‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 187 sur 306 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

conscience, que pour ne point eslre justement reprochabtes devant tous gens de bien, présentement ou à l'advenir, comme voulant , de notre propre mouvement et auctorité , procurer implicitement la dégradation de notre preslat auquel nous avons tous volontairement promis obéissance , etc.

Mais les malheureux s'étaient pris dans les filets qui leur avaient été tendus ; <-l ils Unirent par se laisser persuader de souscrire à la demande, soit d'un administrateur, soit d'un abbé , et ceux-là môme qui , peu de jours auparavant , écrivaient la protestation dont nous venons de parler, signaient, le 23 de juillet, l'acte de procuration et la lettre à l'archiduc , que voici :

Nous soussignés , religieui de Saint-Sauveur d'Audi in , ayans esté , ce jourd'hui xxm juillet 1578 , advertis par Pierre Montmorencby, escuyer, sieur de Maiboutry, bailly de la ville de Douay, que son alteze et conseil d'estat seroit délibéré de mettre fin aux affaires de noire maison , *oi/ pour ung administrateur, soit pour ung abbé; avons remis et remectons le tout à la détermination de sa dicle altèze et du dict conseil d'estat , donnant procure à ces fins aux sieurs Mgr. de Maiboutry et M. le docteur Pontanus , en tesmoiog de quoy avons couché cy-dessoubs nos noms et surnoms.

Faict en Anchiu , ce mesme jour et an mil cinq cens septante et huict.

Cette dicte procure servira amplement et par mesme aggrégation que dessus, tant pour chasquun des dicts sieurs de Maiboutry ou dudict sieur Pontanus . ou l'un d'iceulx. Partant, etc.

Signé dampt Philippes d'Haynin , dampt Maurice le Riche , dampt Legier Tassart , dom De Ronuières, d. Noël Fruy , d. Antoine Le Thomas, d. Louis Grenet , d. Jean Lamelio , d. Georges Goisson.d. Lietgard Gosset.d. Pierre Passet, d. Hierosmc Duzelin, d. Guillaume Moullart, d. Jean de Meere, frère Jacques Roncqueau , frère Ronaventure, de Tournay, d. Gérard Gaultier, d. Ponlbus Hirchoux , d. Erasme Grumueau.

A son alteze.

Les religieux de l'abbaye d'Anchin, très-humbles orateurs de V. A. persistent, sous la correction de Y. A. et messeigneurs du conseil d'Estat, lesquels en leur poursuite pour le service de Dieu , de ceste dicte leur bonne patrie et conservation de leur religieuse maison et biens d'icelle, exhibent cy joincte leur absolu te intention , contenant procure, signé d'eux jusque* an nombre de vingt et ung quasy prebtres, et tous résideos en ladicte abbaye , représentant tout leur convent et chapitre, hormis trois, assavoir : les prieur, soupprieur et chapelain de ledit preslat réfugié de cette patrie, lesquels favorisent sa cause incougruc aux dits religieux, lesquels procèdent simplement et de bonne foy en leur prétention pour le mainlienncmtnt de leur dicle religion, par quoy ils supplient très-humblement V. A. les pourvoir promptemeot sur leurs bonnes et justes intentions ainsy qu'elle et mesdits seigneurs du conseil trouveront convenir pour la gloire de Dieu.

En téte de cette requête fut mise cette apostille :

Son alteze commect les preslats de Saint -Vaast, d'Arras et de Marchiennes ; ensamble M. Pierre de Reutre, conseillier d'estat, pour s'informer de l'idoneilé et souffisance des religieux de l'abbaye d'Anchin , à la desserviture d'icelle, et ladite information deuement tenue et rédigée par escrit l'envoyeront à son alteze avecq les dicts avis sur les trois plus idoines et qualliliés à la dicte abbaye pour leur rescription et advis, veu en eslre ordonné comme se trouvera convenir.

Faict à Anvers, le xxvi» de juillet 1578.

I). M. Ma-huas.

La brèche était faite ; il ne s'agissait plus pour l'usurpateur que d'entrer dans lu place , de s'y installer et de s'y maintenir ; mais comme on le verra , il n'en fut pas tout-à-fait ainsi, grâces à François de Bar. Le vigilant prieur, qui connaissait la pétition de Joachin Zoette , pétition dont nous avions parlé plus haut , avait do plus appris quelles étaient les conditions du marché passé entre Joachin Zoette et le prince

d'Orange. Zoette s'était engagé à payer au prince d'Orange ou à la cour, aussitôt après sa nomination, douze mille florins. Le fait de ce marché honteux, qui était resté secret entre ceux qui l'avaient conclu, avait été affirmé avec serment à François de Bar, par le baron de Bauretz, à son passage à Anchin avec d'autres conseillers du prince d'Orange et l'abbé de Saint- Bernard d'Anvers, autre prélat aussi intrus.

Les frères conspirateurs , pour donner une apparence de légitimité à cette subrogation d'un autre abbé, montraient une assignation prétendument faite par l'archiduc à l'abbé VVarnier :

Malbias, par la grâce de Dieu, archiduc d'Autrice, duc de Bourgoigne, etc., gouverneur, capitaine-général, etc.

Révérend , cher et bien-aymé , considéré que nonobstant à vous fait par nos précédentes , n'estes jusques ores comparu ny retourné en la résidence de votre abbaye , pour illec vous employer à la charge à vous commise , et comme estes obligé de faire , vous avons bien voulu , par ceste de rechief et ceste fois pour tout , requérir et de la part de sa majesté ordonner et commander bien à certes qu'ayez à vous trouver en dedans les huict jours après la réception de la présente , en ceste ville vers nous , pour rendre compte et donner raison de votre retraicte hors de votre résidence ordinaire et hors da pays, et que à ce ne faictes faulte, aultrement et le susdit temps passé, pourvoirons et ordonnerons comme trou verrons en conseil convenir.

A tant révérend, chier et bien-aymé, prions le créateur vous tenir en sa garde. D'Anvers, ce xxiv' de juillet IÎS78.

La suteription était : A révérend père en Dieu , notre chier et bien-aymé le preslat d'Anchin.

Or jamais cette lettre de rappel ni aucune autre de ce genre n'avait été envoyée au couvent de la part de l'archiduc Mathias pour l'abbé. Mais il suffit de faire attention à la date de celte pièce (le 24 juillet 1578), pour se convaincre de la fraude. La désignation de Joachin pour la prélalure d'Anchin était chose convenue et arrêtée , avant même l'envoi des commissaires du couvent ; et le 1 8 juillet , une lettre du secrétaire-trésorier de l'archiduc , annonçant a Joachin Zoette qu'il venait d'être nommé abbé , était tombée entre les mains du prieur. Cette dépêche avait été apportée par un. • cavalier qui y avait mis tant de précipitation que son cheval était tombé de fatigue à la porte de la ville et que le porteur du message avait dû venir à pied depuis Douai jusqu'à Anchin. Le prieur reçut la lettre et remit au commissionnaire, qui en donna un reçu, six florins pour sa peine, selon la recommandation qui en était faite sur la lettre. Voici cette lettre, ou plutôt ce billet écrit à la hâte :

Monseigneur, en l'honneur de Dieu et de notre sainte religion catholique romaine , je congratule vostre seigneurie, de ce que Mgr l'archiduc, mon maître, a depuis demie heure estéservy par ma sollicitude , i la requeste des députés des bons sieurs religieux d'Anchin et de votre beaufrère, de vous créer abbé d'iilecq, pour les bons rapports et tesmoignages que luy sont esté donnés de vos vertus et spirituelle vie. Je tiendray aussy la main que soit tost expédié. A tant , monseigneur, je me recommande bien fort humblement à la bonne grâce de vostre • seigneurie , suppliant le créateur vous prospérer en son sainct service. D'Anvers en haste, ce xvi« de juillet 1878.

Kn dehors de ce WUrt cacheté, était écrit :

Monseigneur, j'ay convenu à ce porteur pour son voyage i vi florins, et s'il faict diligence, V. S. excédera de son bon plaisir, o. v. s. Bien fort humble serviteur Marcq Di»tièrb , trésorrier de son alteze. L<i iuxeription portait : \ Mgr Mgr d'Anchin, mon Irès-honoré seigneur.

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