‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 137 sur 306 · CHAPITRE XXV. 25o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV. 25o

noirâtre, et parsemée de lis et d'autres fleurs, portait au capuchon l'image de la sainte Trinité. Il ajouta à ces neuf chapes un pallium splendide eo soie île damas , d'un rouge éclatant et orné de cerfs et de lis. De plus , il donna à la basilique une chasuble écarlate portant au dos un crucifix sur un fond d'or. On devait aussi à sa munificence une autre chasuble, ainsi que deux tuniques dalmiliques en soie violette , ornées de lis, d'anges et de clochettes brodés en or. Il faut inscrire encore parmi les dons de sa libéralité une chasuble de damas pourpre, l>rodée de lis et de palmes.

iNons ne parlerons pas d'autres objets d'une importance moindre, tels que des nippes d'autel , des antipendium , des poêles, des enveloppes pour couvrir le maîtreautel. Il fit construire un grand chariot de fer roulant, où l'on brûlait du charbon pendant les grands froids de l'hiver pour entretenir une douce température dans l'église; il en avait fait faire aussi un plus petit pour que le frère qui était de semaine à l'autel pût se chauffer les mains. On peut voir dans les Anlujuilcs nationales de Millin , au tome m , le dessin d'un de ces chariots en fer à quatre rones , destinés à recevoir de la braise ou du charbon allumé , et qui servait à tliaoficr l'église de la communauté de Sl-Jean en Lille près Corbeil. Il avait fait paver le côté droit de l'église et le choeur de belles pierres blanches; ce fut un gardien de l'église qui exécuta ce travail , lequel travail, dit un chroniqueur, lui fut largement payé. L'abbé Asset étendait sa surveillance partout : les maisons , les fermes et tous les biens de l'abbaye étaient soigneusement entretenus.

11 donna une vive impulsion à l'étude des lettres et des sciences, et il a contribué à soutenir la belle renommée de l'abbaye; aussi , Anchin a produit par la suite des hommes fort distingués , parmi lesquels nous pouvons citer l'historien et théologien Fr. de Bar et Jean Despierres le mathématicien. Tous deux ont été grandsprieurs d'Anchin, et se sont rendus recominandables par leurs écrits; le dernier a passé pour le plus habile mathématicien de son temps.

Durant sa prélature , Jean Asset avait maintenu rigoureusement diverses prescriptions nécessaires à la conservation de la bonne discipline. Les novices entre eux , et avec leur père-maitre, parlaient toujours latin. Ils ne devaient jamais adresser la parole à aucun prêtre , et ne sortaient point du monastère jusqu'à leur profession.

L'objet constant de sa sollicitude fut d'entretenir une fraternelle concorde cntie les religieux ; il les aimait et veillait sur eux comme un père aime et surveille ses enfants; compatissant aux souffrances et aux besoins de ceux qui étaient malades, il leur envoyait les meilleurs mets de sa table. Mais , gardien vigilant de la discipline , il dirigeait et maintenait strictement ses religieux dans les voies de la vertu.

Enfin , accablé moins par le poids de l'âge que par ses souffrances et ses infirmités qui s'aggravaient de jour en jour , Jean Asset arriva au terme marqué par Dieu pour sa délivrance. 11 était naturellement de faible complexion et sujet à des flux de sang, maladie que les remèdes humains n'avaient pu guérir, et pour laquelle non plus il n'avait jamais voulu interrompre les devoirs de sa charge. Le jour de la fête de St-Benolt , patron de l'ordre , et qui tombait un peu avant la solennité de Pâques, Jean Asset avait célébré la grand'messe en préseuce du vénérable dom Jacques de Groot, abbé de Marchiennes, qu'il avait reçu très-honorablement et à qui il avait donné à dîner. Lorsque le prélat de Marchiennes s'était retiré , le révérend Asset l'avait reconduit et mis sur son chemin. Mais quand il revint pour chanter les vêpres du jour , il fut saisi d'un accès si violent qu'il demanda à être soutenu

ABBAYE DANCH1N.

pour gagner son lit. Le mal s'aggravant d'instant en instant, il s'ensuivit une hémorragie telle , que l'art de la médecine ne put parvenir à l'arrêter. Il avait auprès de lui son propre frère, président d'Artois, et il était entouré d'un grand nombre de personnages considérables cl de tous les religieux , qui lui prodiguaient les soins les plus empressés. Il voulut être confessé et être administré du sacrement de la sainte Eucharistie, puis il demanda et reçut l'Extrôme-Onction. Son âme, rendue plus forte et plus sereine par le secours de ce saint Viatique, s'envola joyeuse vers le céleste séjour. 11 mourut au troisième jour de sa maladie , le 20 de mars 1555, à l'âge de 55 ans, et après neuf ans* de prélature à Anchin.

Le jour même , le corps fut apporté du palais abbatial dans le chœur de l'église , où il a été inhumé auprès de Guillaume, xv'abbé, derrière le cerf d'airain. Tous les religieux assistèrent à ses funérailles, ainsi qu'un grand nombre de ses parents. Le révérend prieur dom Jean Lcntaillcur termina la cérémonie funèbre par l'absoute; et dom Noël Fruy, un de ses élèves chéris, composa les vers suivants qui furent gravés sur sa tombe :

Eximil marmor claudit patrls o*sa Joannis

Asset , quem in hircin prôttiht Atrcbattim. Vedaati in claualrum lenerU qui ductus ab an nia

Arripult aacra religion'!*- lier Andréa; sanctt tandem post jure crealua

Abbaa , commisaa* hic benc pavil oves.

Mnjori at meritum Chriatua dtguatue honore

Eiïecit nostrum non aine Jaudc patreen Fulmine reatitult tune campanile peruatum

Tcmplumque ornavit vestibus Innumerla.

Le même jeune novice Noël Fruy , qui avait fait ces vers , composa" aussi cette autre inscription, qui fut placée sur le mausolée que l'abbé D. Lentailleur fit construire à ses frais pour son prédécesseur Jean Asset :

Cernis qulaquia adee clarl monumenta Joannia

Aasct, quem medio conthiet urna choro.

Hqjua cœnobii , qui quamdiu vrxit babenaa

Virtutem atudiis, sedolua. incubuit. Scilicet aatra petit virtua. Jam carne solutua

iEthereaa raplua l«etior Asaet opua.

Qusque tua? quondam aedit acntentia menti

Votia ubertlm nuno favet Ula tul*.

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