CHAPITRE XXVI
La plupart des actes de l'administration de cet abbé prouvent combien il eut à cœur de réprimer dans le monastère, et dans tous les prieurés dépendante de la maison d'Anchin , le luxe et tous les vices contraires aux devoirs des religieux et aux vœux de chasteté , de pauvreté et d'obéissance.
Sur ces entrefaites, et en la môme année 1501 , le 17e jour des kalendes de janvier, mourut le vénérable vieillard dom Robert Dubois, camérier et prévôt du monastère. 11 avait pour fonctions d'administrer Pecqucncourt, Vred et Auberchicourt,de veiller au maintien des privilèges domaniaux du monastère, d'inspecter la culture dans les territoires d'Hesdin et de Lille , de s'assurer (pie les travaux s'exécutaient pour Je mieux des intérêts de l'abbaye; tout ce qui regardait les droits de l'église entrait dans les attributions de son office. L'occasion se présentant d'ellemême, le révérend , aussi adroit que prudent, la mit habilement à profit en faveur des réformes auxquelles il voulait amener insensiblement les religieux. 11 déclara donc dans le chapitre que ces sortes de fonctions ne pouvant être exercées par un religieux , sans danger pour lui d'être taxé de péculat , et que de pareilles besognes paraissant ne devoir convenir qu'à des personnes séculières , désormais ces fonctions et offices de justice seraient confiés à des baillis et aux percepteurs qui étaient alors en exercice. Mais il assigna la recette des revenus de l'office au receveur de l'infirmerie, pour ce qui était nécessaire aux malades. A la vérité beaucoup de droits et de privilèges du monastère s'étaient perdus par la négligence des employés séculiers. Quoiqu'il en fût, le révérend pensait qu'il ne convenait pas que la vie des religieux fût troublée par les soins des choses temporelles. Néanmoins, il réserva au prieur la charge de veiller à la conservation de ces biens, et à ce que tout ce qui était utile et nécessaire aux malades et infirmes leur fût administré convenablement par le prévôt de l'infirmerie.
En cette même année 1501 , à la recommandation du cardinal de Granvelle (Antoine Perrenot), qui, de l'évêché d'Arras, passait au siège archiépiscopal de iMalines, François Richardot fut créé évèque d'Arras et appelé à Rome par le pape Paul iv. La joyeuse entrée de l'évêque se célébra à Arras , l'an 1502. A cette époque, l'abbé et son prieur dom Denis d'Ostrel obtinrent, par l'entremise d'hommes savants, que dans les leçons du couvent, on joignît l'enseignement du grec à celui du latin. Alors aussi, le 3 des ides de mars 1562, Mgr Richardot vint visiter le monastère d'Anzhin; et dans cette circonstance il s'unit à l'abbé Lcntailleur par les liens d'une étroite amitié.
La réception de l'évêque au monastère se fit avec des cérémonies les plus solennelles. Bon nombre de moines mécontents, particulièrement parmi les anciens, profitèrent de la présence de l'évêque pour se plaindre du régime austère de vie que l'abbé introduisait. Le 11™* se contenta de réduire à une demi-heure le temps de la lecture pendant le dîner et le souper ; du reste , il fit de grands éloges de l'abbé, et le complimenta sur l'excellence de l'administration intérieure du couvent et sur la direction qu'il donnait aux affaires temporelles ; et il se retira le 8 des ides de mai 1 o(»2 , en faisant des souhaite pour le maintien de la paix et de la prospérité du couvent.
En ce temps-là , vint aussi à Anchin Maximilien de Berghes , archevêque de Cambrai, avec le célèbre docteur en théologie, Antoine Havet, d'Arras, orateur des plus éloquente de l'ordre des Dominicains, qui se rendait à Namur pour y être consacré évoque. L'abbé assista à cette consécration : dans le cortéye , il fermait le côté droit.
ABBAYE D'ANCIIIN
L'évêque d'Arras célébrant était assisté des abbés de Lobbes et de St-Gérard de Brognc ; étaient aussi à cette cérémonie le coadjuteur prélat de St-Vaast , Roger de Montmorency , le prévôt de Namur et d'autres. Elle eut lieu le 1 7 des kalendes de juin IÔG2.
Cependant le bon prieur Denis d'Ostrel mettait tout son zèle et tous ses soins à favoriser les progrès de la vie monastique et le développement de l'étude des lettres ; il y excitait les frères par des harangues éloquentes qu'il prononçait souvent dans la chambre du chapitre , et par des conseils et des instructions qu'il donnait à chacun dans des conférences particulières. Toutefois cela n'empêchait pas quelques esprits inquiets de s'agiter , de murmurer contre les réformes et de chercher , par tous les moyens, à faire rétablir le régime des pitances selon l'ancien mode; ils tenaient surtout à ce qu'on leur rendit une portion de vin égale à celle qu'on donnait autrefois. L'abbé céda en partie sur ce point; il fut accordé trois pintes de vin à ceux qui étaient prêtres, et trois demi- pintes aux profès libres, avec cette condition que ce qui resterait à la fin de l'année serait représenté pour être employé à l'avantage de ceux particulièrement qui auraient été plus sobres. Cette décision fut promulguée le cinquième dimanche après la Pentecôte, et les pitances furent à peu près toutes supprimées, à l'exception de celles que l'abbé jugea à propos de maintenir.
Vers la même époque , le prieur de l'abbaye de St-Amand , où l'on suivait le bréviaire de Bruxelles, étant venu à Anchin, persuada à l'abbé qu'on n'était pas fondé à dire que le corps de saint Benoit avait été translaté du mont Cassin au monastère de Florence ; c'est pourquoi , il fut décidé que la fête de saint Benoit se célébrerait en chapes , mais que l'office resterait le même.
Dans ces temps calamiteux , où l'hérésie faisait tant et de si cruels ravages , Philippe ii , roi des Espagnes et souverain des dix-sept provinces qui composaient les Pays-Bas , touché du déluge de maux dont ces mêmes provinces étaient inondées \ voulut y opposer des digues. Après avoir pris l'avis du pape Paul iv, afin d'ériger et instituer à Douai une étude générale pour l'avancement d'une si bonne œuvre, il octroya à cette Université les droits et privilèges contenus dans ses lettres patentes, données à Madrid le 19 janvier 1561.
Le corps et le conseil général de cette Université devait consister en cinq membres , c'est-à-dire en cinq facultés : la théologie, le droit canon, le droit civil, la médecine et les arts.
Ces cinq facultés devaient avoir leur conseil et faire des statuts particuliers, sur la direction de leurs affaires , chacune en ce qui les concernait.
Quant aux leçons , la faculté de théologie devait en donner deux principales, outre les exercices qui s'y feraient : l'une , de l'exposition de la sainte Ecriture , et l'autre du Maître des sentences.
Pour ce qui est des arts, les professeurs de cette faculté devaient enseigner la logique, la physique, le commencement de tous les arts libéraux, la grammaire, la dialectique, la rhétorique, etc. A cet effet, on leur avait assigné une partie de l'ancien château de Douai , qu'on a nommé alors et qu'on a continué depuis de nommer collège du roi.
L'inauguration de l'Université se fit en grande pompe , le 3 • jour de nones d'octobre
* Mém. pour le grand-prieur et les religieux d'Anchin , et contre le Père rect. de la Comp de Jcsu», in-folio, n ■ 394 du calai, de* imprimé de la bibllot. de Douai.