‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 177 sur 306 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

letc el les membres; qu'il n'était venu au contraire que pour apporter la paix et la concorde.

Le prieur répliqua et dit qu'avec la grâce de Dieu , il ferait en cette circonstance tout ce qu'il était en lui et selon les devoirs de son office; que les frères d'Anchin étaient des fils obéissants et dévoués à l'exacte observance de la discipline monastique.

L'évoque ayant donc été reçu comme il l'avait souhaité , au son des grosses cloches, le prieur chantant les répons De Trinilate, on se rendit à l'église, le chantre entonna le Te Deum , puis le prieur dit le Salvum fac servant tuum , avec la collecte Prolende famulo tuo; après quoi, l'évêque se levant, et la main étendue vers l'autel, donna la bénédiction. Le lendemain, samedi 15 mars 1578, le R procéda à la cérémonie de l'ordination ; dom Jérôme Buzelin fut consacré prêtre ; F. Jacques Boucqueau fut élevé au diaconat , et les^frères Gérard Gauthier, Ponlus Hirchoux, Erasme Grumeau, furent faits sons-diacres.

Le dimanche suivant, après la grand'messe, l'évêque se rendit à l'auditoire ou salle du chapitre , et en présence de tout le couvent assemblé , et debout , il fit un discours en français pour remercier de nouveau les frères du bon accueil qu'il en avait reçu ; il rappela les titres que l'abbaye d'Anchin avait à son affection particulière, ce monastère ayant ou dans son sein plusieurs de ses ancêtres, deux de ses oncles , dont l'un avait été prieur d'Aymeries avant que d'être élevé à la dignité d'abbé du monastère d'Haumont, et son frère chéri dom Guillaume Moullart, appartenant actuellement à la famille d'Anchin. Et après avoir exhorté les frères à se tenir bien unis, à se renfermer strictement dans les devoirs de la discipline et de la vie religieuse, afin de sauver leur maison et la tenir à l'abri des impies, il leur promit de sa part toute faveur, secours et assistance; il les engagea à rester soumis pour les choses spirituelles aux quatre Pères de l'ordre , et pour les choses temporelles, à s'en rapporter avec confiance à ceux qui avaient été institués dans les offices du comptoir pour administrer le temporel, non-seulement lorsque l'abbé était présent, mais encore et à plus forte raison lorsqu'il était absent. En preuve de ce qu'il n'avait entendu porter aucun préjudice aux droits de juridiction de l'abbé, ni aux privilèges de l'abbaye, en conférant les ordres majeurs dans le chœur de l'église d'Anchin , et en requérant d'être reçu solennellement par les moines, il présenta au prieur une procuration de l'abbé , des termes de laquelle il résultait que, lors de sa première entrée, l'abbé seul avait reçu l'ordinaire et lui avait prêté seul obéissance, et non pas les religieux, qui ne doivent obéissance directe qu'à leur abbé seul, duquel ils peuvent appeler à Vévèque lorsqu'ils sont lésés. Enfin, sur la demande du prieur et des religieux, le R" délivra ces lettres de non-préjudice :

Nos, Maltheus Moullartius , Dei et apostolica; sedis gratiâ episcopus Atrebateosis , omnibus has litteras visuris in Domino «ilulem. Notum facimus quod cum staluissemus noslrum primum mgressum in hoc monasterium Aquicmclense solemniler more pradecessorum nostrorum liabere, atque in eodem die sabbati ante dominicain (Judici), générales ordines canferre et a vencrandis fralribus el relîgiosis ejusdem monasterii, nobis eipositum foret metuere se ne in uno vel alio actu privilegiis ejusdera monasterii abbatis vel conventùs ad banc rem pertinentibus prayudiearelur , prescrlim in absentiâ dicti abbalis, ideirco decrevimus et nobis in illis prospiccre litteras bas sub noslris signaturâ et sigillo parvo ob carentiam majoris cooeedendo. Quibus cunclis palere possit nos oulio modo intendisse eorum privilegiis per unum vel alterum actum praîjudicare et cas» u quo judicio virorum doctorum super hujusmodi diflicultatibus peritorum depre-

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henderemur quippiam prayudicit dicto manaaterio vel supposais ejusdem intulisse, pollicemui in fide boni viri ac prœlati nos daturos litteras nostras aulhenticas nooprayudicii in forma amplissimâ et abundè cavisse videamur prefatis privilegiis. In quorum fidem omnium huir carthulœ in dicto monasterio , subsignavimus necnon noslro minore sigiilo corroboravimus.*

Die decimâ sexlâ martii anno Domioi millesimo quinquagesimo septuagesimo octavo (in mars 1378),

m atthbi's MoiLLARTiis, Alrebaten. episcopus, etc.

Pendant que l'évêque était à Anchin et y conférait les ordres sacrés , d'autres événements se passaient à Arras, où 'les huguenots exerçaient leurs persécutions et où il se commettait des actes d'usurpation et de violence. Le prieur de St-Vaast , dom Jean Sarrazin , y avait été imposé comme abbé , contre le droit et la justice , puisque dom Jacques de Marquay , sous-prieur de ce même monastère , après avoir été désigné par le roi , avait été régulièrement élu par les libres votes des frères , dont l'évêque lui-même, assisté de l'abbé Warnier, avait recueilli les suffrages. Mais c'était un moyen de faciliter les exactions et les extorsions qu'exerçaient dans le couvent les nouveaux officiers du magistrat imposés par le prince d'Orange. C'était dans le même but qu'un autre prieur de St-Vaast et qu'un préfet des greniers avaient été jetés dans les prisons, de même que le furent aussi une foule d'ecclésiastiques, de nobles, de bourgeois et de citoyens d'Arras les plus recommandâmes.

Le bruit en étant parvenu à Anchin lorsque l'évêque se disposait à partir pour s'en retourner avec son officiai Merlin ; celui-ci excessivement troublé par la frayeur crut qu'il était plus prudent pour lui de prendre les devants et de courir tout de suite à Arras , ce qu'il fit , partant de grand matin , sans prendre congé du prieur, et sans prévenir l'évêque. Mais cette précipitation ne lui profita point , car à son entrée dans la ville, il fut assailli , maltraité et blessé à la tête par des soldats qui l'emprisonnèrent sur les ordres des quinze hommes du magistrat, institués par le prince d'Orange.

L'évêque , qui s'était mis en route un peu plus tard , rencontra un messager envoyé par ses amis qui le prévenaient du danger; sur cet avis l'évêque changea de route, il se dirigea vers la frontière de France, et s'arrêta à Vaucelles pour attendre de nouveaux renseignements. 11 apprit bientôt que des émissaires étaient à sa recherche. Alors, afin de se mettre en sûreté, il passa en France, et il arriva à Amiens le 27 mars 1578; de la, il écrivit aux Etats-généraux d'Artois, pour se justifier des accusations portées contre lui, ce à quoi il parvint facilement, et il fut rappelé aussitôt; mais redoutant tout de la tyrannie des hérétiques, et ne voulant pas s'exposer à une longue détention dans d'affreux cachots, ce qui était pire que la mort , il resta à Amiens.

De son côté, l'abbé Warnier, qui avait quitté Paris, était revenu demeurer à Péronue, attendant que les événements et la fin des malheurs du pays lui permissent de revenir auprès de ses frères d'Anchin. Mais lorsqu'il apprit la fuite de l'évêque d'Arras, il fut de nouveau frappé de terreur, et rebroussa chemin vers Paris; puis il écrivit au prieur, pour lui dire que les affaires qui avaient nécessité son départ n'étant pas encore terminées , il était obligé de différer encoro son retour qu'il lâcherait de hâter le plus possible.

t,es affaire? dv noire voyage, disait-il, n'ont encore receu tel progrès et adtaqchement ,

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