CHAPITRE XXV
plus grands , afin qu'ils fussent partages entre les pauvres avec tous les restes des mets du couvent, auxquels il ajoutait, pour les malades et les infirmes, la desserte de son hôtel. Tant qu'il a vécu , il n'a 'jamais manqué à cette charitable pratique.
Singulièrement affectionné à ses frères, il les accueillait tous avec bienveillance , et chaque jour il en admettait un certain nombre à sa table, ainsi que d'autres hôtes, et il les traitait avec dignité et modestie, les charmant par sa bonne humeur et par la finesse de son esprit , sachant se mettre à la portée de tous et accommoder ses façons et ses discours à la convenance et au caractère de chacun. Et quoiqu'on raison de l'importance des nobles personnages qui venaient souvent le visiter, et en raison aussi de la délicatesse de sa santé, il fût obligé de faire servir sur sa table des mets plus recherchés, jamais cependant on ne la vu sortir des limites de la sobriété.
Si par ces faveurs et ces soins affectueux il savait se concilier l'amitié du plus grand nombre de ses religieux, il savait aussi par la sagesse et l'à-propos de ses admonitions et de ses réprimandes, et par une sévérité pleine de dignité corriger les abus, et faire rentrer dans le devoir ceux qui s'écartaient de' la discipline régulière.
A celte époque , où il y avait guerre dans les Pays-Bas , entre Charles-Quint et François i", Jean Asset , malgré les difficultés et les malheurs des temps, avait su maintenir l'abbaye dans un état très-florissant. Outre les prieurs et religieux de St-Georges, de St-Sulpice et d'Aymeries, le monastère comptait plus de cinquante moines, dont trente-sept prêtres, parmi lesquels se distinguait surtout le grand-prieur claustral, dom Lentailleur. 11 y avait un sous-prieur, dom Morel; un troisième prieur, domFlaming; un quatrième prieur, dom Anthoine; l'ancien camérier de St-Pierre , dom Cirier ; le prévôt , Robert Dubois ; un maître des forêts ou préfet des eaux et bâtiments ; un grainetier , un cellerier , un panctier , un sacristain , divers maîtres chargés d'instruire , de diriger les jeunes gens et de leur enseigner le chant.
Les prescriptions de l'étiquette et les formalités de la représentation étaient soigneusement observées. Lorsque l'abbé venait au chœur, il avait avec lui ses deux chapelains dom André Bernard, son chapelain honoraire, et dom Gaspard de Bonicourt, et il était suivi des plus jeunes moines qui lui faisaient cortège et lui rendaient les honneurs, et de nombreux domestiques attendaient au dehors.
Lorsqu'il célébrait la messe , outre les chapelains et les religieux qui l'assistaient, un diacre et un sous-diacre avec les novices lui présentaient de l'eau dans un bassin d'argent.
Le bailli et un maître-d'hôtel noble, avec un grand nombre de domestiques, le servaient toujours à table , môme dans le réfectoire.
Et lorsqu'il chantait vêpres, il était accompagné de douze religieux vêtus en raison de la solennité. Quatre de ces religieux chantaient les répons et le lienedicamus Domino, à l'ambon desépltres; le prieur et le sous-prieur faisaient l'office, tandis que deux chantres avec les novices , vêtus uniformément , chantaient chacun un verset , et le chœur était garni de beau -oup de prêtres et autres assistants.
Dan? le nombreux personnel de l'abbaye, nous n'avons pas compris les jeunes gens qu'il faisait instruire et qu'il entretenait dans les écoles. Outre les prêtres dont nous venons de parler, on comptait encore cinq profès dans l'ordre , et onze ou douze novices.
2oi ABBAYE D'ANCHIN.
Tous les jours , lorsque les religieux allaient au réfectoire après l'office , ils s'arrêtaient dans le cloître; le sous-prieur disait Bencdicitc, et les autres répondaient Detts. On faisait la lecture durant la réfection. Cette lecture était interrompue en
faveur des hôtes.
Il ne faudrait pas croire, d'après ce qui a été dit plus haut, que ce fut Jean Assct qui eût introduit l'usage de ces cérémonies et ces habitudes d'étiquette , ni qu'il y tînt plus que de raison ; il ne faisait en cela que suivre la coutume établie par ses prédécesseurs , coutume en vertu de laquelle un maitre-d'hôtel noble présentait à l'abbé, sur la table du réfectoire, de l'eau pour laver ses mains, tandis que des novices tenaient des serviettes. Mais pour prouver combien l'abbé d'Anchin était uu personnage important, il suffirait d'énumérer toutes les charges des nombreux domestiques attachés au service du prélat , et de faire le détail des fonctions qui incombaient aux religieux officiers , et au prieur qui avait la prééminence et l'autorité sur les gens de service de l'intérieur, en même temps qu'il était chargé de surveiller les religieux en ce qui touchait la discipline.
Jean Asset a donné beaucoup de preuves de son activité et de son habileté dans les affaires qui intéressaient l'abbaye ; en voici un exemple entre plusieurs autres : Le beau prieuré de St-Sulpice de Doulens avait , par suite des malheurs de la guerre , été enlevé au domaine de l'abbaye , et le seigneur de Bouchain , gouverneur de Doulens, le retenait comme par droit héréditaire. La cause ayant été portée et débattue au parlement de Paris , ce prieuré fut restitué à l'église d'Anchin. Nous verrons que par suite, sous l'abbé Lentailleur, ce prieuré a de nouveau échappé à l'abbaye.
L'n monument remarquable dont il dota le monastère d'Anchin , c'est le çlocher qu'il lit construire à la place de celui que , sous son prédécesseur Charles Coguin , la flamme avait consumé. 11 y ajouta une galerie du côté du midi , communiquant avec l'hôtel abbatial afin de faciliter les secours en cas de nouvel incendie.
Et si nous avions à énumérer les ustensiles sacrés et à décrire les embellissements dont il enrichit l'église , il faudrait citer les vitraux peints , les portails sculptés cl ornés de ses armoiries , un magnifique tapis tissu d'or et de soie, où était représentée l'apparition du Christ à saint Pierre dans la caverne , lorsque l'apôtre qui a renié Notre-Seigneur pleure sur sa faiblesse et son péché : ce tapis était rehaussé de perles et de pierres précieuses; un antipendium , pour le maître-autel, et qui était de soie rouge , brodé au point de Hollande en fils d'or et où se voyaient les douze apôtres avec l'image de la très-sainte Trinité dans le milieu. H avait aussi acheté à grands frais , pour l'église d'Anchin , des chapes , des pallium. -Une de ces chapes, brodée en or de Hollande, était extrêmement précieuse par la beauté, la délicatesse et la richesse de son travail, qui avait demandé plus de trois ans pour être terminée: sur le capuchon , était le Christ, avec ses disciples, au jardin des Oliviers. Une autre chape, toute tissue d'or et parsemée de fleurs diverses, portait sur son capuchon les images des apôtres saint Pierre et saint Paul avec celle? de l'abbé en habits pontificaux , et de son chapelain. Deux chapes, aussi faites d< drap d'or et de couleur d'azur ; une cinquième , toute de soie de couleur vtolett et parsemée de clous , de lis et d'anges. Deux chapes du même genre , tout en soi rouge , ornées d'anges avec de petits tambours : l'une d'elles tendait davantage vei la couleur orangée ; une septième aussi en soie rouge , avec des anges et des fleurs Une huitième était de la couleur ventre de biche et en soie. Une neuvième en soit