CHAPITRE XXIX
Quant à l'abbé Warnicr , il ne croyait pas que le danger fût si imminent , et ignorant les menées coupables de quelques-uns de ses religieux, il continuait d'écrire pour donner des ordres ou pour se concerter avec le prieur, au sujet de l'administration et du gouvernement de l'abbaye , concernant les soins intérieur? de la maison, les admissions dans Tordre, les avancements, les mutations, les attributions d'offices, les baux à passer ou à renouveler, etc.; tout cela ne disait pas qu'il fût décidé à revenir encore , quoiqu'il manifestât le désir et l'espoir d'effectuer prochainement ce retour, et que même il eût demandé qu'on lui cuvoyàt à cet effet son cheval et de l'argent. Cependant le prieur n'avait négligé aucune démarche, aucun moyen de le déterminer, soit en se transportant de sa personne, ainsi que nous l'avons vu, et à travers les dangers, auprès de l'abbé lorsqu'il était à Péronnc, soit en lui écrivant lui-même ou en lui faisant écrire par des parents , des amis et des hommes influens , par les prélats les plus vénérables , par l'abbé de St -Vaast , Jean Sarrazin ; par l'abbé de Marchiennes, Arnould Gantois; et même par l'abbé d'Hénin-Liétard , de l'ordre de St- Augustin, Bauduin de Glen *, qui lui écrivit une lettre fort remarquable et fort étendue, où il le sollicite par tous les arguments de la raison, par les expressions de la plus vive affection et avec toutes les ressources d'une éloquence entraînante \
Rien n'avait pu déterminer l'abbé à revenir, pas même l'avis pressant, que lui avait donné le prieur Fr. de Bar , lorsqu'il eut appris qu'une demande formelle avait été adressée à la cour par un moine du couvent pour se faire investir , nonseulement de l'administration , mais qui plus est , de la dignité abbatiale d'Anchin. I^e prieur, en effet, avait acquis la certitude que pareille supplique avait été présentée par le frère Joachim Zoette ; et il s'était empressé d'écrire cette lettre , et de l'envoyer à l'abbé après en avoir donné lecture en plein chapitre :
Monseigneur ,
Ayant esté arlverlis que le xxu* du présent mois l'on auroit présenté quelque requeste en court sous le nom de notre convent aflin que pour l'absence de votre paternité, on eut à nous pourveoir d'autre preslat, nous avons assemblé tous nos religieux pour entendre si la dite requeste auroit esté par eu x portée. Surquoy ils ont fait réponse que non , et qu'ils n'en avoient eu congnoissance , dont nous avons envoyé acte en court sous la signature de nous tous ( voir cet acte plus haut), unanimement, ils nous ont requis de prier de nouveau votre paternité qu'il lui pleut nous mander sa dernière résolution sur le faict de son retour, pour en cas de ne vouloir retourner, eux conseiller de ce qu'ils porroient avoir à faire, pour le bien de leur monastère et conservation de leur ordre et religion. Nous supplions humblement et auilant que faire povons votre paternité quil lui plaise nous revoir incontinent, cestc veue, aflin d'éviter le grand désastre qui nous menace; porquoy nous eussions depesché messager exprès vers votre paternité, n'eust esté que Monseigneur maître Jean Durcy s'acheminoit ver» elle.
Quy sera l'endroict où nous finirons cesle avec nos humbles révérences à votre paternité , laquelle nous prions Dieu , Monseigneur nous conserver lougtemps en santé et lui donner en
icelle longue et heureuse vie. „
D'Anchin, ce dernier d'apvnl lîiiB.
Par hasard , quelque temps après tombèrent entre les mains du prieur de Bar
» Baudoin ii de Glen. dArra*. crt aiil.ur de plnslciin ouvrais recommandai).™ : Serin et monarchia rrgum Hùpnniœ. - Bclgitr drtinraiw et transmigrât™ ad principes custnacos. — Htstorta abt>alum ntn- RMcnuti momuterii, manuscrite colés dau* la biljIMheque royale, n- &IS3. - Catalan* abbatum monauer* Elnonensit (St-Amand). Il a lalsté encore d'autres Ma. Voir Gallio Christ t. 3; et aussi . Hut. dHintn-L^ta.d, de SI. nancoim*. Mém. de la Soc. d'anricult. de Douai, années I8i;.-IR4«.
» Cette lettre cal transcrite en entier duns le M*, de Fr. de Bar. n- ;U du catal. de M. Outh.llœul.