelles sur lesquelles il avait pouvoir réel et personnel ; c'est lui qui y réglait et ordonnait la distribution des livres , calices , ornements et de toutes les choses nécessaires aux cérémonies ordinaires du culte.
Il résulte clairement aussi , des écrits de ce même abbé , que non-seulement le prieur avait dans ses attributions de veiller , avec les Pères de l'ordre , au maintien des prescriptions de l'obédience et à la conservation des règles de la discipline , d'avertir ceux qui s'en écartaient , de les y ramener , d'infliger les corrections , mais encore qu'il avait une autorité suprême sur les profès eux-mêmes.
Le sous-prieur restait à poste fixe dans le cloître , et lorsque le grand prieur était en tournée dans les terres el dans les villages de l'abbaye , il avait la haute main sur les religieux qui y demeuraient ou y avaient des fonctions. U exerçait sur eux une surveillance entière , leur prescrivait la règle de vie , leur donnait les instructions nécessaires. U réprimandait et punissait les négligents ; mais dans les cas de fautes graves ou de crimes , il devait en référer à l'abbé , à qui seul il appartenait , après avoir pris l'avis des Pères de l'ordre , de prononcer la condamnation , et de déterminer la nature du châtiment , la durée de l'emprisonnement , etc.