CHAPITRE XXVI
sonsuias. — Jkan Lentailleur, xxxvr abbé d'Anchin. —Son élection ; scrutins. —Installation le 2 août — Félea du joyeux avènement — Il entreprend de* reforme», — envole des novice» à Paria pour leur y faire aulvre leurs études. — Ecole de Théologie à Ancbin. — Conférence avec le cardinal Caraffa. — Suppression d'une partie des heures d'études, - Induit à ce sujet (15S7). — Tentative» de réformes , prudence de l'abbé. — Maisou d'école à PeequeneourL — Médaille» et vases antique» trouvés à Aubcrchlcourt. — Règlement des pitances. — Certains offices remplis par des séculiers. — François Rlcbardot, nommé eveque d'Arras;— sa visite au monastère d'Anchiu, 1562. - Visite de Maximillen de Bergbes, archevêque de Cambrai, avee le célèbre théologien, le docteur Antoine d'Arras. — Université de Douai fondée par Philippe u, roi d'Espagne; inauguration. — Arrivée des PP. Jésuites à Anchin , ISC4.— Mutations de biens de l'abbaye. — Domaine de Corble, prieuré de St-Snlpice de Doutons. — Tentatives do réformes, — Administration des biens et revenus. — Receveur-général. — Rëpuunanee des moinea à l'égard des réformes. - Pékrin d'Kgypte. - Mort du prieur Denis d'Oatrel. - Chagrin de l'abbé. — Warnicr de Daure élu prieur. — Décisions de l'éveque d'Arras promulguées en lSC6. — Concile de Cambrai. — Visite do l'archevêque de Cambrai. — Mort de dom boula de Blois , alibé de Liessiea. — Table du maitre-autel d'Anchin transportée à Douai. — Anneau de la Vierge. — Jubilé en l&6<!. — Invasion de» Gueux. — Anchin préservé par Ferry de Guyoo. - Prières publiques. - Visite de Mgr d'Arras , (IS67.)
Il parait que des difficultés qui s'étaient élevées , empêchèrent qu'on pourvût immédiatement au remplacement de l'abbé défunt. L'élection du nouveau prélat n'eut lien que quelques mois après la mort de Jean Assct.
Dans une première assemblée du chapitre, les suffrages de9 religieux s'étaient divisés et s'étaient portés sur divers frères. Ils avaient été recueillis par le suffragant de Cambrai, docteur en théologie, abbé de St-Crespin, et par dom Pourritius, officiai de l'église d'Arras, homme de haute prudence qui présidait ce chapitre, auquel assistaient aussi d'autres officiers de l'église d'Arras. Le président transmit à l'empereur ce résultat des votes qui laissaient ainsi le siège abbatial vacant. Un nouveau scrutin eut donc lieu, et cette fois, après avoir recueilli les voix, le président déclara sur serment que dom Jean Lentailleur était élu prélat. Il décida en même temps qu'il n'était pas nécessaire de recourir pour la confirmation au souverain pontife, alin d'éviter la taxe des annates, taxe que de temps immémorial , d'ailleurs , le monastère d'Anchin , en vertu de divers privilèges pontificaux dont il était muni , n'avait pas eu jusqu'alors à payer. C'est pourquoi dom Jean Lentailleur fut conduit immédiatement de la salle du chapitre au maître-autel , et fut proclamé abbé par dom Pierre Lamy, prieur d'Aymeries, et par Guillaume Flameng, sous-prieur.
Ensuite, au jour assigné pour la bénédiction, qui était le 2 d'août 1555, le titre de confirmation ayant été reçu , le suffragant de Cambrai vint à Anchin ainsi que les abbés de St-Vaast, de Lobbes, de Marchiennes, d'Hasnon , de St-Eloi , de Vicogne et de G ra m mont. Deux de ces abbés avaient été désignés pour être les parrains du nouveau prélat. La cérémonie de l'installation et de la bénédiction étant
ABBAYE D'ANCHIiY
terminée , le suflragant entonna l'hymne Te Deum luitdamus , que reprit à son tour, selon le devoir de son office, dom de Hour, chanoine et vicaire-général de l'église d'Arras.
Après le dincr on procéda aux obsèques du défunt dom Jean Asset , de pieuse mémoire , et le suflragant , assisté du frère du nouvel élu , et en présence des principaux parents du mort, chanta les vigiles.
Les fêtes du joyeux avènement se tirent en grande pompe, elle nouvel abbé fut reçu avec de vives démonstrations de joie par les religieux d'Anchin et par les habitants de Pecquencourt , qui lui offrirent un beau ciboire d'argent doré, tt puis , il y eut un festin , auquel assistèrent un nombre considérable de pcrsonnnges notables.
Dès son entrée dans la vie monastique , et tout jeune qu'il fut , Jean Lentailleur avait manifesté les hautes capacités dont il était doué ; puis il avait exercé avec distinction et successivement à Anchin les offices de caméricr et de prieur. D'ailleurs , très-savant sur les lettres tant sacrées que profanes, il était fort versé dans les langues grecque et hébraïque, dont il avait puisé la connaissance à l'Université de Paris.
Lors donc qu'il fut appelé à occuper la dignité abbatiale , il était déjà familiarisé avec les devoirs et les fonctions que cette charge lui imposait; néanmoins, ce ne fut qu'avec une prudente lenteur et avec une sage circonspection qu'il entreprit l'œuvre des réformes devenues nécessaires, et dont il couvait le projet déjà depuis longtemps dajas son esprit. Il commença pr faire un choix parmi les novices qui montraient des dispositions et donnaient le plus d'espérances, et il les envoya à Paris pour leur y faire suivre leurs éludes. Il institua aussi dans la maison même d'Anchin, des cours de théologie où l'on traitait des cas de conscience, et où l'on expliquait les règles de la vie monastique; il s'y faisait en outre des instructions sur l'Evangile et sur les Psaumes. Les plus jeunes élèves recevaient des leçons sur les principes de la grammaire.
Il préparait ainsi les esprits aux améliorations qu'il avait en vue, extirpant les vices , écartant les obstacles , il éclairait la voie du salut par les lumières de l'instruction. Il cherchait à amener ses moines à une vie sainte, en leur rendant plus facile l'observance de la pauvreté, de la charité y de l'obéissance et de la sobriété, qui sont les vertus cardinales formant la perfection de la vie cénobitique.
11 se trouva fort à propos en ce temps-là que le cardinal Charles Caraffa , diacre de la chapelle des martyrs de St-Vit , était passagèrement eu Belgique. Ce personnage était envoyé par le saint-siége en qualité de légat a laleve , vers Philippe il , roi des Espagnes. L'abbé profita de cette circonstance pour se présenter avec son prieur , dom Denis d'Ostrel , homme aussi de grandes lumières , fort profond dans la science de la théologie et dans l'étude des langues grecque et hébraïque; ils adressèrent au cardinal légat une supplique au nom de tout le couvent , afin d'être autorisés à supprimer quelques parties superflues des offices de dévotion, en faveur des heures d'études. 11 est certain qu'une foule de menus suffrages, de prières, d'oraisons que le temps avait accumulés et que l'habitude avait conservés , quoiqu'ils ne fussent plus obligatoires, allongeaient sans utilité le service divin et prenaient beaucoup du temps qui aurait pu être employé aux études. Le cardinal permit ces suppressions , pourvu cependant que l'on se conformât , pour la célébration de l'office divin, aux dispositions et à l'ordonnance du Bréviaire suivi à Bruxelles pr les religieux soumis à l'observance régulière de l'ordre de St-Beuoit, et aussi avec l'assentiment du supérieur,