‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 178 sur 306 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

que pour pouvoir comporter noire retour ; ce que nous adviserons de diligenter le plus qu'il nous sera possible et d'y pourveoir, en sorte que nous porrons être de brief chez nous... Et sur l'attente que j'ay de m'exposer en brief en chemin pour mon retour, vous me ferez admener ma monture ordinaire avec un autre cheval pour servir de porte-malle. Au reste, comme notre absence auroil j\ duré l'espace d'un mois avec trois chevaux pour la plus part du tems et que cependant le peu d'argent que nous avions apporté quant et nous n'est pour furnir aux frais de tel voyage, à raison que nous estimions avoir plustôt expédié nos affaires, vous adviserez de nous faire tenir quelqu'argent pour satisfaire tant aux dépens précédents que du surplus de notre voiaige , etc.

Mais, malgré ses promesses et sa bonne volonté, la peur fut plus forte que le désir que l'abbé avait de revenir à son poste , et , disons-le , la peur fut plus forte aussi que le devoir. Ni les lettres qu'on lui écrivit , ni les avertissements qu'on lui donna , ni les représentations qu'on lui fît , rien ne put le décider. Le prieur avait tenté une démarche qu'on pensait devoir être décisive , il s'était transporté à Péronne , muni de lettres le^plus pressantes de la part d'hommes puissants , des parents de l'abbé et d'amis du monastère , ainsi que de prélats de divers couvents ; mais rien, nous le répétons, n'avait pu persuader Warnier de Doure de revenir à Anchin ; il n'osa mémo pas rester à Péronne. Le prieur à qui il n'était pas possible de différer détantage, surtout à cause des fêtes de Pâques , qui étaient prochaines , dut précipiter son retour au monastère.

Donc, l'absence du prélat paraissant devoir se prolonger indéfiniment, il devenait indispensable de pourvoir au gouvernement et à l'administration des affaires de l'abbaye. L'archiduc Mathias donna, à cet effet, par lettres closes, a M. de Coupigny commission d'administrer l'abbaye et de recevoir les comptes des préfets du comptoir.

Certain bruit courait que cette commission était vivement sollicitée par quelques personnages attachés au parti du prince d'Orange : les uns , étrangers à la maison , qui voulaient en l'absence du pasteur s'introduire dans le bercail; les autres, appartenant au monastère, qui aspiraient à se faire nommer à la place de l'abbé. Pour couper court à ces prétentions , on dressa l'acte définitif par lequel le prieur et les administrateurs du comptoir acceptaient, au nom du couvent, M. de Coupigny, comme commissaire délégué par Son Altesse.

Tout irrégulier que fût, et quelque préjudiciable que pût être aux intérêts spirituels et temporels de l'abbaye, ce parti auquel on se résignait d'introduire dans le gouvernement du monastère un laïc, et, qui plus est, un homme de guerre; encore valait-il mieux , en attendant le retour de l'abbé , avoir à faire à un ami , et qui était comme de la famille, que d'avoir à subir les ordres brutaux et les actes malveillants de quelqu'étranger hérétique, ou que d'exposer le monastère d'Anchin à tomber aux mains de quelqu'un de ces moines intrigants, qui, à la faveur des troubles et du désordre espéraient s'insinuer et s'emparer du siège abbatial , ainsi que nous verrons que cela eut lieu.

L'acte d'acceptation ou de reconnaissance avait été rédige par le notraire Taffin , et dans ces termes :

Sur ce que le sieur de Coupigny, continuant la cherge de Son Altesse, a déclaré ce jourd'hui aux prieur «t sous-prieurs, chapelains et autres de la cherge et clos abbatial d'Anchin et du comptoir, que sa dite Altesse l'avoit commis (suyvant ses lettres) à l'asseurauce et protection des biens de la dicte abbaye et joinclemcnt que sa dite Altesse, pour l'absence du prélnl et abbé

Itl

la tenoit en sa conservation et tous les biens. Le dict sieur de Coupigny a commandé aux susnommés , pour et au nom du corps de la dicte abbaye et leur cherge, i y verser en sorte telle que Taire doibvent et que tenus sont , pour leur aliment seulement, sans en distraire deniers ou biens que soit , n'est pour la nourriture et despense de la dicte maison et abbaye d'Ancbin et en tous cas, eux descherger en sorte telle que le susdit sieur de Coupigny n'en ressente (pour effectuer son ordonnance) cherge. Sur quoy , parlant par la bouche dudil prieur pour tous les susnommés et dudit comptoir, a esté respondu qu'ils sont prêts (comme toujours ils dient d'avoir esté ) obéir à ce que leur sera et est ordonné de la part de sa dicte Altesse cy dessus et le devoir incombant à leur cherge.

Ainsi faict, proposé et respondu , le -i d'apvril 1378, en hi dicte maison et abbaye d'Anchin.

Présents, Hector de Daure, chevalier, seigneur deMeermont; Jacques d'Ongnies, chevalier, seigneur d'Eslrées et autres endroicts ; Pierre Tanin , notaire roial de la résidence de la ville de Douay, subsigné

p. TAFFIN.

Toutefois, cette commission, par laquelle on remettait à la discrétion d'un laïc l'administration et les intérêts du monastère , ayant paru au prieur une chose grave qui pouvait tourner au préjudice de l'abbaye , en prévoyance de l'avenir , pour mettre sa responsabilité à couvert , et afin de sauvegarder les droits des religieux officiers du comptoir, il adressa à M. de Coupigny cette demande :

Monseigneur ,

Pour éviter au changement de Testât de notre maison et l'altération du repos d'icelle qui adviendroit , si par advanture Son Alleze en commecloit l'administration et gouvernement à quelque estranger, nous sommes ad visés de faire dresser par escrit une requeste à sa dicte Alteze , tendant à ce qu'il lui plaise continuer en l'entremise des affaires de notre maison, les commis au comptoir d'icelle , lesquels en tous temps en ont eu maniement. N'ayant toutefois voulu passer oultre à la présentation de la dite requeste , sans premier l'avoir communiquée & votre seigneurie, pour entendre si elle la trouvera deuemenl dressée en tous les points, dont nous la prions nous vouloir ad viser. El sy elle trouvera bon qu'en toute diligence nous l'envoyons en court par le seigneur de Meermont qui s'offre , votre seigneurie le trouvant bon , nous prester en ce sa peine et luy mesroe aller à Anvers pour la présenter , qu'y a esté cause qu'avons envoyé votre archier vers votre seigneurie pour la supplier nous vouloir sur ce mander son intention , et de continuer toujours ses faveurs accoutumées. Prions Dieu , Monseigneur, la combler des siennes saintes et luy donner en santé, heureuse et longue vie, nous recommandans bien affectueusement à la bonne grâce d'icelle.

D'Anchin, ce yih d'apvril 1578.

Le prieur, dans des entretiens qu'il avait eus avec M. de Coupigny, lui avait fait entendre qu'il n'était pas tout-à-fait rassuré, et qu'il était contrarié d'être obligé d'en venir à cette nécessité. Le gentilhomme, par une susceptibilité exagérée v se trouvant blessé des paroles du prieur , ne voulait plus se charger de la commission ; et ce ne fut qu'à grand peine et à force de sollicitations qu'on parvint à l'apaiser, et qu'il se décida à accepter.

Néanmoins, en l'absence de l'autorité légitime du prélat, le bon vouloir de M. de Coupigny, ni même les bonnes intentions de l'archiduc Mathias, ne purent suffire à protéger l'abbaye contre les exactions et les désastres de toutes sortes qui affligèrent la maison et l'église d'Anchin. Dès le 25 d'avril , le seigneur dïnchy , gouverneur de la citadelle de Cambrai , et principal fauteur des Français et des (lueux de la Belgique, en vertu d'une autorisation qu'il avait obtenue de l'archiduc Mathias, frappait le monastère de contributions considérables en grains, en argent pour la solde de ses troupes, en bois pour les fortifications de la ville de Douai, etc.,

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