‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 179 sur 306 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

sans compter les dégâts occasionnés par les passages et les logements des soldats dans les domaines de l'abbaye. En outre, le seigneur d'Inchy prétendait obliger l'abbaye à subvenir aux frais de la restauration de l'église de son village d'Inchy alléguant la promesse que lui en aurait faite le révérend avant son départ. Telle est la lettre de ce seigneur , qui s'est retrouvée dans les archives d'Anchin :

Messieurs les commis .

Ayant entendu que le récepteur d'Anchin s'acheminait vers là; je J'ay bien voulu accorapaigner Ûe ce mot pour vous prier que suyvant la promesse que m'a faicle M. d'Anchin avant son partement, vous veuillez adtiser à me mander la somme que voldrez employer pour la reedilication du cha>ur de l'église de mon village d'Inchy, duquel luy en avoy envoyé un project.

A tant Messieurs n'estant cette pour aullre , je prierai le Créateur vous donner sa grâce , me recommandant bien fort a la vostre.

De la citadelle de Cambray, ce xxiv* d'apvril 1578, votre bien bon amy à vous faire plaisir.

Je vous prie , Messieurs , que j'en puisse avoir brieve reponce.

Ces calamités, qui étaient l'effet des rigueurs ou des nécessités temporaires de la politique , avaient leurs causes en dehors du monastère , elles n'auraient été après tout que passagères et auraient pu se réparer par la suite ; mais ce qui était plus grave, c'est que l'esprit d'indiscipline et d'ambition avait pénétré dans le couvent , il y fomentait des agitations et des révoltes ; et les atteintes portées aux principes constitutifs de Tordre et aux règles les plus essentielles de la vie religieuse, devaient produire des scandales et des maux irréparables.

Or la résolution que le prieur et les anciens de l'ordre , dans ce cas de nécessité urgente, avaient prise de recevoir comme intendant administrateur des biens de la communauté M. de Coupigny , gentilhomme d'ailleurs tout dévoué aux intérêts de l'abbaye , de plus , parent et ami de l'abbé Warnier , cette résolution devint le prétexte d'agitations et de troubles parmi les frères dans l'esprit desquels avaient germé les semences qu'y avaient jetées quelques ambitieux et brouillons. On était parvenu à exciter les frères même les plus sages et les plus paisibles. On avait éveillé des inquiétudes dans l'âme honnête de ces bons religieux, qui avaient vu avec peine que contrairement à ce qui s'y était toujours» fait, une abbaye d'un si grand renom et d'une si grande importance fût gouvernée par nn séculier. On était disposé à faire mauvais accueil à M. de Coupigny; et pour apaiser les scrupules , le prieur différa de quelques jours la promulgation de la lettre de commission , et jusqu'à ce qu'il eût reçu une réponse des docteurs compétents , à qui il avait adressé cette question , savoir : « Si en l'absence de l'abbé , un » administrateur , dans les conditions où se trouvait M. de Coupigny , pouvait selon » le droit et l'intérêt du monastère être reçu?» Ce à quoi les docteurs répondirent de manière à lever tout scrupule. Voici cette réponse, qui avait été (aile en latin, et que nous traduisons :

Après avoir bien examiné la question qui nous est posée de la part de certain monastère, en l'absence de l'abbé , k savoir : S'il convient «□ droit à ce même monastère, et s'il est à propos de s'opposer à la commission donnée par la cour i un laïc noble! Il a paru aux soussignés , eu égard aux circonstances du temps, qu'il ne serait eu aucune façon raisonnable, que même il serait dangereux et pernicieux, pour le susdit monastère, de s'y opposer; d'abord, pareeque 1 ce n'est pas chose nouvelle ni contraire à l'opinion des docteurs et interprètes du droit pontilical, que l'administration des choses temporelles puisse quelquefois être commise à des laïcs, ainsi que le témoigne le docteur Panormilain (Nicolas Lodesclii), (î/om. ad cap. unie,

ABBAYfc) D'ANCHIN.

de syndic , n° 3, où il appelle du nom de castaldi*, gardiens de l'église ou du monastère, de pareils admiuistrateurs laïcs. Et ensuite, parce que celui qui a la condition de noble, est censé être un homme sage ut ami et protecteur du monastère, et que comme tel il doit avoir le vif et sincère désir que les affaires et les intérêts de ce monastère soient garantis et gardés. Joint à cela que, ce gentil-homme étant puissant et en faveur à la cour, il pourra en beaucoup de choses être d'une grande influence pour conserver les biens et les avantages du monastère , et qu'au besoin .il pourra le protéger et prendre sa défense contre tout agresseur. Qu'enfin, quand ces motifs n'existeraient pas, il ne servirait à rien de résister. Qu'attendu l'état des choses et les temps où l'on est, et toutes les circonstances étant bien considérées, le monastère , par la résistance , se jetterait dans des difticultés et des périls graves qu'il est sage d'éviter, il faut s'en tenir à une prudente patience. Ainsi délibéré à Douai, le 20 mai 1378.

Soussigné: J. Dubuisson, docteur en théologie; Boèce, docteur en droit et en théologie; Ricard White, docteur in ut roque.

Le prieur donna connaissance de celte lettre aux frères assemblés dans l'auditoire, le 27 de mai 157$. Après quoi il se retira. M. de Coupigny produisit sa commission dont M. Roze, conseiller de l'abbaye, donna lecture, ainsi qu'il venait de le (aire de la lettre des docteurs.

Or, cette commission , conférée à M. de Coupigny, pour l'administration des biens temporels, par lettres closes, émanant de l'autorité de l'archiduc Matbias, était ainsi conçue :

Son Alteze, ayant par le rapport du seigneur de Coupigny ouy, que desja est donné ordre à l'administration des biens et revenues de l'abbaye d'Anchin , a commis et autorisé, commect et autorise ledit seigneur de Coupigny, capitaine de ses hallebardiers, pour prendre, ouyr et examiner les comptes de ladite abbaye, et en faire d'iceile rapport au conseil d'estat pour en après ce qui sera trouvé avancher ou rester, estre apporté ès mains du tresorrier général des estais pour estre employé à la défense du pays et la cause commune. Aulhorisant et comectant en oultre le dit seigneur de Coupigny, pour avecq les quatre dénommés à la superintendance du comptoir de ladite abbaye, faire les retentes et rédemptions des grains avec les censiers et fermiers à prix raisonnables, usant de modération sy avant que de raison ; ensemble pour donner à nouvelle ferme ce qu'il trouvera expédient de rebailler tant les fermes expirées que à expirer durant sa dite administration , et généralement tout faire que trouvera, pour le plus grand bien et advanchement du revenu de la dite abbaye , nécessaire convenir et tout ce par provision , dusques à ce que aullrement sera ordonné faire. Soubs notre nom et cachet de sa majesté en conseil d'estat, le vne de may 1378.

A la lecture de cette commission , lecture pendant laquelle M. de Coupigny s'était retiré , les moines furent fort étonnés , et ce n'est qu'après être restés quelques instants interdits et muets qu'ils se consultèrent entre eux. Puis, on invita M. de Coupigny à rentrer; et Pierre Passct, prenant la parole au nom des frères, dit qu'il n'était ni juste ni convenable qu'un séculier administrât les affaires du couvent, même avec le concours des religieux députés du comptoir , que ces religieux étaient les seuls à qui , d'après l'ancien institut et la coutume constante du monastère, l'administration appartenait, lors même que l'abbé n'était pas absent. Il ajoutait que toujours il en avait été ainsi , qu'en conséquence ils entendaient que ce fût un religieux qui eût la surintendance de l'administration. A cela M. de Coupigny

1 Gattaldut, tastaldus. Sic appellant Longutardl locorum, prœdtorum, ne villarum pnefoclo*, rcrum domiutcorum adore», procurateurs, ndmimstnilores, villk-os. Gattatdeus , rector l»cj. — Si quis aulaldeus aut acl'jr rrgi» cwiKiii regia lialicn* nd ijijhcrnnndiim , etc.

Durante, Mots.

Page 1