‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 185 sur 306 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

reçues, notamment île l'abbé Arnould Gantois, de Marchienncs, et de celui de Saint -Vaast, Jean Sarazin ; c'est qu'en effet ces prélats leur avaient donné de sages conseils tout-à-fait en opposition aux vues ambitieuses des brouillons et des séditieux.

Pierre Passct, qui était un des plus arJens instituteurs, employait tous les moyens d'influence pour entraîner, non-seulement les frères conventuels, mais aussi les religieux des prieurés , ainsi qu'en font foi toutes les lettres écrites qu'il avait adressées au prieur d'Hesdin et aux autres prieurs et frères forains. Dom Juste Probe, prêtre séditieux et plein d'intrigues, et qui était fort animé aussi pour cette conspiration, quoiqu'il fût un nouveau venu, rédigea, avec l'assistance du docteur Pontanus , une sorti; de formule de réponses ou instruction pour les commissaires qui seraient chargés de présenter la requête. On voit, dans le manuscrit de François de Bar*, un mémoire fort étendu , où le prieur de Bar réfute ce factum de Probe et du docteur Pontanus. Joacbim Zoelte , qui était le plus intéressé au succès de l'affaire, laissant de côtelés soins du prieuré d'Aymeries , était presque constamment à Douai , où il avait quelques-uns de ses protecteurs, M. de Malboutry, le seigneur de Lallaing et d'autres ,* et où il recevait les avis et communications que lui envoyaient les agents qu'il avait à Bruxelles, à Anvers et dans le parti du prince d'Orange.

Outre les désordres de toutes sortes et les dépenses ruineuses auxquels était entraînée l'abbaye par les messages , les négociations et les frais de séjour et de voyages , tant des conspirateurs, des prolecteurs de Zoettc et des agents du prince d'Orange, que des amis mêmes du monastère et de l'abbé , elle était en proie aux exigences d'une foule de personnages amis et ennemis , et d'agents de tous les partis qui , en l'absence du prélat, s'installaient en maîtres, et s'imaginaient qu'ils pouvaient impunément gaspiller et dilapider les biens de l'abbaye. Les factieux, d'ailleurs , faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour multiplier les causes de désordre, afin de donner une apparence d'opportunité à la requête qu'ils avaient suscitée et pour préparer le succès de leurs menées secrètes. Dans ce but, ils saisissaient toutes les occasions d'agiter les esprits et de faire naître le trouble. C'est ainsi que le frère Juste Probe refusa insolemment de se soumettre à l'autorité du prieur qui l'avait condamné à une peine légère ( la privation de vin pendant un jour ) , pour s'être dispensé , sans motif et sans permission , d'assister à la lecture de midi ; et cet acte d'insubordination devint, pour les factieux, le signal de la révolte et le prétexte d'émeutes scandaleuses.

Le prieur et les parents et amis de l'abbé Warnier, alarmés de l'état des choses et des suites funestes qu'ils prévoyaient pour la maison et pour le prélat , lui écrivirent iterativement et dans les termes les plus pressants pour obtenir qu'il envoyât sa justification , ce à quoi il se décida , mais fort tardivement. Enfin le prieur reçut de l'abbé la lettre suivante, avec le mémoire justificatif pour l'archiduc et les états, daté du 22 mai :

Prieur, j'ay reçeu ?olre lettre tendante à ce que suyvant l'adrerlissement de M. de Coupigny, je voulsisse écrire lettres à son alteze et à messeigneurs des états , contenant les causes de mon absence , avec déclaration de mon innocence , au regard d'aulcunes opinions sinistres que Fou aurait conceu de moy, et combien que aiant receu cy- devant aultres lettres à la même lin (comme savez) , je ne trouvay lors expédient de ce faire. Toutefois , respectant l'instance itérative qu'en faict le dit sieur de Coupigny, avec espoir de plus facilement povoir poursuyvre l'adresse et assistence qu'il désire faire de sa grâce à notre maison , à ce que l'on ne procède aux chan-

• Ms n« 774 du eatal! de M. DuthiUœul. p. 10S et solv

gements mentionné* en vos lettres , j'ay bien voulu y condescendre pour démonstrer l'affection que j'ay de m'employer de tout mon povoir à ce quy pourra servir à la consolation de notre monastère et au contentement de vous tous , et de nos parens et amis , aucquel effect trouverrez en ce pacquet deux lettres, l'une à son alleze et l'autre à messeigneurs des estnts avecq copie de leur contenu , laquelle je vous envoys à ce que vous puissiez avoir enthière congnoissance de ce que j'en ay escrit, et en faire part à mess" Désirées et Meermoot, mon frère , et ne tendant ceste à aultre On , je suppliray le créateur vous inspirer de sa grâce et vous conduire soubs sa main à l'exécution et praclique de ce quy est en votre charge et office , au confort de notre communaullé, aux prières de laquelle je prie d'estre affeclionnément recommandé. De Paris, ce xxi de may 1578. Vostre confrère à vous faire plaisir.

Warmbr de oalre, abbé d'Anchin.

• Au prieur de l'abbaye d'Anchin , dom Frakçois de Bah.

Copie de l'acte de justification du révérend aux états de Belgique et à l'archiduc :

Estimant assez qu'en ung siècle tant déplorable et calamiteui , ensuivy de tant d'opinions mal informées , l'on ait , selon la variété des affections des personnes , conceu diverses conjectures et conclusions sur mon absence , et craignant que , par le bruit sinistre que l'on a semé tost après mon parlement , et les advertissemenls qui pourraient estre parvenus à Votre Alteze , icelle n'ait esté occasionnée d'en tirer quelque suspicion au dehors de la vérité. I) m'a semblé expédient, pour l'obligation que j'ai à la tuition de mon honneur, de luy déclarer sincèrement les causes de ma dicte absence , laquelle estant en premier lieu advenue pour vacquer et entendre à la direction d'aulcunes affaires de notre monastère, j'auroy deppuis prolongée pour obvier aux inconveniens apparans en ma personne propre , par l'imprudence et commotion passionnée du peuple en aulcuns lieux, lequel, sur les inventions et impostures de quelques esprits pernicieux, s'estoit laissé mener à aulcunes persuasions faulses à mon regard , concernant le faict des affaires du pays. Combien que selon la conduite et conversation que l'on a peu , de tous temps , percevoir en moy, l'on n'ait eu cause ny même occasion aulcune de me noter ou suspecter d'avoir en la volenté de m'entremeclre en chose quy puisse en façon quelconque résulter au préjudice du bien , repos et tranquillité du pays. Tant s'en fault que Ton roe puisse convaincre en faict , ce que je tiens en moy avecq telle certitude de conscience que toutes le* recerches et informations que l'on en vouldra prendre , ne me pourront amener à aulcune double et crainte du contraire, mais que l'on aura bien peu congnoilre mon désir et intention avoir toujours esté de me maintenir et conserver en une paix et tranquillité monastique , selon l'exigence de notre estât et vocation et en icelle rendre peine (moyennant la grâce de Dieu) de subvenir aux afflictions du pays par mes petites prières et oraisons et celles de notre communaulté. Ce que me donnoit espoir, pour la conliaoce que j'avoye en mon innocence , qu'en cédant quelque temps à telles commotions , la vérité viendrait à deschasser telles opinions erronées. Mais entendant plusieurs persister encore ès mêmes persuasions, y joinct que la retracte de mgr le R"« d'Arras, et la détention d'aulcuns personnaiges d'Eglise depuis advenue, m'aurait donné matière de plus grande crainte ; j'ay eu consequamment cause et raison de prolonger mon absence , combien que à mon très-grand regret par le désir très-affectionné quy me tient de pouvoir (signamment en un temps tant triste et turbulent) assister et consoler en personne notre communaulté d'Anchin. Jasoit que la prudhomie , suffisance et fidélité du prieur et aultres religieux principaux, y tenons notre lieu me puissent donner repos de conscience , pour la confiance que j'ai que par leur piété , diligence et bons debvoirs , le tout y sera maintenu et conduict à l'honneur de Dieu et à la descherge de leur office. Et espérant que les choses dessus dictes considérées, il plaira à V. A. recevoir ceste pour excuses raisonnables de la dilation de mon retour, je présenteray,

Monseigneur, à la bonne grâce d'icelle mes très-humbles recommandations , après avoir supplié le Tout-Puissant de luy octroyer, en santé , longue et heureuse vie, etc....

Ces mêmes lettres, et dans la même teneur, adressées à Messieurs des états ,f portaient cette suscription : « A MM. des états-généraux des Pays-Bas de Sa Majesté. » Le prieur réunit les frères en chapitre pour leur donner connaissance de ces pièces;

Page 1