‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 167 sur 306 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Mais il finit par soupçonner que le promoteur de toutes ces plaintes était un certain Joachim Zoctte, religieux du monastère, homme d'esprit et de beaucoup de science , Tort insinuant et qui était bien avec tout le monde. On savait d'ailleurs que ce Joachim s'était entremis auprès du mari de la sœur du révérend , afin que par son influence il amenât son beau -frère à se laisser fléchir. L'abbé, }>our se débarrasser de Joachim, l'envoya au prieuré d'Ayineries, avec mission, quoiqu'il sût bien que ce serait désagréable au prieur du lieu , de faire la distribution des vêtements, selon les prescriptions d'économie et d'aunage qu'il avait réglés lui-même, ainsi que nous l'avons vu plus haut. Ce fut iNoel Flameng qui, par droits , succéda à Joachim dans cette fonction.

Mais, après le départ de Joachim, le couvent ne fut pas plus calme; c'était à tout propos des plaintes nouvelles, sans que l'on fît rien pour apaiser les religieux, de telle sorte qu'ils s'animaient de jour en jour davantage et contre l'abbé , et contre le prieur , qu'ils accusaient de s'entendre avec le révérend pour les vexer. Enfin , après bien des pourparlers et des conciliabules, ils se résolurent à rédiger une supplique ; cette supplique ou pétition , écrite en français et délibérée au mois de juillet 1 577, fût présentée , au mois d'août suivant. Voici dans quels termes elle était conçue :

Combien que les religieux ayent eu toujours bonne volonté de se conformer à leur possible, à Testât auquel par la grâce de Dieu ils sont appelés, toutefois se trouvent trop imbécils et imparfaicls pour porter le zèle trop ardant et bouillant de feu Mgr Lentailleur. Par l'adsistance de Mgr de Daure, leur preslat moderne, pour lors prieur très-vigilant et garrandissant les droits honnesles et raisonnables de la communauté, se sont trouvés quelquefois allégiéi mais non point du tout , dont espéroient que Monseigneur par la grice de Dieu estant promeu à dignité abbatiale tasceroil par tous moyens de modérer les poincts principaux , lesquels, luy estant prieur sçavoit cslre cause de pertui Dation et du peu de proulicl qu'y estoit en la congrégation; ce que lesdicts religieux ont attendu patiemment jusques a troisième année d'ycelle promotion ; mais voyans que Monseigneur ( par bon zèle toutefois et désir de nous rendre plus parfaicts), ensuit les mêmes traches do son prédécesseur et que laissant les fardeaux imposés par le défunct non déchargés vient à imposer nouveaux fardeaux. Sentant les religieux leurs épaules et forces peu souftisantes pour porter tant de nouvellelées avecq paix tranquille de conscience, bon contentement et amour de leur supérieur (sans lequel le proufict spirituel est nul), ont trouvé bon en la crainte de Dieu et à son honneur, pour garder la bonne renommée de Monseigneur et de la maison , pour l'esdilication des estrangiers , pour la consolation et allégeance des religieux , luy remonstrer en toute humilité et subinission , aucuns articles pour lesquels ils se ressentent plus grevés, lui suppliant pour l'amour de Jésus-Christ, souverain pasteur de nos âmes et pour lesquelles il a respandu son précieux sang , de ne rien prendre aigrement, selon le dicton de ce grand personnage Mgr saint Benoist, se persuader du tout qu'il a prins la charge de brebis malades pour lesquelles guérir, est besoin de douceur, protestons les religieux n'estre en cest eodroict poussés de quelqu'aflection maulvaise, mais de juste nécessité pour eschever plus graves inconveniens ; par ainsy lira Monseigneur, s'il luy plaict, les points ensuivants :

Les points principaux desquel» les religieux se retrouvent pour le présent fort intéressés et desquels ih en requièrent très-humblement de leur prélat modération et bon contentement.

En premier lieu supplient autant amiablement qu'il est possible, de compaigner les parens quand ils viendront icy, selon la Visitation de feu Mgr d'Arras, et qu'ils ne soient plus renvoyés de ce monastère , ains receus plus humainement et libéralement que le temps passé et qu'ils ayent à déjeuner encore qu'ils demeurent au disner, alin qu'ils ne soient cootraincts de partir devant disner par ta faulte de desjcuner, et supplient qu'à l'après-diner avecq toute honnesteté, leyr puissent présenter quelque traict de vin avecq la permission des supérieur.'.

314 ABBAYE DWNCHIN.

Supplient que leurs petites nécessités leur soient plus libéralement distribuées, do sorte que l'on ne leur demande pas s'ils ont de l'argent venant de leurs parents, ou s'ils sont à l'avant pour avoir ce qu'il leur est nécessaire util et bonesl, nlin de se conformer aux concils de Trente et de Cambray et les visilations de feu de bonne mémoire Mgr Richardot , évesque d'Arras, et aussy à notre reigle de saint Benoict et à tous aultres anciens Pères commandant ce point fort deslrictement comme garde de la pauvreté ecclésiastique.

Supplient que les pitances de l'argent qui leur est donné des censiers , soient remplies selon les intentions de ceux qu'ils les ont conférés et qu'ils les donnent ordinairement et non point pour bœuf ou choses semblables pour le convent , attendu que la maison est suffisante pour furnir à ces debvoirs , et est riche assez pour nourrir et entretenir plus libéralement que le tems passé les- religieux présens, voire quand il y en auroil davantage.

Requièrent aussi, que le vin de lontems ordonné pour la collation des religieux en jour de jeusnes soit distribué au couvent par pitances ou que Tanchionue coutume soit rétablie.

Requièrent que Monseigneur ne fasse plus achepter le vin à plus vil prix quy se peult trouver comme le tems passé.

Supplient que la cervoise ne leur soit distribuée & la taille comme aux séculiers, ains comme aux religieux convient de distribuer et aux fils de la maison et i ceux qui labourent jour et nuict.

Supplient que Monseigneur satisfasse à sa promesse en faisant achepter de meilleur drap pour les robes spécialement et choses semblables, ou aullrement requièrent l'ordinaire institué sur ce, de feu Mgr Lenlailleur.

Requièrent qu'il leur soit permis comme cy devant jouer en la salle épiscopale, affin qu'ils ne soient discommodés pour accommoder un aultre particulier; ou bien d'avoir i'anebien réfectoire , aultrement frottoir, pour illecq passer le tems des jours nébuleux et pluvieux.

Supplient qu'ils puissent aller tous les ans une fois veoir leurs parens comme à tous religieux d'aullres monastères est permis, comme ossy a esté cy devaut de tous tems practiqué céans.

Supplient que les malades soient traiclés plus amiableraent et doulceraent et de ne les plus conlrisler de celluy qui en a la charge, en leur tenant propos trop rigoureux pour malades, ou en cachette d'eux, mieux parlant. Affin que par ce moyen les malades soient plus incités à déclarer leurs maladies et consécutivement de leur retirer à l'infirmerie.

Supplient aussy que Mouseigueur fasse accommoder plus de chambres pour lesdicU malades quils pourraient survenir en plus grand nombre qu'il u'y a de chambres, sur les reliquats du revenu affecté à ladicte infirmerie.

Supplient que Monseigneur ne renouvelle ou veuille introduire rien portant préjudice au convent ou le provoquant à juste quérimonie et murmure , sans premièrement ayant demandé l'advis de son convent ou pour le moins des anchien* , comme le recommande bien sérieusement notre bon Père Mgr St-Benoict, ou bien sans l'avoir préalablement signifié à l'évèsque, comme (eu Mgr d'Arras a commandé es ses visilations bien étroictement à feu Mgr Lenlailleur.

Supplient d'être déportés d'une des leçons, nullement se ressentant obligés à deux , ains seulement à une, scllon le concile de Trente.

Supplient quil soit loisible à ceux qui -auront congé de sobrier , de faire de leur prébende comme le tems passé, et non de manger une partie a la dresse, avec les souillons et semblables ou en un coin de table en convent.

Supplient que Monseigneur les veuille traicler comme il désireroit s'il estoit inférieur, et spécialement quand un religioux est dénommé pour aller à la priaurée , que l'on ne vienne pas à visiter et futer ce qu'il a en sa chambre , comme s'il n'estoit prêt â remettre le tout aux mains de son supérieur, lorsqu'il est encore présent.

Supplient aussy que le distributeur soit esleu du convent et constitué â son contentement, comme il se pracliquoit lorsque feu Mex Lenlailleur osla la taxe des pitances el revestiance et conformément à la Visitation de fou Mgr Richardot.

Comme tous unanimement supplient très-humblement quil luy plaise mettre en leur entier les récréations que soloienl avoir les religieux pour aller sur les -censés , en saison et tems opportun , selon que portent les beaux d'aucuns censier*. El en général que Monseigneur le

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