‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 152 sur 306 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Les étudiants n'étaient pas tous reçus indistinctement, quoique le portier pût toujours leur offrir un coup de bière ; et quand ils étaient en grand nombre , l'économe religieux pouvait leur envoyer à Pecquencourt une certaine quantité de viande et de pain blanc.

Si beaucoup d'hôtes survenaient à la fois , l'économe en traitait quelques-uns à sa lable et les autres à une autre table. Enfin les valets des visiteurs étaient nourris à la discrétion de l'économe , selon la qualité de ceux à qui ils appartenaient.

L'économe avait aussi l'administration des celliers ; il traitait avec les marchands de vin et s'entendait avec les officiers du comptoir.

C'était avec autant de prudence que d'adresse que le révérend dirigeait le couvent en ce qui regardait le spirituel et le temporel , et il poursuivait avec ardeur ses projets de réforme, cherchant à amener peu à peu les frères à l'observance de Bruxelles et de Liessies. Néanmoins il conservait les religieux officiers dans les postes et emplois où il les avait trouvés lors de son | entrée en fonctions ; par exemple : le camérier, le prévôt et le sous-prévôt, le grainetier, le maître ou préfet des eaux et forêts, etc. Mais à mesure que quelqu'un d'eux mourait ou qu'il était appelé honorablement à une autre place , l'emploi était supprimé , et il n'en était plus question ; c'est-à-dire que le révérend procédait à la suppression de ces offices par extinction.

L'autorité, les devoirs et fonctions du prieur furent conservés tels qu'ils avaient été de toute ancienneté et tels que l'abbé Jean Lentailleur lui-même les avait exercés lorsqu'il était grand-prieur , et tels aussi que les ont exercés ensuite dom Warnier de Daure , Denis d'Ostrel , Guillaume Lengrand , Dammerval et autres. Les prieurs avaient toujours eu la libre faculté de recevoir dans leur chambre leurs parents et amis , de leur faire honneur , et de les traiter , avec sobriété toutefois ; et pour cela il leur était alloué une double portion de boissons et de vivres.

Les prieurs étaient chargés de veiller à l'entretien et conservation des ustensiles sacrés du temple , de faire réparer ou remplacer les choses usées ou endommagées ; de faire raccommoder les objets mobiliers du couvent, de l'infirmerie, des chambres des religieux , dans les dortoirs. Us prescrivaient l'achat des choses nécessaires , et pour ces dépenses ils donnaient un billet au receveur , qui payait ; ils n'avaient pas à en référer à l'abbé , à moins qu'il ne s'agît d'objets neufs ou d'une grande importance. Ainsi, tous les ans, le prieur, avec les officiers du comptoir , faisait une visile des ustensiles et meubles sacrés, des nappes, des aubes, etc. Et ceux de ces objets qui étaient usés il les brisait , les lacérait , mettait hors de service , et les remplaçait par d'autres, ou il les faisait raccommoder. Il ordonnait aussi la réparation des joyaux et reliquaires d'or et d'argent. De même aussi il inspectait et faisait entretenir tout le mobillier de l'infirmerie , du réfectoire et de la cuisine.

Et tout ce qui concernait la règle et la discipline était dans le ressort des fonctions du prieur et des Pères de l'ordre , ils veillaient à ce que tout s'exécutât régulièrement et convenablement dans le temple , dans le dortoir et dans le réfectoire, ù ce que les malades reçussent les soins du médecin ordinaire, et à -ce que les médicaments et toutes les choses nécessaires au traitement des malades fussent convenablement administrés par le chef de l'infirmerie , et il en était rendu compte par le prieur, par-devant l'abbé et les délégués du comptoir.

Il arriva que les Pères de la société élevèrent quelques plaintes touchant le. paiement de la dotation des mille florins qui leur étaient alloués , et qui était consViluéc

en partie sur les sommes dues par le seigneur Boucliault , et en partie sur d'autres créances, de telle sorte que le monastère n'était pas obligé à compter plus de quatre cents florins. Les Pères voulaient que la somme toute entière fût payée directement par l'église d'Anchin , sans qu'ils eussent affaire à d'autres qu'à elle. C'est pourquoi , le 7 de janvier i 5C9 , le révérend ordonna que le titre de donation fût examiné par des commissaires qu'il désigna , savoir : le grand prieur Warnier de Daure, dom Jacques Vermeille sous-prieur, dom François de Bar troisième prieur, dom Joachim Zoette quatrième prieur, auxquels furent adjoints dom Charles Boulengier , préfet des grains et receveur des offices conventuels , dom Noël Flameng, chapelain et chef économe de la maison abbatiale, ainsi que maître Philippe Dcleval , conseiller de l'abbaye d'Anchin. Après examen , il fut répondu aux Pères de la Société , que l'on n'entendait rien changer aux termes et conditions du contrat , lequel avait été passé du consentement mutuel des deux parties, l'abbé et son couvent d'un côté , et de l'autre les Pères de la Société , leur général et leur provincial ; que par conséquent le couvent s'étant engagé envers les Pères , pour une somme de cinq cent quatre-vingt-huit florins et vingt-huit patars , le reste de la somme nécessaire pour compléter la dot des mille florins ayant été assigné sur des créances dues au monastère , celui-ci s'en tiendrait à ces conditions.

Cette contestation ainsi terminée le 24 jamicr tot>9, le Père François, provincial de la société de Jésus , le Père Maximilieu , docteur en théologie , le recteur du collège d'Anchin et le recteur du collège de Cambrai , vinrent à Anchin , portant un cierge orné des insignes de l'abbé et des armes du couvent, en témoignage de l'acceptation de la dotation. A cette occasion , il se fit une cérémonie dans laquelle les Pères de la Société .récitèrent des discours et des pièces de vers à la louange du révérend. Les choses ont continué sur ce pied tant que vécut l'abbé Lentaillcur , et jusqu'au temps de dom Warnier de Daure ; alors survinrent des événements qui amenèrent de nouvelles difficultés et des changements.

Autrefois, au temps que la mutation des biens que l'abbaye d'Anchin possédait en France n'avait pas encore été opérée avec les biens que l'abbaye de Corbie avait en Flandre , l'abbé d'Anchin conférait les bénéfices ecclésiastiques situés dans le ^diocèse d'Amiens, où l'abbaye avait des revenus; c'est pourquoi , l'évêque d'Amieus demanda à l'abbé d'Anchin les pouvoirs pour conférer ces bénéfices , ce qui lui fut accordé en l'an 1370.

En la même année, le révérend jugeant, selon divers motifs, qu'il n'était ni convenable ni régulier que les fonctions de maître des forêts fussent exercées par des religieux , promulgua un acte ou instrument par lequel , du consentement des frères, il remettait cette charge aux mains d'officiers séculiers; dans cet acte, il était dit :

.... D'autant que tes villages circonvoisins fesaient de grandes fouîtes (dégâts), tant en y mettant outrageusement leurs Lestes, et aussy desrobbants indifféremment nos bois sans crainte , comme sy tousl estoit commun ; et y veooient par force en grand nombre , auxquels tous néanmoins Mgr pardonnoit le tout, s'ils s'en vouloient abstenir, et ne pouvant en empescher d'iccux, a baillé a Terme x tailles circonvoisines, ebascune de soixante rasières a Aubert Gambîer, et a Jean Dufour demeurant a Bruille, lesquels seront tenus par an nous libvrer por le proumion 10 mil fagots de deux pieds de tour garais d'un bon lason. Item 20 mil fourreaux (fagots de même bois pour chaufferie four), et quatre mil fachieaux (faisceaux) il'estocqs à la gaug»- (jauge) de la ville de Douny. Item cent perches de combles en bottes, et

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