CHAPITRE XXIX. :Uo
cl auparavant il leur lut une lettre qui lui était particulièrement adressée, et dans laquelle l'abbé donnait ses ordres et ses conseils , et prescrivait aux divers officiers de la maison ce qu'ils avaient à faire dans les circonstances pour le maintien du bon ordre et de la discipline régulière.
Sur ces entrefaites , les commissaires délégués par le couvent étaient partis pour présenter à la cour d'Anvers la fameuse requête qui , sous les apparences d'intentions honnêtes, avait pour but d'éloigner de l'administration M. de Coupigny, de bouleverser le monastère, et de détruire tout ce qu'avait établi et fondé l'abbé légitime, à la place de qui on voulait mettre ioachin Zoette.
Cette requête adressée à son altesse mgr l'archiduc Malhias était ainsi conçue :
Remonslrent très-humblement les religieux et couvent d'Anchin, comme sy le seigneur de Coupigny ayt puis naguère exhibé audit convent certaines lettres closes de Votre Alteze, datées du xii de may passé, en vertu desquelles , il prétend estre receu en la surintendance de l'administration des biens temporels d'icelle abbaye et entre les quatre députés au même eflect réprésenter la personne de l'abbé absent duquel il est parent, ce que soubs correction et révérence de Voire Alteze, seroit directement contre tous privilèges et règles ecclésiastiques, d'aultanl que les dicta quatre députés sont esté apposés par ledict abbé absent , et qu'entre eux l'ung est séculier procureur d'icelle maison et à la dévotion dudictabbé absent, par où indubitablement, ils présument, la cour avoir esté grandement abusée de concéder provision de telle nature et tant préjudiciable à une maison tant principale et de toute anebienneté réputée, entre les plus honorables du pays, contenant religieux sy bien morigénés, prudens et sans aucune reprocc , de laquelle provision aussy subrepticement et obreptricement obtenue par ledict Sr de Coupigny , les dicta religieux, remonstrans, s'adreasans d'une voix à votre altèze en font leurs plaintes, supplians qu'il playse à icelle les prendre soubs sa protection et maintenir en leurs bonnes reigles anchiennes; et suyvant ce , consentir que au faict d'icelle administration temporelle soient par la commune élection du dict convent constitués au comptoir, avecq les dicts trois religieux, si comme prieur, supprieur et chapplain du dict abbé aultres deux , desquels l'ung, par l'adveu et commune élection d'icculx religieux, en aura la suprintendance , jaçoit que l'occupation des prieurs et supprieurs seroit très-mieux employée à la cousolation spirituelle des dicts religieux ; laquelle administration ainsy faietc se porra dresser avecq plus grand repos du dict convent et moindres désavantaiges de la court , que s'y le dict seigneur de Coupigny, comme suppost d'icelle et estant actuellement au service de Votre Alteze en auroit la superintendance.
i" de juin IS78.
La requête , après avoir été présentée à l'archiduc , fut remise aux commissaires revêtue de cette apostille :
Son alteze ordonne que lettres soient écrites à mess™ les pressais de SamV-"Waa*t , d'Arras et de Marchieunes, pour les informer des raisons alléguées en ceste requeste; en oultre, avertir son alteze quels religieux ils auront trouvés les plus capables pour être commis au comptoir du dict monastère , et surtout d'envoyer leurs advis à la dicte altése pour après en être ordonné comme elle trouvera en bonne raison convenir.
Ecrit d'Anvers, le xn de juin 1578.
F. D. V. soussigné Vakabssbliers.
Quelques jours après furent envoyées aux Magistrats de la ville d'Arras ces lettres de l'archiduc, ordonnant de mettre à exécution les dispositions réclamées dans la requête:
Mathias , par la grâce de Dieu ; archiduc d'Autrice, duc de Bourgoigne , etc., gouverneur et capitaine général , etc.
Très-chiers et bien aymés, nous vous envoyons cy clos la requeste a nous présentée ae ta pan
des prieurs el convent de l'abbaye et monastère d'Anchin, au dispositif de laquelle vous requérons et néanmoing de la part de sa majesté ordonnons de satisfaire ( n'eut qu'ayez cause raisonnable mu* mouvant au contre), de laquelle vous avertirez incootinaut pour après eu être ordonné comme raison el esquilé trouvera convenir.
A tant très-chiers et bien nymés notre seigneur Dieu soit garde de vous. D'Anvers, ce xxvni de juing 1578.
Mathias.
Au bat sùjnè : N. De Lille; au dos : A nos très-ebiers et bien aymés les magistrats de la ville d'Arra*.
Jusque-là il n'y avait rien, du moins en apparence , qui fût hostile à l'autorité du prélat légitime , ni même aux intentions qu'il avait manifestées dans ses lettres ; et rien ne témoignait ostensiblement qu'il pût être question sérieusement de pourvoir à la nomination d'un nouvel abbé ; aussi Warnier de Daure ne s'en était pas beaucoup ému. M. de Meermont , frère de l'abbé, Al. de Coupigny, M. Désirées et quelques amis encore luttaient à la cour contre les influences malveillantes des conseillers et fauteurs de la conspiration.
Mais , tandis que de généreuses el nobles âmes faisaient tout ce qu'il était en elles pour le bien, d'autres, inspirées du génie du mal, s'efforçaient de tout renverser. De bons et simples religieux , comme frappés d'aveuglement ou fascinés par les discours d'hommes perlides , devenaient , sans s'en apercevoir, les instruments des factieux.
Le docteur Pontanus, par l'entremise des amis du prince d'Orange , protecteur de Joachin Zoette , avait depuis peu obtenu une pension de quatre cents livres, et il était tout dévoué à la cause des conspirateurs; il suivait ardemment, avec M. Pierre de Momorcncy, seigneur de Malboutry, l'affaire à la cour. Le 6 de juillet, il adressa au couvent une lettre écrite en lutin , fort adroite et très-pressante , par laquelle il priait instamment les religieux de lui envoyer immédiatement par la poste une nouvelle supplique en bonne et duc forme , signée des frères , et dans laquelle serait formulée la demande soit d'un surintendant, soit d'un abbé. Il insinuait adroitement que , dans le premier cas ( c'est-à-dire s'ils demandaient un surintendant), on leur enverrait certainement un séculier, homme de la cour qui , comme M. de Coupigny, serait tenu de rendre les comptes à l'autorité laïque, qu'ainsi leur pétition n'atteindrait pas le but qu'ils se proposaient. Que dans le second cas ( s'ils se décidaient pour l'élection d'un abbé) , cela leur serait facilement accordé , parce que c'était le parti vers lequel la cour inclinait davantage. Les moines, dout une grande partie était de bonne foi et ne soupçonnait ]>as le piège , s'empressèrent de répondre par une lettre écrite en français , pour que M. de Malboutry * en pût prendre connaissance. Dans cette lettre, ils témoignent de leur respect envers la personne et pour les droits de leur abbé légitime , et ils protestent contre la mauvaise interprétation qu'on paraît avoir donnée à leur pétition.
Il semble (disent-ils) que nos affaires s'acheminent a ce que ne prétendions demander, ni mettre encoir en avant , comme choses surpassant les bornes de notre première requeste à son altcte , el de l'apostille sur icelle à nous donnée , joinct qu'aurions solennellement asseuré à messieurs nos commissaires , et manuellement tous soubsignés que nous ne voudrions attenter chose contraire à notre premier prétendu , tant pour ne fourfaire à la rectitude et simplicité de notre
* Il s'agit ici de Pierre de Montmorency, seigneur de Malboutry, tus naturel de Nicolas do Montmorency . seigneur de Roupy et de Nomulng.