‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 164 sur 306 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

office , 6a position ou ses capacités. Il recommandait par-dessus tout l'exercice de la charité, qui est, scion saint Chrysostôme , le nœud de la perfection. Il disait, avec saint Basile, que Dieu n'est pas le Dieu de tous, qu'il ne l'est que de ceux qui sont de sa famille par la charité et qui lui sont unis par ce lien. Et il invoquait celte magnifique page de saint Paul , dans son Epitre aux Coryntbiens , § 13 : Chantas patiens est, benigna est , non œmulalur , etc. Il faisait voir ensuite ce que doit être la charité , non-seulement entre les égaux , mais encore à l'égard des supérieurs et des inférieurs. Il montrait combien les supérieurs , sujets qu'ils sont , avec une charge plus difficile , aux défauts et aux faiblesses de l'humanité , combien ils ont plus besoin de la charité de la part de leurs inférieurs , etc.

Le révérend Warnier, voulut augmenter l'autorité du grand-prieur; outre les pouvoirs ordinaires qu'il lui avait conférés de faire les admonitions, d'exhorter, de reprendre, de gourmander, de corriger, de punir et d'absoudre, enfin de tout administrer dans le couvent, ce qui avait toujours été dans les attributione des prédécesseurs de Fr. de Bar ; il lui donna encore l'autorisation de créer les autres principaux officiers du monastère, ce que nous avons vu qui s'était fait au temps des abbés Henri de Conflans et Pierre Toulet.

En vertu de ces pouvoirs , le grand-prieur de Bar déchargea de l'office de 4 * prieur dom Jean Faveau , et lui confia l'administration du dortoir, dont il lui remit la clé. Il nomma 3' prieur dora Léger Gosset, qui avait été pendant six ans 4' prieur d'Anchin, puis sous-prieur de St-Georges d'IIesdin ; et Pierre Passet, qui était maître des novices, prit les fonctions de 4' prieur. 11 fit ces nominations le même jour, 24 d'avril 1575, dans le chapitre, où il adressa des allocutions à ces frères , et leur traça les devoirs qu'ils avaient à remplir dans leurs fonctions respectives.

La même année, 1575, la veille de la Conception de la Vierge Marie, on lut à primes , en présence de l'abbé , ou plutôt de son représentant , le grandprieur, car ce jour-là le prélat était absent, on lut les décrets des Conciles de Trente et de Cambrai , ainsi que les institutions de l'évèque d'Arras , Fr. Richardol. Celte lecture étant terminée , le grand-prieur prononça une courte admonition pour engager les frères à rendre grâces à Dieu de l'heureuse solution des difficultés qui avaient auparavant embarrassé le couvent. La lecture de ces décrets et constitutions avait pour objet de rappeler à la mémoire certaines prescriptions qui y étaient contenues , concernant les vœux de pauvreté. , d'obéissance et de chasteté , et qui avaient été négligées ou oubliées. On voulait par-là aussi ranimer la surveillance des supérieurs et les éclairer sur leurs devoirs.

Dom Wamier , parvenu à la dignité abbatiale, ne perdit pas de vue ce qui avait été l'objet de ses soins pendant qu'il était prieur , et il continua à s'occuper de tous les détails de l'administration. Il ne négligea rien de ce qui concernait l'embellissement et l'accroissement du monastère. 11 fit entourer de murailles élevées les bâtiments du prieuré de St-Sulpice , dont l'abbé Lenlailleur avait jeté les fondements ; du côté de l'occident et du septentrion , on posa des châssis vitrés. Sur un terrain attenant qu'il acheta, il bâtit une maison pour la demeure de l'abbé, ainsi que des écuries pour des chevaux , de petites maisons pour les domestiques, des cellules pour les moines, un réfectoire, des offices et cuisines. Tout cela se trouva être fort à propos, lorsque l'abbé et les religieux furent obligés de se réfugier à Douai. Au monastère , l'abbé Warnicr fit construire la

galerie qui conduisait de l'appartement du prélat à l'église; il consolida et termina les travaux qui avaient été commencés au temps de l'abbé Lentailleur. Les constructions que le veut d'aquilon avait détruites en partie , furent étayées , du côté du midi , par des murailles et des contre-forts en briques ; et il assura encore les bâtiments au moyen de barres de fer et d'ancres, ayant la forme de caractères d'écriture, lesquels, en se suivant, formaient ces mots : gratia et laborb w. de davrb 1574 duce deo. Par cette devise, qui se trouvait avec ses armoiries sur les travaux entrepris au temps qu'il était prieur et terminés sous sa prélature, il voulait signiûer que ce n'était pas sans peine et sans le secours de Dieu qu'il était parvenu à la dignité de prieur. Enfin, élevé à la prélature abbatiale, il continua comme lorsqu'il n'était que simple moine et maître des œuvres, ainsi qu'on l'appelait , il continua à s'occuper de tous les détails de la maison , veillant à ce que tout fût renfermé, à ce que les ateliers et officines fussent mis à couvert sous de bons toits; il fit curer et approfondir les rivières, relever les digues, etc.

Mais surtout il s'occupa de régler ce qui était relatif à la sépulture des morts et de ce qui pouvait accroître la pompe du culte et donner de l'éclat aux cérémonies. A cet effet, il voulut que le magnifique poêle de soie noire qu'il avait acheté à grands frais et qui avait servi aux funérailles du révérend Lentailleur, fût désormais employé pour les funérailles des religieux. H ne resta pas en arrière des autres prélats , qui , à leur avènement , faisaient présent à l'église de divers ornements. 11 donna une riche chasuble et deux tuniques de soie rouge , décorées d'images sacrées et d'armoiries; et pour le service de la chapelle une autre chasuble et un frontispice d'autel en soie rouge aussi , mais d'une matière moins précieuse; il donna do plus des aubes, des nappes, etc.

Outre les dépenses pour l'intérieur de la maison et pour l'église il n'en manquait pas d'autres à faire pour l'extérieur ; et une foule de charges nouvelles incombèrent à l'abbaye.

En ce même temps, il arriva aux Jésuites du collège d'Anchin un ordre de leur général , qui prescrivait de rappeler les maîtres ou préfets des études dans leur maison ou collège , de façon qu'ils ne fussent plus employés h la surveillance de la conduite des élèves , dans les réfectoires et les promenoirs , mais que leurs leçons terminées, ils rentrassent dans leur quartier et se bornassent à donner l'instruction aux enfants. Ces prescriptions amenèrent des discussions entre la faculté des arts de l'université de Douai et les Pères de la Société, pour concilier les règlements de l'université avec les instituts des Pères et pour mettre de la conformité et de l'harmonie dans l'enseignement. Il fallut que le magistral de la ville fit, ainsi que le monastère, une subvention pour payer les nouveaux préfets séculiers dans les classes du collège d'Anchin , et des surveillants dans les réfectoires et les promenoirs. Ces débats furent terminés par l'intervention de M. Lievin Pontanus, alors recteur magnifique de l'Université , qui, en prévoyance de ces difficultés, s'était occupé de cet objet aussitôt après et même avant la mort de l'abbé Lentailleur. Au reste , les écrits du temps et les nombreuses pièces de procédure qui ont été retrouvées dans les archives du monastère, témoignent que ces difficultés et débals, à propos du collège, ne sont pas les seuls qui aient eu lieu alors et dans la suite entre les abbés , la Compagnie de -Jésus et l'Université *.

» V Recueil de mémoires relatifs* au collège d'Anrtiin In-Mlo, n™ 3!» et 3ftJ du cMnlosue dos imi-rim-n de la bibliothèque de Douai.

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