‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 168 sur 306 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

dict veuille servir de bon père et se rendre plus amiable, libéral, doux et facile à ouyr aussy bien le petil que le grand, le jeune que l'anchieti , que le tema passé. Promectent de leur costé lui reudre tout honneur, révérence, amour et obéissance deube à ung bon prelal. Et qui plus est, pardessus le los immortel quil recepvra et d'iceux siens religieux et de tous gens de bien, aura aussy a mcrcedc cl salaire promis à tous bons pasteurs, lesquels, selon la loy de Jésus-Chnsi et leur reigle, par douleeur, amitié et bonne discrétion auront paisiblement gouverné le troupeau de Jésus-Christ. Ainsy soit-il. H<rc in limon Dei oracimu*.

A la suite de cette pièce, élail la note suivante de Fr. de Dar :

A moy a esté présenté ce billet, le 5* jour de juillet 1877, par dom Loys Grenet et dom Guillaume Moullart. Et depuis, par Guillaume Moullart m'a esté présenté le même original , pour présenter à Monseigneur, notre révérend prélat, lequel estait soubsigué dom Adrien Bernard, de la main d'aullruy; item de Noël Fruy, dom Jean Meere, dom Juste Preudhomme, dom Guillaume Moullart, dom Thiery Doyon, dom Antoine Pierquicn, dom Jean Lamelin, dom Jean Lespaullart, dont Anlhoine Le Thomas, dom George Goisson, dom Loys Grenet. Item Pont hua Hirchoui, frère Jérôme Buzelin , frère Gérard Gaultier, frère Erasme Grumeau , frère Jacques Boucqueau, frère Bonavenlure de Tournay.

Le même jour, le 5 juillet 1577 , les quatre pères de l'ordre ou prieurs se consultèrent enlr'cux pour savoir ce qu'ils avaient à faire dans ces conjonctures. Comme aucun d'eux n'avait été appelé à donner son avis, que même cinq des frères anciens n'avaient pas cru devoir souscrire , bien qu'on le leur eût demandé, ils conclurent qu'il ne convenait pas qu'ils recommandassent celte pétition , ni qu'ils se chargeassent de la transmettre au révérend , afin du n'avoir pas l'air d'en être les auteurs ou de l'avoir suggérée. Mais l'abbé, qui apprit qu'une pièce de cette nature avait dû lui être présentée par les prieurs, demanda nu frère de Bar, grandprieur, qu'il la lui montrât. Celui-ci répondit qu'effectivement il avait cette pétition entre les mains , mais qu'il avait été décidé entre les pères de l'ordre qu'elle ne serait pas remise à sa révérence. L'abbé néanmoins témoigna le désir de connaître les sujets concernant lesquels on faisait des réclamations. Le prieur répondit qu'il lui donnerait bien une copie de la supplique , mais non la pièce originale signée de la main des religieux , parce qu'il s'était engagé à la leur rendre s'il ne la devait pas déposer aux mains de Mgr l'abbé. Le révérend parut d'abord se contenter de cette réponse; mais ensuite il insista pour que l'exemplaire original lut Cùt remis; ce que (it le prieur, protestant toutefois qu'il avait cédé à Tordre fortwV de l'abbé , mais contre son propre consentement et sans l'approbation des pères de l'ordre , et ù celte déclaration , il ajouta cette prière au révérend , d'avoir égard aux demandes des frères, en tant qu'elles fussent pour l'honneur de Dieu et le salut de la maison.

Le prieur rapporta ce qui s'était passé à dom Louis Grenet et a dom Guillaume Moullart, les délégués des pétitionnaires et porteurs des propositions; il leur déclara également qu'il n'avait pas transmis la supplique au nom des prieurs et pères de la communauté , mais seulement de la part des signataires. Il engagea les frères à se comporter avec calme et modération, et à attendre patiemment l'époque prochaiue de la visite de Mgr l'évêque; il ajouta que ce n'était qu'à la condition qu'ils ne cherchassent point «à exciter le trouble ; que comme prieur il consentait à leur prêter son appui et qu'il emploierait tous ses efforts pour tléchir l'abbé. Les frères Je remercièrent et promirent de se comporter désormais avec calme et modestie, quand même le révérend n'acquiescerait pas à leurs demandes.

Le prieur se chargea donc de présenter en temps opportun la pétition des frères au révérend. Le 9 d'août 1577, dom Louis Grenet cl Guillaume Moullart, frère de l'évèque d'Arras , déposèrent à cet effet une copie de la pétition , signée de In propre main de dom André Bernard , le plus ancien du monastère , homme d'une haute prohilé et d'une très-grande piété , ainsi que de la main des autres que nous avons déjà indiqués. Tous ces frères mirent leur signature dans un espee circulaire , sans observer aucun ordre de rang ou d'ancienneté , sans doule pour ne pas faire connaître les auteurs ou rédacteurs de la pièce. Les pères de l'ordre qui n'avaient pas été consultés et qui n'avaient pas pris part aux délibérations ne signèrent pas , non plus que les cinq anciens qui ne voulurent pas livrer leurs noms , quoiqu'ils y eusssenl été engagés ; c'étaient dom François de Bacherie , dom Maurand le Hiche, dom Noël Flamcng et deux autres.

Mais quoique le prieur eût intercédé autant qu'il fut en lui pour que l'abbé consentît à quelques articles qui étaient conformes à la raison , à la règle de saint Benoît et aux décrets de l'évèque , les pétitionnaires n'obtinrent pas de réponse. <:'est pourquoi ils allèrent trouver le prieur lui-même dans sa chambre, pour réclamer et lui reprocher d'être d'accord avec l'abbé contre eux , et ils le conjurèrent de nouveau d'intercéder , afin d'obtenir une réponse quelconque. Le prieur avec les autres pères de Tordre se rendirent, à cet effet , auprès du révérend; et le 14 d'août 1 577 , la veille de l'Assomption , le prélat vint au chapitre , en présence des frères assemblés , pour donuer sa réponse et faire connaître les constitutions de Mgr l'évèque d'Arras , François Richardot, concernant les dépenses de l'infirmerie. Après avoir exposé la situation précaire de l'abbaye , en raison des malheurs des temps (dom Juan d'Autriche, nommé gouverneur de la Belgique, avait été obligé de se réfugier à Namur), il engagea les frères à se résigner sans se faire murmurateurs , ni se mettre en opposition contre les statuts et ordonnances de leurs supérieurs, à ne pas tomber dans les exigences de Coré , de Dathan et d'Abiron , ou même dans de pires excès ; puis il les exhorta à ne pas s'abandonner à la mollesse et à la satisfaction de leurs désirs déraisonnables, contrairement aux recommandations de saint Paul, dans son épître à Timothée. cap. 1. v. 1. 11 ajouta ensuite qu'une demande signée des pétitionnaires lui avait été remise par le prieur ; que s'il n'y obtempérait pas aussi vite qu'il le désirait , ils eussent patience jusqu'à ce que le nouvel évêque , Mgr Mathieu Moullart , fût consacré , et qu'alors il pourrait s'occuper de cet objet , leur promettant de faire tout ce qui serait pour l'honneur de Dieu , pour leur consolation et leur salut. Il termina en défendant à l'avenir toute espèce de réunions, assemblées ou conciliabules qui n'auraient pas été permis par l'abbé , qui seul avait autorité pour convoquer et réunir les religieux , et à qui les inférieurs sont tenus d'obéir et de se soumettre ; il ajouta qu'il voulait bien pardonner les rassemblements qui s'étaient faits jusqu'à présent , mais que désormais il sévirait avec rigueur contre ceux qui tomberaient dans cette faute.

Les religieux furent blessés de ce que leurs réclamations étaient imputées à murmures, et de ce que l'abbé ne leur accordait aucune des choses qu'ils avaient demandées. Cette réponse et ce délai t non-seulement furent mal accueillis par tous les religieux, mais encore plusieurs entrèrent dans une véritable fureur; ils se précipitèrent dans l'église, jetèrent les livres de chant du chœur derrière les stalles ; plusieurs s'en prirent aux sièges que l'abbé occupait, soit à la messe, soit aux vêpres , et déchirèrent à coups de couteau les tapisseries des dossiers de ces sièges,

Page 1