CHAPITRE XXVII
300 pièces de pieut : et tenants les dit tailles a dit ans , rendront huit cens florins assavoir pour S cens florins et par les nuits chacun trente florins, et seront tenus de amender chacun par an de trente florins. Ce a été faict l'an 1370 pour tenir Tan iXli \
Tous les actes de partage et de mutations- des biens du monastère étant dressés de part et d'autre, et toutes les affaires mises en ordre, les principaux frères rappelèrent à l'abbé la promesse qu'il avail faite d'ériger, avec le produit des revenus, un prieuré de St-Sulpicc dans la Belgique, à l'instar de celui de Doulens, qui avait été échangé avec le monastère de Corbie. Et le 10 octobre 1 57 1 , fut signée la procuration qui autorisait l'achat du terrain pour construire à Douai ce prieuré. Cette procuration , munie des sceaux de l'abbé et du couvent , désignait , comme fondés de pouvoir , le prieur d'Anchin , dom Warnier de Daure , le prieur de St-Sulpice, dom Adarn Gresillon , dom Jacques Vermeille, et maître Philippe Deleval, conseiller du monastère.
Donc le 6 mars 1572, l'abbé Jean Lenlailleur, assisté du prieur dom Warnier et de François d'Hours, d'Antoine Lebrun et de Noël Flameng, qui représentaient le couvent , jeta les fondements de ce nouveau prieuré. Lorsque le révérend et le grand-prieur eurent mis dans les fondations des pierres taillées aux insignes de l'abbé et du couvent , les autres assistants posèrent aussi des pierres gravées à leurs armoiries, avec des fioles de verre, contenant les titres écrits en hébreu, en grec et en latin, indiquant la date de la fondation, les circonstances de la cérémonie, et rappelant les noms et qualités des principaux personnages du magistrat de Douai et de l'Université qui assistaient à la solennité ; « laquelle eut lieu sous le pontificat de Pie v, sous le règne de Philippe u, roi d'Espagne, et sous l'espicopat de Mgr Richardot , évêque d'Arras. » Ces premières fondations étaient précisément à l'endroit où fut établie la cuisine conventuelle1.
Le 1 7 avril 1 572 , on apporta dans le choeur , pour être souscrites à la manière accoutumée , les lettres par lesquelles les moines d'Anchin prenaient ù la charge de la maison la somme d'argent que Sa Majesté et le seigneur Bouchault s'étaient engagés à fournir aux Pères Jésuites de Douai , pour compléter les mille florins de la dotation. Mais comme ces sommes parurent devoir être trop lourdes pour l'église elles furent divisées et fractionnées. Ensuite le révérend s'occupa avec beaucoup de sollicitude de constituer des commissaires administrateurs chargés de veiller à l'en-r tretien des bâtiments du collège, à la conservation des toitures, des tables du réfectoire; de régler les dépenses, et de faire les paiements que ces réparations ou ces achats entraînaient; ces commissaires proviseurs devaient rendre compte par-devant des religieux et d'autres personnes déléguées par l'abbé.
Peu de temps auparavant, le 2 avril 1572, l'abbé Lentaillcur, affecté d'une maladie grave, et n'ayant que peu d'espoir de recouvrer la santé, avait assemblé son troupeau auprès de son lit, et là, il avait dit à ses frères que sa crainte était qu'on ne nommât un étranger pour lui succéder; il leur avait déclaré que pour éviter ce malheur il avait écrit à la cour louchant cette affaire, et que dans sa lettre , il avait de lui-même désigné sept ou huit religieux d'Anchin , parmi lesquels il désirait que son successeur fût choisi. Certaine rumeur avait couru qu'il entrait dans les vues de la cour de faire nommer au siège d'Anchin dom Gaspard de Bovincourt, abbé d'Audenbourg , lequel venait d'être chargé d'une légation en
« Archive* d'Anchin. 7 F. de Bai, Ms cite\ p. 27<J , »«.
ABBAYK I) 'ANC II IN
Espagne , où il devait aller avec d'autres prélats pour régler les affaires de la Flandre.
Le même jour, l'abbé, avec le consentement des frères présents, fit aux Pères de la Société de Jésus donation de tous les grains qui étaient restés dus au monastère jusqu'à l'année 1572. Et pour augmenter la dot des Pères, et afin d'améliorer leur position , il leur abandonna une somme d'argent considérable qui était due à l'église d'Anchin.
Déjà, au 22 février 1o72, le comte de Lallaing avait envoyé à Anchin Jean Hchreviettes , maître de la ebambre des comptes de Lille, avec un autre personnage fort adroit, dans le dessein de faire contracter à l'abbé l'obligation de prendre à la charge du monastère l'entretien et le curement de la rivière dite le Bouchard , et de rendre cette petite rivière navigable depuis le château de Lallaing jusqu'à la Scarpe. On voulait que , par la même, occasion , l'abbaye cédât au seigneur le moulin du château de Lallaing avec sa juridiction , qu e depuis plus de quatre cents ans l'abbaye exerçait légitimement. Lorsque les commissaires du comte eurent reconnu, parles titres et privilèges qu'on leur avait fait voir , que c'était au comte qu'il appartenait de faire entretenir et curer ces rivières dans tout l'espace de ses domaines qu'elles parcouraient, ils s'étaient retirés sans plus insister. Mais peu de temps après, d'autres commissaires revinrent avec le comte lui-même qui étala devant l'abbé et les moines un grand tableau, sur lequel était tracé avec tous ses détails le plan de Lallaing, qu'il voulait, disait-il, ériger en château-fort. Il fit si bien que l'abbé céda, et que l'affaire s'arrangea, quoique contre le gré du couvent. Mais le révérend voulait se concilier les bonnes grâces du comte , et il concéda l'article du moulin de Lallaing avec la juridiction , à cette condition , toutefois , que les eaux ne seraient pas détournées de leur cours, qu'elles viendraient toujours librement vers le moulin d'Anchin , et que le curage de la rivière resterait à la charge du comte dans toute l'étendue de son domaine. Et il fut expressément stipulé que la maison voisine de celle qu'Anchin possédait auprès de l'église Notre-Dame à Douai , serait cédée à l'abbaye. Malgré cela , le seigneur de Lallaing ne tint aucun compte de ses engagements. 11 y a plus, au mépris des conventions cl des droits du monastère, il n'eut rien de plus pressé que de détourner la rivière du moulin de l'abbaye, et de la diriger du côté de son château vers la Scarpe. « C'est ainsi , dit Fr. de Bar, » qu'un acte inique nous dépouilla d'un droit établi depuis l'année I 170 ; droit con- » (inné en 1328 par des actes légaux , en vertu desquels les seigneurs de Lallaing » étaient obligés de fournir les eaux suffisantes pour faire tourner librement et à notre » volonté le moulin d'Anchin. »
Un jour que l'abbé se trouva un peu moins souffrant, quoique fort malade et tellement faible que pour venir à l'église il avait été obligé de su faire porter dans une chaise, il avait songé à se donner un coadjutcur; et il avait écrit à ses religieux pour leur demander s'ils étaient d'avis que cette élection se fit, et s'ils voulaient que leurs suffrages fussent envoyés à la cour. Mais ces propositions avaient été accueillies et interprétées diversement, et il ne leur fut pas donné de suite. Et pour éviter tout débat scandaleux , l'abbé s'était , avec la grâce de Dieu , résigné à conserver le gouvernement de la maison jusqu'à sa mort. Ne nous étonnons pas si ce digne prélat, affligé comme il était d'infirmités corporelles , avait pensé plus d'une fois à se dérober par la retraite aux soucis et aux fatigues de la lutte. Assurément, il lui a fallu une grande constance d'âme et un sentiment profond des devoirs que la Providence lui avait imposés, pour garder son poste, et poursuivre