‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 139 sur 306 · CHAPITRE XXVI. iHi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI. iHi

L'induit , daté de Tan 1 557 de l'Incarnation , cinquième jour des ides de mars, 3' année du pontifical de Paul iv, fut confirme par François Richardot, évoque de Nicopolis, suffragant de l'évêché d'Arras et vicaire-général tant pour le spirituel que pour le temporel, et par des lettres du R"» seigneur en Dieu Antoine Perrenot, évéque d'Arras, données sous le sceau de son vicariat, l'an du Seigneur 1557, le i ' jour du mois d'avril avant Pâques.

Ensuite, vers l'an 1559, le révérend Lentailleur et le vénérable prieur Denis d'Ostrel , en vertu des privilèges accordés autrefois par le pape Alexandre iv , et conformément au dernier induit d'abréviation, de l'assentiment du couvent, fixèrent l'office tel qu'il devait être lu et chanté à l'ordinaire. Cet office ainsi abrégé a continué d'être en usage par la suite , et bien qu'il ne fût pas tout-à-fait conforme au Bréviaire de Bruxelles , il a été confirmé successivement par les évôques d'Arras , notamment par Mgr François Richardot, évèquede Nicopolis, puis évêqne d'Arras, et ensuite par Mgr Jean Richardot , aussi évéque d'Arras.

Les premiers professeurs des cours de théologie furent le Père Jacques de Lattr.: , du couvent des Dominicains de Douai , et après sa mort , dom Denis d'Ostrel , prieur d'Anchin. Quejques jeunes religieux faisaient les répétitions. Il y avait aussi d'autres professeurs pour la grammaire; le premier fut maître Jean Lejosne , prêtre savant et pasteur, par suite recteur et chanoine de plusieurs églises; il fut remplacé par François de Bar, moine d'Anchin, nouvellement revenu des écoles de Paris. Parmi les hommes les plus distingués licenciés en lettres sacrées et maitresès-arts, qui ont été professeurs à l'abbaye d'Anchin, on compte dom Henri Holland', anglais de nation, et maître Adrien Trubet; ils enseignaient encore en 1606.

Au milieu des soins que l'abbé donnait à l'instruction des religieux et aux progrès des études, il ne perdait pas de vue ses projets, et dans son œuvre de réformation il était puissamment aidé par son digne et bien-aimé prieur dom Denis d'Ostrel.'Le prélat, qui était fort prudent, savait bien qu'il n'aurait pas pu tout d'un coup et sans précautions faire accepter ces réformes qu'il avait méditées de longue main, et il avait prévu que les religieux, désaccoutumés des rigueurs de la règle, ne s'y soumettraient qu'avec répugnance ; c'est pourquoi il s'en tint d'abord à introduire l'uniformité dans le vêtement et dans la nourriture; ensuite il se fit appuyer par des lettres des Universités de Paris et de Louvain et par les a\is de célèbres docteurs, cherchant ainsi à persuader les moines et a leur faire bien comprendre qu'ils ne pouvaient, sans se rendre sacrilèges et sans enfreindre les vœux les plus essentiels de la profession , s'écarter des limites prescrites par la discipline , concernant la pauvreté, la charité et l'obéissance. 11 les enchaînait en quelque sorte à leurs devoirs par les statuts qu'il présentait à leur adoption et qu'il faisait confirmer, selon les décrets du concile de Trente, et corroborer par Mgr François Richardot, évéque d'Arras, dans les visites que ce prélat faisait au couvent. Après avoir ainsi disposé les esprits à la soumission , et après avoir posé les termes de l'obéissance, il supprima les taxes des pitances assignées à chacun, et voulut qu'un seul ou deux religieux fussent chargés de cette administration et pourvussent à l'habillement et à la nourriture des frères. Il se proposait aussi d'interdire toute communication avec les femmes; ce n'est pas que jusqu'alors le soin du salut n'eût suffi aux religieux d'Anchin pour les préserver, mais il pensait qu'il y avait grave danger à et* que

Voir : friquol, q i consricrc à ce Henri Hulhnd un article de deux pages, siv, 241'.

le cas échéant d'abus de ce genre , il n'y eût pas eu de moyen de les prévenir ou do les réprimer. C'est pourquoi le souverain pontife, par une bulle adressée aux Dominicains, avant interdit aux femmes l'entrée des cloîtres, le révérend Lenlailleur profita de cette circonstance pour faire observer cette décision à l'abbaye d'Anchin. Et dès lors les femmes, attachées au service de la maison, ne furent plus admises à l'église de la Sic-Vierge pour entendre, selon la coutume ancienne, le sacrifice de la messe qu'on y célébrait tous les jours en faveur de tous les domestiques, et cette messe , à laquelle assistait l'abbé à certains jours , cessa d'être chantée.

Pendant qu'il poursuivait ses améliorations dans l'intérieur du monastère, il faisait bâtir à Pecquencourt une maison d'école sur un terrain qu'il avait acheté. Les enfants y apprenaient à lire et à écrire , et ils y étaient instruits sur les articles de la foi. Les étrangers aussi bien que les habitants de Pecquencourt y étaient admis. Il avait mis à la tête de cette institution maître Jean Daix , prêtre respectable, qui donnait à la jeunesse les principes de la religion , et enseignait les élémens de la grammaire et de la musique.

Dans ce temp?-là, il advint qu'en creusant un champ qu'on labourait auprès d'Auberchicourt , on trouva une grande quantité de pièces de monnaies anciennes, confondues j»èle-mêle, en or, en argent et en cuivre , et portant les effigies de Néron , de Tibère , d'Auguste , de Jupiter et d'autres. Le révérend abbé en donna la plus grande partie au duc d'Arschot, avec de petits vases cinéraires et des fioles trouvés en même temps dans les tombeaux de chefs qui avaient été tués et enterrés en cet endroit

Autrefois , avant que les troubles de la guerre , et avant que les difficultés et la gène qui en étaient la suite , eussent obligé à restreindre certaines fournitures qui étaient accordées aux religieux , chaque prieur recevait par jour deux lots de vin , chaque moine prêtre un lot , chaque profès ou diacre un demi-lot , et chaque novice une pinte de vin. Lorsqu'après le mariage de Philippe u , roi d'Espagne , avec Elisabeth, fille de Henri u, roi de France, la paix eut ramené pour un temps la tranquillité dans les Pays-Bas , les moines d'Anchin commencèrent à réclamer et ;i solliciter auprès de l'abbé, par l'entremise du prieur, pour faire rétablir sur l'ancien pied la prébende qui avait été en partie supprimée , en raison des circonstances de la guerre. Après divers pourparlers et débats de part et d'autre (1561), le révérend prit le parti de rassembler les religieux et de leur faire distribuer à chacun , par son chapelain , dom Vandeneuil , deux billets : sur l'un était écrit : vin , et sur l'autre : poisson. Chaque religieux devant déposer dans le sac aux scrutins le billet qu'il voudrait. Dépouillement fait, sur vingt-deux billets, on en trouva seize qui portaient le mot vin.

D'après cela l'abbé jugea de ce qu'il avait à faire : il assigna au prieur un lot de vin, aux autres moines qui étaient prêtres, deux pintes, une pinte à ceux qui n'étaient pas décorés de la dignité sacerdotale , et aux novices une demipinte. Il accorda, selon la coutume ancienne, du poisson avec un lot de bierre par jour , et il prit des dispositions pour que rien ne fût détourné de sa destination , et pour que le mercredi, le vendredi et le samedi, jours où l'on ne servait que des œufs, le superflu fût donné aux pauvres, afin que le mauvais sentiment de la propriété ne souillât pas l'âme des religieux ; ces prescriptions furent arrêtées le jour de la Ste-Luce, l'an 1561.

» F. de Dur, Us. cité, p. 248,

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