CHAPITRE XXI
Parmi les monuments écrits de l'administration de ce prélat, il s'est retrouvé un acte par lequel il avait fait restituer à la juridiction du tribunal d'Anchin , des clercs de Vred accusés de certain crime et que le gouverneur de Lille retenait en prison. Il jugea aussi à son tribunal un hérétique. Et en vertu de ces mêmes droits de juridiction , il adressa au lln< de Cambrai , des lettres , et obtint qu'un de ses religieux, détenu au château de Selles, fût amené à l'audience d'Anchin.
Pierre Toulet compléta les institutions que Henri de Conflans avait établies, et il acheva de régulariser et il définit exactement les fonctions et devoirs des divers officiers de l'abbaye. Il étendit encore beaucoup l'autorité du prieur ; de plus , il institua , par des lettres , des offices domestiques fort importants : Il créa un prévôt et un caméricr; celui-ci avait dans les attributions de sa charge d'inspecter les terres , maisons, fermes, villnges appartenant à l'abbaye, notamment dans les territoires de l'Artois, d'Ilesdin, de Lille; de percevoir les droits seigneuriaux et les émoluments du domaine d'Anchin , d'en protéger et assurer la conservation devant tous juges; de faire les poursuites, recherches et enquêtes, et de prendre les conseils compétens afin d'empêcher la déchéance d'aucun des droits de l'abbaye.
En vertu de lettres analogues , le religieux prévôt du monastère avait mission de veiller avec la plus grande diligence au maintien des droits , à la stricte exécution de la justice, et au respect des privilèges et pomoirs seigneuriaux qu'avait l'abbaye dans la ville de Pecquencourt , et dans les villages de Vred et Auberchicourt , de Bruille , Escaillon, Loffres, Fresnes, Gages, Comberon , le château d'Heluin, Gui- * segnies et autres lieux ruraux et municipaux. L'abbé avait donné à ce prévôt pouvoir d'instituer , de son autorité et partout où il le jugerait nécessaire, le magistrat', les appariteurs , les gardes champêtres et forestiers , le mayeur, le juge , et de les révoquer ou destituer. Le prévôt aussi pouvait recevoir les ventes, les fiefs provenant d'héritages, les droits d'entrée et de sortie vulgairement appelés de main forte, les dons et amendes, et accepter les conditions et clauses des baux concernant les domaines d'Anchin.
L'abbé avait en outre nommé à l'office de sous-prévôt un moine qui était spécialement charge de veiller à la bonne et régulière administration et à l'exécution de la justice temporelle sur le territoire d'Anchin. 11 appartenait aussi au sous-prévôt de faire apporter au monastère les revenus et profits affectés de temps immémorial a cette charge, à la condition que ledit sous-prévôt fournirait la communauté des herbes potagères , de la moutarde , des cordes et de l'huile nécessaires à la consommation du monastère, qu'il veillerait au nettoyage des candélabres, qu'il ferait préparer et entretenir les nappes du réfectoire , cl qu'il s'acquitterait d'autres menus soins affectés , selon l'usage ancien , à son office , usage qui s'est maintenu jusque dans les derniers temps.
11 y avait alors aussi parmi les officiers religieux ce qu'on appelait un receveurgénéral , lequel était chargé de faire la recette de tous les biens que le monastère avait en France t et qui en rendait compte à l'abbé tous les ans. F. dè bar a encore vu , au temps où il était prieur d'Anchin , dan* l'armoire des archives , un de ces comptes ou rapports intitulé : Comptas en général , rendus par dom Maurice Hrognetz , religieux receveur-général de l'église d'Anchin , des bietis de ladite église , ès mettes ' du royaume de Franche , Artois et Flandre et Cumbresis poor
> Vcttt: terrmn- où f 'ôiend In juridiction d'un officier de justice. Clos. Roquefort.
un an, en commenchant à le St-Hcmy, an mdxxvh , et finicliant le nuict $l-
Rcmij MDXXUII.
L'abbé Pierre Toulet avait institué , par des lettres qui se sont retrouvées dans les archives du couvent , des moines maîtres des eaux et des forêts. Voici à peu près quelle était la teneur de ces lettres ou commissions :
Nous instituons nos très-chers frères.... maîtres des eaux et forêts d'Anchin , non-seulement pour le district du monastère, mais encore à Pecquencourt et à Vred, alin que recevant les profits et amendes tant de nos bois que de nos rivières et des herbes croissant sur le territoire d'Anchin ainsi que le foin et le produit des droits , ils poursuivent ceux qui dégradent ou coupent les arbres , ou ceux qui volent le poisson ; qu'ils les fassent prendre par les hommes de la force armée et les gardes, lesquels auront pour eux les profits. Et il est dans les conditions de la charge des maîtres des eaux et forêts , de faire apporter et voilurer à l'abbaye les faisceaux de bois et le poisson nécessaire à* la table de l'abbé et à celle du couvent; et ils devront rendre compte pardevant l'abbé et les commissaires du comptoir.
11 créa aussi des inspecteurs et intendans pour la ville de Pecquencourt et les villages de Vred, Auberchicourt, St- Georges, Hauteville, Voyelle, Tremont et Carenton.
De plus, il avait réglé par de sages ordonnances tout ce qui était relatif aux vêtements, aux lits, aux livres, aux aliments. Il avait fixé le taux et la valeur des gobelets et cuillers d'argent, et les sommes à distribuer à certains officiers et familiers à l'occasion de la prise d'habits , toutes choses que les parents des novices avaient l'usage de fournir avant la profession, s'ils en avaient les facultés, non pas par une convention obligatoire, mais seulement de leur pure libéralité.
Enlin ce prélat , par la sagesse de son administration , avait amené l'abbaye à un très-haut degré de prospérité. 11 s'était attiré l'admiration et les respects de tous, non-seulement il était aimé et vénéré par ses moines, mais encore il était en grande considération auprès des personnages les plus éminents de l'Eglise et de la noblesse.
Le souverain pontife Nicolas v, pour accroître les splendeurs et la puissance d'action (!u culte divin, étendit encore en faveur des prélats d'Anchin les privilèges de la mitre et de l'anneau, ainsi qu'on va le voir d'après cette bulle de 1449 :
Nicolas , évêque serviteur des serviteurs de Nicolaus , episcopus , servus servorum Dei ,
Dieu , à notre (ils chéri l'abbé du mooastère de dilecto lilio abbati monasterii Sli - Sal vatoris
St-Sauveur d'Anchin , de l'ordre de St-Benoit, Aquicinctensis , ordinis Sli-Benedicti , Atreba-
du diocèse d'Arras, salut et bénédiction apos- tensis diœcesis, salutem et apostolicam bene-
tolique. La sincérité de ta dévotion et la dignité dictionera. Exposcit tus devotionis sinceritas et
de la religion demandent que, te chérissant d'une religionis promerctur honestas ut te speciali
dilection spéciale , nous te conférions les bon- dilectione prosequentes condigois bonoribus
neurs que lu mérites. Depuis longtemps, ainsi attollamus. Dudum siquidem , ut accepimus,
que nous l'avons appris , il a été accordé , par abbati monasterii Sli-Salvatoris Aquicinctensis
l'autorité apostolique , à l'abbé du monastère de ord. Sti-Bened., Atrebat. diœcesis, pro tem-
St-Sauveur d'Ancbin , de l'ordre de St-Benoît, pore existent! , aposlolica fuit authoritate con-
, diocèse d'Arras, existant alors, que cet abbé, cessum , ut ipse in dicto monasterio celebrando
en célébrant dans ledit monastère , pourrait user mitra, annulo , baculo pastorali et aliis pontilî-
librementde la mitre, de l'anneau, du bâton calibus insigniis libère posset uli; nec non be-
pastoral et des autres insignes pontificaux ; qu'il nedictionem solemnem post missarum , vespe-
pourrait aussi donner la bénédiction solennelle roruro et matutinarum solemnia modo et forma
après la célébration des messes, vêpres et ma- valeret elargiri, prout in litleris apostolicis de-
tines, selon le mode et dans la forme prescrite super confectis dicitur plenius contineri. Cum