‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 188 sur 306 · CHAPITRE XXIX. 34î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. 34î

Voilà donc l'origine de toutes les misères et de tous les scandales qui out affligé l'abbaye d'Anchin ; misères et scandales qu'il eût encore été possible d'arrêter, si les conspirateurs n'avaient pas persisté dans leur funeste entreprise et s'ils étaient revenus de leur aveuglement. Quelques-uns cependant , comme frappés d'une terreur divine et reprenant de meilleurs sentiments à l'égard de leur abbé légitime , comprirent qu'ils avaient été trompés et détestèrent la conduite des autres. Aussi étaient-ils devenus suspects aux conspirateurs opiniâtres qui les exclurent de leurs conciliabules. Au nombre de ceux qui abandonnèrent le parti de Zoette furent : Georges Goisson , Léodgard Gosset , Bonaventurc de Tourna) et Jean de Meere. Ce dernier avait été le secrétaire des conspirateurs; en effet, il peignait parfaitement l'écriture , et comme il avait été autrefois notaire de l'abbé Lentailleur, de pieuse mémoire, il était exercé à la manière de rédiger des actes et des lettres.

Cependant le prieur, en recevant le billet de Dentièrc , n'avait pas soupçonné ce qu'il contenait. 11 croyait , comme le sous-prieur et les préfets du comptoir à qui il en parla , qu'il s'y agissait seulement de la nomination de Joacbin Zoette comme administrateur , selon une délibération des commissaires délégués auprès de la cour. Le prieur se disposait » partir pour Douai , afin de remettre à Joachin Zoette le billet cacheté qui était à son adresse, lorsqu'un nouveau cavalier, envoyé par les commissaires , arriva à Ancbin, porteur d'un message annonçant la nomination d'un nouvel abbé , nomination en vertu de laquelle le monastère serait exempt , à l'avenir, de rendre compte à la cour des recettes et dépenses, à condition de payer, pour annales, la somme de douze mille florins que le frère Joachin Zoette avait promis au prince d'Orange et à l'archiduc d'Autriche , et dont le trésorier de l'archiduc poursuivit bientôt après le paiement en tout zèle et diligence.

Le prieur donc se rendit à Douai auprès de Joachin pour lui remettre le billet cacheté. Nous avons déjà dit que Zoette abandonnait sans permission son prieuré d'Aymeries, afin d'être plus à portée de communiquer avec ses adhérents , et d'entretenir des rapports et correspondances avec ses amis de la cour, au moyen des marchands qui allaient à Anvers. Le prieur, en arrivant , manda Zoette; il lui adressa d'abord quelques questions au sujet de la nomination d'un administrateur ou d'un abbé ; mais Zoette , faisant l'ignorant , dit qu'il n'avait pas de nouvelles de toutes ces choses, que d'ailleurs il ne se mêlait point de ces affaires -là. Le prieur lui répondit qu'il était étonnant qu'il ne sût rien de ce qui pouvait le concerner personnellement , et dont il semblait qu'il aurait dû être informé par ses amis et par ceux avec qui il était en relation. Néanmoins , le prieur lui 'remit le billet cacheté de Dentière, et lui demanda s'il ne voulait pas que lui, François de Bar, en sa qualité de prieur, en prit communication pour le cas où il contiendrait , de la part de la cour , quelque chose de relatif à l'autorité ou à l'administration de l'abbaye , ce à quoi consentit Joachin en prenant un air modeste. Le prieur ouvrit donc le billet, le lut, en prit copie; puis, remerciant Zoette, il le congédia poliment.

Le prieur alla ensuite consulter l'abbé de Marchiennes, sur ce qu'il y avait à faire en de telles conjonctures ; il lui demanda s'il ne convenait pas qu'il partit pour aller chercher le révérend et le ramener au plus vite. Le prélat de Marchiennes répondit que tel n'était point son avis, que selon toute probabilité, dans ces temps de troubles et à travers les embûches de* ennemis , l'abbé Warnier ne se déciderait pas de sitôt à revenir; que d'ailleurs lui-même , l'abbé de Marchiennes avec l'abbé de Saint- Vaasl ,

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avait coopéré à la Domination du nouvel administrateur de la maison d'Anchin , qu'il en avait informé l'abbé Warnicr lui-même, par ses lettres; qu'au surplus , cette nomination d'un administrateur religieux et qui avait été demandée par l'abbaye , était une bonne chose en soi, et que Joachin était un homme prudent et instruit; qu'enfin il n'avait plus à s'occuper de cette affaire. Alors le prieur s'en référa à M. D'Estrécs, qui résidait à la maison abbatiale de Douai, et lui demanda s'il voulait être son compagnon de route , ou pour mieux dire son guide et son chef dans celte entreprise d'aller chercher l'abbé. Mais M. D'Estrées n'osa pas s'aventurer à une pareille expédition , parce que , étant homme de qualité et une des illustrations de la Province, on avait les yeux sur lui; mais il consentit à ce que son frère, M. de Grusons, homme docte et grave , s'adjoignît au prieur.

Alors le prieur écrivit à l'abbé Warnier pour l'informer de tout ce qui se passait et des projets des conjurés; il l'engageait à rélléchir mûrement aux remèdes qu'il convenait d'apporter, et à tout disposer pour son retour à l'abbaye. Mais le prieur ne put obtenir qu'une réponse évasive , dans laquelle l'abbé, déplorant les malheurs du temps, remerciait les amis de l'abbaye et le prieur des efforts qu'ils avaient faits pour conjurer le mal ; il les priait de continuer leurs bons offices , mais il faisait pressentir qu'il ne pourrait encore de sitôt se rendre au désir que ses amis manifestaient de le voir revenir. « Au reste , disait-il , il me déplaist grandement n'y pou- » voir encoircs remédier et pourveoir en présence , ne trouvant le temps comme j'ay » souventes fois escript en bile disposition que pour y pouvoir sytost retourner, et » lorsqu'il playra à Dieu de réduire les choses en plus grande tranquillité, nous ne » fauldrons de nous y acheminer... » etc.

Désolé de trouver l'abbé Warnier dans de pareilles dispositions, le prieur n'en persista pas moins et résolut de se rendre, a ses risques et périls, auprès de l'abbé, afin de le décidera revenir. 11 chercha d'abord tous les moyens d'empêcher ou du moins de retarder la confirmation du nouvel abbé. Après s'être concerté avec les frères qui étaient dans sa confidence , c'est-à-dire avec le sous-prieur, le chapelain , le receveur-général et les préfets du comptoir, il envoie au prévôt de N.- D. d'Arras copie de la lettre de Dentière, et lui demande s'il aurait jamais pensé que des religieux se rendissent coupables d'un acte aussi énorme, et si ce n'était pas le cas d'user de l'arme de l'excommunication, il envoie aussi copie de cette même lettre de Dentière a M. de Coupigny et au conseiller Rose, qui tous deux traitaient à Anvers les affaires de la maison ; il les conjure de faire auprès de l'archiduc , avec les pièces et les titres qu'ils ont entre les mains , tous leurs efforts et d'user de toute leur influence pour que La confirmation de Joachin au siège abbatial soit différée, jusqu'à ce que Warnier, l'abbé légitime , ait été informé régulièrement et complètement de toute l'affaire , et qu'on ait épuisé tous les moyens de le faire revenir à son poste.

M. de Mccrmont fut ému de grande colère lorsqu'il apprit ce qui se tramait contre son frère Warnier ; et comme il avait son franc-parler à la cour et auprès des hommes les plus puissants même du parti du prince d'Orange , en pleine assemblée des Etats et en présence de l'archiduc, il se plaignit amèrement de l'injustice que l'on faisait à l'abbé d'Anchin. Lorsqu'on lui demanda en quoi il prétendait que l'on eût fait injure ou injustice à son frère, montrant la copie de la lettre de Dentière, que M. de Coupigny lui avait communiquée: « Voilà, dit-il, la nomination d'un » autre abbé , qui a été faite sans le consentement du conseil des Etats , sans même

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