‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 175 sur 306 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

î/évêque répondit au prieur par ce billet, écrit en latin : Clier Confrère ,

Il n'j a pas de conseil plus salutaire que celui-ci : Que TOtre prélat revienne au plus vite, à moins qu'il n'ait la conscience de quelque chose.... Que s'il ne veut pas revenir, j'aimerais mieux ,me concerter avec vous ouvertement que par lettres, au sujet de ce qui paraitrait expédient pour la conservation de votre monastère. En attendant, que votre Fraternité veuille bien se souvenir de moi , et me rappeler dans ses prières. ttapidement : le i" mars IÎJ78.

Matthieu Mocllart, Évéque d'Arras.

De leur côté, MM. de Meermont et d'Estrées, qui étaient à Anchin , prévoyaient tout le mal qui devait résulter de l'absence de l'abbé, et ils lui écrivirent :

Monsieur,

Ayant receu vostres , le sieur Désirées et moy avons été fort marris d'entendre que les affaires qui vous retiennent par de là ne vous permectoient eucore de retourner en votre maison , et ce d'autant que votre longue absence ne peut causer que grands inconvéniens i tous les vôtres par la sinistre opinion que quelques mal veuillans en pourraient concepvoir, ayans ceux de la cour déjà envoyé icy le sieur de Coupigny, pour entendre la cause de votre absence. Selon que j'estime vos religieux plus au long vous mander, lesquels ne désirent chose plus ardemment que votre retour aflin de copper broche et oster toutes occasions ausdits de la cour, de ne rien altérer en vostre maison, ce que nous craindons devoir advenir, sy bientost retournant il ne vous plaît obvier a tel mal lequel vous laisseroit toujours quelque regret ; qui est cause que rechef le sieur Désirées et moy vous pryons tant instamment que faire pouvons et devons que ne di (Terrez plus longtemps a retourner, ains qu'incontinent vous voeuillez mettre en chemin pour le bien et tranquillité de nous tous en remectant ce qui vous reste là à despescher de vos affaires à aultr* temps plus opportum, estant celles que nous avez laissées beaucoup plus hastées et de plus grande importance; desquelles votre repos et ecluy de plusieurs en dépend. Vous pouvant tenir asseuré que votre retour s'il vous plaist l'accélérer, comme espérons que ferez, effacera incontinent tous soupehon et se porteront vos affaires à votre contentement et de tous les vostres , dont nous vous prions ne faire aucune double, nous recommandons de bien bon cœur sur ce à vous , prions Dieu , etc.

Dans beaucoup de villes principales de la Belgique, le prince d'Orange avait assuré la puissance de son parti par des changements et des destitutions , en plaçant de nouveaux magistrats favorables aux projets des huguenots : mais d'autres villes, qui n'avaient pas subi ces métamorphoses , comme Douai, Arras, Cambrai, Tournai , étaient restées fidèles au parti catholique , et avaient conservé leurs privilèges; aussi, étaient-elles particulièrement recommandées à la surveillance des officiers du prince. Ce fut par les avis et sur les dénonciations de M. de Sle Aldegonde, de Taffin , et de Theron , agents pernicieux du prince calviniste, que beaucoup de magistrats et d'hommes les plus honorables furent persécutés et incarcérés, entre autres à Douai , M. Ilodenosne, envoyé juridique du roi, et M. Dossignies; ces deux gentilshommes d'une vertu irréprochable , courageux défenseurs de la foi catholique , furent jetés en prison , sous prétexte qu'ils auraient eu des relation* avec le sieur Warlein ou Warlim de Latour. Ce Latour, dont nous avons déj't parlé, était un objet d'animadversion et de terreur pour les hérétiques, qui avaient éprouvé en plus d'une occurrence, qu'à part les désordres condamnable? de sa vie, il était d'une grande capacité et bravoure à la guerre; aussi avait-il été forcé de s'exiler.

328 ABBAYE D'A NCHIN.

Vers ce même temps, l'évêque d'Arras avait résolu de procéder à la collation des ordres dans la ville de Pecquencourt ; et comme il avait manifesté cette intention au prieur d'Anchin , qui fortuitement se trouvait à Arras, celui-ci, vigilant gardien des droits et privilèges de l'abbé, avait cherché à faire comprendre au R que l'autorité et juridiction épiscopah sur l'église de Pecquencourt appartenait au prélat d'Anchin , et que personne , sans la permission de cet abbé , ne pouvait procéder à des actes solennels. Par ces motifs , et pour que par une démarche officielle et publique il ne fût pas porté préjudice à la juridiction du révérend , il suppliait l'évêque d'ajourner l'époque de la bénédiction et de l'ordination jusqu'au retour de l'abbé, d'autant que le village de Pecquencourt n'aurait pas pu facilement , et sans grande incommodité , loger et héberger tant d'hôtes : ceux qui devaient être ordonnés, et ceux qui nécessairement devaient les accompagner. Ou bien , que si l'évêque persistait dans sa décision , il l'engageait plutôt a faire les promotions dans le temple même d'Anchin et comme en qualité de formaire 1 ou Père spirituel , selon ce qui est prescrit par le concile de Trente. Mais nonobstant ces observations , et malgré les prières du prieur , l'évêque persista , et il fit mettre des affiches sur les portes des églises de son diocèse , pour annoncer que la cérémonie se ferait à Pecquencourt.

Lorsque le prieur connut la résolution définitive de l'évêque , il se mit en mesure de garantir les droits et privilèges de l'abbaye d'Anchin , et de mettre sa propre responsabilité à couvert. Pour cela il s'adressa aux professeurs et docteurs les plus notables de l'Université de Douai , et aux hommes les plus versés dans le droit ecclésiastique et les plus capables de le renseigner sur cette question , savoir : si et comment, en l'absence de l'abbé, l'évêque pouvait, sans porter préjudice aux droits et privilèges de l'abbé , conférer les ordres dans l'église de Pecquencourt , s'il pouvait y donner solennellement la bénédiction, et s'il pouvait y être reçu officiellement et avec les cérémonies de la joyeuse entrée? Le savant professeur du collège d'Anchin , Jean Durei , écossais de nation , le même qui dans la suite s'est fait remarquer par ses écrits contre les hérétiques et par la sainteté de sa vie religieuse, et qui, comme son frère chéri , professa dans les collèges des Jésuites, à Paris et à Montpellier; le licencié Philippe Delval, conseiller de l'abbaye d'Anchin , qui avait étudié spécialement la matière , et qui a pu , mieux que qui que ce fût, appuyer, dans un mémoire détaillé, son avis sur la connaissance particulière qu'il avait des titres du monastère ; les docteurs les plus savants et les plus recommandables de l'académie de Douai , dans une consultation signée du docteur Bauduin Vanderpiet et du docteur Georges Priclius , tous furent unanimes et opinèrent en favenr de l'abbaye d'Anchin. 11 en fut de même des docteurs de l'église N.-D. de Cambrai, les plus versés dans la science et la pratique du droit, et qui donnèrent une consultation motivée et terminée par ces conclusions :

1° Que le révérendissime évoque n'était pas en droit de conférer les ordres sacrés à Anchin , à Pecquencourt, ou autres lieui soumis à la juridiction de l'abbaye d'Acchin. Que si, en l'absence de l'abbé cependant, l'évêque prétendait les conlérer, les prieurs et moines de l'abbaye

' Formariut, dignlla» In monartcrlls, qui t'i» bonis sit forma, ut loquîlur S. Fcreoln» In Reguln, cap. 17. Und* nomen id est, qui ctclcria monaclis vilœ aux ralionc pwluccat , etc l'èie spirituel, Ui In rvgula saneli Benedl«ti. — S Fercolus, deto cap. Sam port ipsum quem diximtu prapositum qui m bmis tit forma , statuimut , reijularem fnrm-ire form trium: ul fueilius adjulorio illo subjeeto abbas , oui nomtn pater est ubtrts fnulu» mata d' ptrfaiwnc duiaum fiiiorum, rte.

liloss Ducangc , ad v. fvnnariu*.

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