‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 141 sur 306 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

de Tan 156), sous la présidence du R"*d'Arras, revêtu des insignes pontificaux de l'église d'Anchin. Un grand nombre d'archevêques, d'évôques, d'abbés et d'autres personnages illustres assistaient à cette solennité. Ce fut l'abbé d'Anchin , Jean Lcntailleur, qui célébra la messe dans la basilique de St-Ainé. En cette circonstance, un incident a été remarqué : la mitre de l'évéque tomba , et plusieurs des pierres précieuses qui s'en étaient détachées ont été perdues '.

Nous n'avons pas ici à énumérer tous les privilèges de l'Université de Douai , ni h parler avec détails des leçons de ses premiers et illustres professeurs. Disons seulement qu'au nombre de ces premiers professeurs étaient Mgr Richardot lui-même , je célèbre docteur anglais Richard Smith, Math. Galenus, docteur et chancelier de l'Université , et quatre religieux d'Anchin.

En l'an 1564, vers l'époque du carême, arrivèrent à l'abbaye les révérends PP. de la Compagnie de Jésus, Evrard, recteur, et depuis général de l'ordre, et son compagnon Bauduin. Sous leur direction , et celle de l'abbé Lentailleur et du prieur Denis d'Ostrel , les frères François de Bar et Joachim Zoette furent chargés de faire faire à l'Université les exercices de méditations. Par la suite, aucun élève ne pouvait plus être admis à la profession , s'il ne prouvait qu'il avait suivi ces exercices.

Des changements survenus dans la délimitation du territoire politique avaient donné lieu à la permutation de plusieurs biens du monastère, notamment des domaines de Corbie, et du prieuré de St-Sulpice de Douleos; «Ce prieuré si riche » et doté de si beaux privilèges , l'abbé Lentailleur le céda pour quelques minces » dîmes et quelques portions de prairies en Flandre. Le seigneur Bouchault, dit

Fr. de Bar , homme sans conscience , animé d'un mauvais esprit contre la foi , » nous força à accepter ces faibles dédommagements, en retour de domaines et de » revenus dont il disposa comme s'il en avait reçu pouvoir de la part des princes. >• Et malgré les charges et les malheurs qui avaient cruellement pesé sur l'abbaye » pendant les guerres entre le roi de France et le roi d'Espagne , malgré les pertes » que nous avions essuyées, ce seigneur Bouchault , sous-intendant du prince d'Orange, » et qui était infecté comme son maître de l'hérésie protestante, nous poursuivait » impitoyablement et nous menaçait de rigueurs , si nous nous refusions à ses arran- » gements. De son côté, cependant, il n'était pas fidèle aux conventions. Sans » égard pour le droit et contre toute équité, il détournait à son profit les biens » qui étaient à sa convenance et qui nous appartenaient et nous avaient appartenu « de toute ancienneté; ainsi fit-il du prieuré de St-Sulpice de Douions, à l'égard » duquel le temps de la permutation était passé , de telle sorte qu'il nous appar- >» tenait de plein droit , et ne pouvait plus être aliéné. Cependant il fallut que » l'abbé souffrît et que l'évéque d'Arras confirmât cette permutation. Par suite, on » trouva dans la Flandre un endroit qu'on nous força de prendre en échange , et » qui valait à peine les dîmes de ce prieuré. En effet, les revenus de St-Sulpice » dépassaient deux mille florins par an ; et ce fut dans les mêmes proportions que » nous avons perdu sur nos biens de France ; de même que les religieux de Corbie u ont perdu sur leurs biens de Flandre. Les fermiers et les paysans en éprouvèrent » de grands dommages , vexés qu'ils étaient par les nouveaux propriétaires , tellement n que peu d'années après cette permutation , ils offrirent d'acheter tous nos biens

' Vr de Bar, m», clic. p. 2CI r*

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» pour nous les restituer , à la condition qu'ils leur fussent laissés Sur l'ancien » pied par emphytéose. Dans la suite , le révérend eut beaucoup de chagrin de voir » qu'il avait été ainsi trompé. »

Jusqu'alors il n'avait pas été absolument interdit aux femmes d'entrer daus l'enceinte même du monastère, pourvu que ce fût dans des lieux ouverts et convenables; jusqu'alors non plus il n'était résulté , ainsi que nous l'avons déjà dit, de cette tolérance , aucun abus ; et personne encore n'avait encouru le reproche d'incontinence. Cependant le révérend tenait à ce que les statuts des anciens Pères des ordres monastiques , qui interdisent formellement toute communication ou rencontre des hommes avec les femmes dans les cloîtres, fussent remis en vigueur, et conformément à la bulle du souverain pontife Alexandre îv , qui frappait d'excommunication quiconque aurait introduit des femmes dans les lieux du monastère d'Anchin soumis à la règle. Mais les religieux ayant trouvé cette obligation trop rigoureuse , elle n'avait jamais été mise à exécution. C'est pourquoi , après en avoir fait la proposition en chapitre, Lentailleur se transporta an couvent de Liessies pour conférer avec l'abbé de ce monastère dom Louis de Blois , très-saint homme , qui depuis peu avait institué un nouveau régime de vie dans sa maison. Mais cela ne tranquillisa pas les religieux d'Anchin , qui furent bien plus tourmentés encore , parce que des moines qui étaient revenus depuis peu de Liessies , leur avaient dit que l'abbé avait le projet de réformer les rites et coutumes de l'abbaye d'Anchin , pour y substituer ceux qui venaient d'être adoptés nouvellement à Liessies. Le prieur , quoiqu'il fît , ne pouvait les dissuader de cette pensée. L'abbé alors s'en référa pour cet objet à l'évèque d'Arras.

Dans une visite que fil cet évêque au monastère , entre autres réclamations que les moines lui adressèrent , ils se plaignirent de ce que les biens du couvent étaient administrés par le prélat seul, avec son intendant, dom Philippe Delval, sans autre contrôle. C'est pourquoi, le Rm* ordinaire engagea l'abbé à s'adjoindre, pour cette gestion , quelques-uns parmi les officiers du comptoir , et il lui avait désigné à cet effet dom Guillaume Pelpre, qui occupait le magistère d'Esquercbin , et dom Gaspard de Bovincourl, économe. Mais au bout de quelques mois, on s'aperçut, du moins le disait-on , que ces agents étaient plus soigneux de leurs propres affaires que de celles du couvent , et l'intendant reprit cette besogne avec l'abbé , comme par le passé.

Cependant , tous les ans , sous la présidence de l'abbé , et en présence de quatre commissaires du comptoir, on entendait les comptes de tous les receveurs, tant de l'inférieur que de l'extérieur. L'économe de l'hôtel abbatial avait la libre gestion des dépenses de table de. l'abbé; de même que l'économe du couvent avait dans ses attributions fout ce qui concernait le réfectoire, et comme cellerier réglait la dépense des bières, du vin, du beurre, du lard, des harengs et autres provisions, dont il rendait compte annuellement ; de même l'économe de l'abbé rendait comple tous les mois, et même plus souvent, de tout ce qui concernait la table de r*»bl>é , tant des nourritures que des boissons; il indiquait les dépenses tlV.r//"« , nommait chacun des hôtes qui avaient été reçus. Ces comptes se rendaient en présence de l'abbé et des officiers du comptoir, ou devant ces derniers seulement, lorsque l'abbé malade ou absent ne pouvait y assister. Ces sages mesures , qui furent reprises au mois de septembre de l'an 15Gi , contribuèjent à rétablir l'administration des biens selon le mode qui avait été suivi constamment , dès les premiers temps de l'abbaye.

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