‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 143 sur 306 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

C'est pourquoi, en Tan du Seigneur 1565, le 10 des kalendcs de mai, la veille de Pâques, ou apporta à Anchin les décisions de l'évèque d'Arras, et l'abbé les fit promulguer en présence de tout le couvent assemblé dans la salle des classes. L'évèque, non-seulement marquait d'une très-docte façon les limites de l'obéissance à laquelle sont astreints les religieux d'après la décision des docteurs de Louvain et de beaucoup d'autres, mais aussi il expliquait comme quoi, d'après les décrets du concile de Trente , un moine , en vertu de son vœu , ou par l'ordre de son supérieur, ne pouvait pas être obligé aux statuts les plus rigoureux de la règle, lorsque ces statuts depuis longtemps étaient tombés en désuétude , par exemple , l'abstinence perpétuelle de la viande , le jeûne depuis la fête de l'exaltation de la Croix jusqu'à Pâques , l'obligation de dormir dans ses habits , l'interdiction de l'usage du linge, le travail aux ouvrages manuels, et toutes choses de ce genre qui n'étaient plus usitées. De plus , l'évèque recommanda aux officiers nouveaux , tels que le receveur des revenus affectés aux divers besoins du couvent , et le distributeur des vêtements et de toutes les choses nécessaires à l'entretien des moines, de se montrer désormais (plus faciles et plus bienveillants. Il voulut que ces officiers fussent élus par le suffrage de tous les frères assemblés à cet effet, et ensuite conUrmés par l'abbé. Il décida aussi qu'aucun des revenus conventuels ne pourrait être distrait du couvent, mais qu'un frère, choisi parmi les moines, serait chargé de la recette de ces revenus , afin qu'ils fussent toujours et en entier employés à l'a van Lige de toute la communauté.

Ces statuts , étant convenus et acceptés , furent sanctionnés au concile provincial convoqué à Cambrai , et auquel assistèrent les évêques et abbés de toute l'étendue du diocèse d'Arras et de l'archevêché de Cambrai. Ce synode prit fin le 8 des kalendes d'août de l'an 1565.

A son retour «lu concile, l'abbé s'appliqua à faire exécuter les règles de la clôture , il ût placer des portes aux diverses entrées et vestibules de la maison , et en divers lieux dépendants du monastère , mais sans pouvoir parvenir complètement à son but, la disposition des lieux en plusieurs endroits s'y opposant.

Quelques jours avant Noël , le monastère reçut la visite de Maximilien de Berghes. Ce prélat non-seulement assista à matines , mais encore il célébra la grand'messe et les vêpres en habits pontificaux. L'abbé était en ce moment fort souffrant des douleurs de la goutte. Dans la même année , et pour la même cause , l'abbé de St- Guislain oflicia à Anchin le jour de la fête de la Conception de la bienheureuse Vierge Marie.

L'an du salut 1 506 , le 7 • jour des ides de janvier , le vénérable abbé de Liessies , dom Louis de Blois , homme d'une grande sainteté , quitta cette vie mortelle. II avait travaillé pendant trente-cinq ans et plus à fonder et à affermir dans son couvent une règle particulière presqu'entièrement nouvelle, et selon l'ordre de St- Benolt. Cette mort causa à l'abbé Le n Uni leur un profond chagrin, qu'il témoigna par des larmes abondantes , car il avait une vive tendresse pour l'abbé de Liessies , avec qui il était lié d'une ancienne et étroite amitié. Vers ce temps-là, les VmUcux \

» Gueux, celle qualiOcallon s'est appliquée d'abord aux grand* de Flandre, qui se révoltèrent contre le roi d'Espagne , sou* Je gouvernement de Marguerite de Parme . et à qui le rmiile de Berlavmont donna , par mépris en riant , le nom de gueux , (V Strada, llùtoire de Flandre, Jiv. h ). Gc nom de gueux ensuite, ainsi que nous l'avons vu plus haut, s'appliqua à tous 1rs protestants et huguenot*.

208 ABBAYE D'ANClilN.

sous la conduite de Henri de Bréderode *, portant le trouble et le désordre dans la Belgique, faisaient irruption dans les églises, renversant les images et les autels, c'est pourquoi l'abbé eut la précaution de faire transportera Douai , où elle est restée cachée jusqu'après 1606, la magnifique table du maître-autel, toute d'argent, ciselée, et dorée , et enrichie de pierreries.

Parmi les reliques précieuses que possédait l'abbaye d'Anchin , nous avons déjà signalé l'anneau de la Vierge Marie , et nous avons rapporté quelques-uns des effets miraculeux de ce bijou sacré. A propos de cet anneau , Fr. de Bar raconte un fait qui se serait produit à l'époque dont nous parlons. Une certaine femme, d'auprès d'Arras, était en mal d'enfant; depuis cinq jours elle >ouffrait sans pouvoir être délivrée. Cette malheureuse était difforme , et construite lie teiic façon que les sagesfemmes , aidées de savants médecins , ne pouvaient opérer sa délivrance , lorsqu'une vieille femme survenant fit boire à la patiente de l'eau consacrée par l'immersion de l'anneau de la Vierge : incontinent la femme mit au monde un enfant bien portant. Au demeurant, ajoute Fr. de Bar, une infinité de miracles semblables, dus à l'efficace de cette relique , sont restés inconnus , et n'ont pas été publiés par les écrits.

Le révérend surveillait avec plus de scrupule que jnmais les études et les pratiques de piété de ses moines. 11 s'attachait à ce qu'aucun ne fût admis à la profession et au grade de prêtre, qu'après avoir reçu une instruction complète, et qu'après avoir été purifié par les exercices de la méditation et par les épreuves du noviciat.

Dans ce temps-là, le souverain pontife Pie v , qui venait d'être promu (1566), promulgua un jubilé, pour obtenir du Ciel la victoire contre les Turcs qui assiégeaient Milet , et pour éteindre les hérésies qui pullulaient en France et en Belgique. On sait qu'un des événements les plus mémorables du pontificat de Pie v , a été la victoire navale remportée sur les Turcs, par Don Juan d'Autriche. Cette victoire a été regardée comme un miracle obtenu par les jeûnes et les prières du saint pontife , qui avait aussi beaucoup contribué aux frais de l'armement. Il fut le premier à en annoncer prophétiquement le succès avant que personne eût pu en recevoir la nouvelle.

Les (iueux , en révolte ouverte contre la puissance de Dieu , du souverain pontife et du roi, s'étaient précipités comme un fléau sur Bruxelles, Anvers, Tournai, Valenciennes, renversant les images, dévastant les églises partout sur leur passage. Ils menaçaient d'envahir Anchin ; et déjà les moines , par l'ordre de l'abbé , s'étaient réfugiés dans les villages voisins. Mais Ferry de Guyon , le bailli d'Anchin , avec son neveu Benoît, soldat éprouvé, à la tète des paysans, se précipita à leur rencontre, et les força à prendre la fuite; ce fut ainsi que l'abbaye d'Anchin fut préservée. Cette bande d'hérétiques se sauva par les bois de Brillon, où Robert de Longue val , qui les attendait, les tailla en pièces*.

* Cette famille de Bréderode, qui s'étendit aussi dans les Pays-Bas , s'est toujours montrée fort attachée ou parti de l'indépendance, notamment en I&C4, où Henri, comte de Bréderode se réunit; à Guillaume de Nassau et aux comtes d'Egmont et de Hornes , contre le parti espagnol devenu odieux par les vexations du cardinal de Granvelle. Il signa le premier le traité d'association d'abord connu sons le nom de Compromis; cl l'année suivante, à la téte de trois cents gentilshommes, il présenta a la duchesse de Parme , gouvernante des Pays-Bas, la fameuse requête qui fui le signal de l'insurrection , dont le résultai fut l'établissement de la république des Provinces-unies Il fut ensuite banni par le duc d'Albe et mourut dans son exil , le i.r> janvier I M».

Iliogr. Unie, de MielwuiU.

« B. DuUjillœul, Bidlel. de la Commis*. Jlùlor. du départent, du Aord . t. 2. J). I5>i.

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