CHAPITRE XXVII
l'évéque, d'après le conseil de ses frères, ainsi qu'on le voit dans les nombreux écrils qui sont restés de lui.
Vers le même temps, de l'autorité du siège apostolique et du duc d'Albe, gouverneur des Pays-Bas , et sur l'avis des évôques , fut promulgué le décret concernant les livres interdits et mis à Y index. Le révérend donna commission aux docteurs en théologie Besnier et Thomas Stapleton, anglais de nation, d'expurger les livres de la bibliothèque d'Anchin , ainsi que ceux qui étaient aux mains des moines. Ces deux docteurs , après examen , supprimèrent les ouvrages d'Erasme et d'autres écrivains taxés d'hérésie.
En l'an \ 564 , le souverain pontife Pie v avait envoyé des légats en France , en Espagne , en Allemagne et en Belgique , pour rétablir la foi catholique dans sa pureté, améliorer les mœurs et ramener la vie monastique à l'unité de la règle. A cette occasion, l'abbé avait reçu une bulle pontificale , en vertu de laquelle l'entrée dans l'enceinte du monastère était interdite aux femmes; c'est alors qu'il fit clore toutes les issues du cloître et qu'il y mit des portes, avec un gardien, ainsi qu'à tous les endroits soumis à la règle. L'évéque Richardot, à sa dernière visite au monastère, avait profité de la circonstance qui réunissait tous les frères d'Anchin lors de la cérémonie de la bénédiction de l'abbé d'Audenbourg , pour les exhorter à recevoir en toute soumission et docilité les règlements nouveaux relatifs à la clôture , affirmant que par mandement du Saint-Siège , il était chargé de prescrire et d'assurer l'exécution de ces règlements dans tous les monastères de son diocèse.
Lors donc qu'il eut été interdit aux femmes d'entrer dans le chœur de la grande église et de la basilique de la sainte Vierge Marie, où jusqu'à ce temps tous les domestiques, hommes et femmes, avaient été admis pour assister à la célébration de la messe qui était servie par un diacre et un sous-diacre, avec quelques novices; l'abbé institua deux messes qui devaient être dites chaque jour dans la nef de l'église , à l'autel de la sainte Croix.
Dans le même temps , l'abbé d'Anchin fut appelé au monastère de St-Vaast , avec l'évéque d'Arras, le prélat de Vaucelles, et d'autres abbés, qui n'étaient pas soumis à l'obédience des évèques , et tenaient chapitre : l'abbé de Blandin , celui de St-Pierrc de Gand, les abbés de St-Bertin , de Lobbes; ils devaient établir et réformer les instituts de la vie monastique , selon le décret du concile de Trente.
Le 10 décembre de l'année 1569, l'abbé, en vertu du décret de ce même concile de Trente , désigna des religieux pour visiter les reliques sacrées de sainte Sambarie, qui reposaient dans une petite niche derrière l'autel de la Vierge Marie, et dans la chapelle dite du St-Sacremcnt. Avec les reliques de cette sainte, il y avait aussi dans le même endroit une grande quantité d'ossements des onze mille vierges, ainsi qu'une portion presque intacte du manteau de la B. Sambarie; ce fragment était d'une étoffe noire , analogue à un drap épais d'Angleterre. Le trésorier ou sacristain de l'église , pour s ttisfaire un sentiment personnel de curiosité et voir ce qui était caché dans la niche, y ayant introduit le bras, fut saisi subitement d'une vive douleur , et il ne fut guéri que lorsqu'il eut allumé deux cierges en l'honneur de la Vierge, et qu'il eut dit dévotement ses prières.
Mais la réforme des mœurs et le culte des Saints n'étaient pas les seuls objets de la sollicitude de l'abbé Lcntailleur. H régla aussi l'économie et l'administration de l'hôtel abbatial; il y plaça, comme chef et maître, un moine, homme de grande
vertu, sobre, chaste, exerçant par son autorité et par ses pieux exemples une salutaire influence sur ceux qu'il avait sous sa diiection. D'abord , au matin , selon le devoir de son office , il réunissait tous les domestiques et gens de service de la maison et faisait la prière , puis il distribuait à chacun sa besogne ; il s'entendait avec les plus capables, afin de pourvoir d'avance à ce qui était nécessaire à la nourriture; il inspectait les ouvrages, s'assurait si chaque service se faisait bien, notait l'heure à laquelle le travail avait été laissé , à quelle heure il avait été repris , veillant à ce que le gardien ne laissât sortir personne avant que le travail ne fût terminé et sans un billet ou une permission du prieur. Il entrait dans les fonctions de cet économe d'examiner les grains à leur arrivée , d'en vérifier la qualité , de les faire peser et mettre dans les magasins ; d'assurer les provisions de la farine , de la bière , d'inspecter les cuisines et officines , les gardes-mangers , les bûchers , les étables, les celliers, etc. Sa surveillance s'étendait à toute la domesticité du - monastère. Il fesait des appels afin que tous les gens de service assistassent asidument à vêpres , à la messe , au sermon , au catéchisme ; il leur faisait de fréquentes instructions , les exhortait à remplir exactement leurs devoirs de religion et à recevoir le sacrement de Pénitence; à éviter, en faisant les commissions, de hanter les cabarets et de s'enivrer. Il tenait rigoureusement à ce que les domestiques ne s'absentassent pas la nuit. Celui qui tombait dans une faute pour la troisième fois , était chassé.
Cet écouome faisait aussi la pesée des viandes et de toute la dépense. Il retirait le suif de la graisse du bœuf pour en faire des chandelles. Il assurait la provision du beurre et du fromage pour Tannée; il veillait à ce que les œufs fussent frais et du jour. 11 mettait à part trois ou quatre tonneaux de bière pour la table de l'abbé. Il réglait la qualité et la quantité déplais à servir, en raison de la condition et du nombre des hôtes et des valets. 11 prenait les dispositions nécessaires pour que ces hôtes fussent traités honorablement au dîner et au souper. Chaque repas ne devait pas durer plus d'une heure.
Avec l'agrément du prieur, les religieux pouvaient recevoir leurs parents, et chaque hôte ou visiteur était traité selon sa condition ; si c'étaient des hommes de marque ou de quelqu'importance , ils étaient reçus dans la grande salle supérieure , et s'ils étaient de condition infime, dans une chambre basse. Parents ou autres, ou prêtres, ils avaient une pinte de vin au dincr, et autant au souper. Les nobles étaient reçus plus libéralement et plus honorablement. Les hôtes qui arrivaient pouvaient , avant le dîner ou avant le souper, recevoir une demi-pinte de vin , et après le dîner, s'ils avaient soif, ils avaient de la bière. Ceux qui voulaient partir avant le dîner ou avant le souper devaient se contenter d'une pinte de vin. Avant le coucher, on offrait aux hôtes une pinte et demie de vin , ou de la bière , à leur choix , s'ils étaient nobles; quant à ceux de condition inférieure, il n'est pas juste qu'ils se désaltèrent avec du vin avant le sommeil, mais avec de la bière seulement. Mînoris conduionis non csl cquum vino saliarv unie sonmum sed solâ ccrevisià \ Dans les cas où il y avait doute, le domestique devait prendre l'avis de l'économe et suivre ses ordres.
Les religieux ne pouvaient se réunir aux hôtes soit pour coucher, soit à table, sans la permission expresse du prieur.
» Fr. de Bar. Ms. cité . p. 213, V