‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 189 sur 306 · chapitre: xxix · texte numérisé non relu

chapitre: xxix

v qu'il lui en eût été donné avis. » L'archiduc alors tança vertement l'indiscret secrétaire , lui demandant pourquoi il s'était permis d'écrire aussi inconsidérément et sans en avoir reçu l'ordre. Toujours est-il que cet incident entrava quelque peu les opérations des conjures. La décision pour la nomination de Joachin par l'archiduc fut suspendue jusqu'à plus ample information.

Pendant ce temps le prieur, suivi d'un domestique, se mettait en route pour la France avec M. de Grusons. En passant par Cambrai , et en prévoyance des frais que nécessiterait le retour de l'abbé , il se munit d'une centaine de florins d'or, que lui procura le receveur d'Anchin , Pierre Gérard , en échange d'autre monnaie qui ne pouvait être transportée de Belgique en France. Nos voyageurs trouvèrent, au village de Saint-Christ, .M. le comte dePlessicrs, beau -frère de François de Bar, qui les accompagna. Arrivés à Reims au nombre de six cavaliers, ils apprirent que l'abbé Warnier résidait depuis quelques jours chez le doyen de l'église de Reims, Hubert Mouriez , homme fort savant comme nous l'avons dit , auteur de beaucoup d'ouvrages de théologie.

Ce fut M. de Grusons qui se présenta d'abord à l'abbé; vint ensuite le prieur qui exposa en détail la situation du monastère ; il lui fit le tableau fidèle des désordres et calamités qui affligeaient le monastère et qui devaient nécessairement entraîner sa ruine totale , si l'abbé légitime ne s'empressait de venir porter remède à tous ces maux ; sans cela disait-il , c'en était fait de toute la discipline monastique, de toute la puissance et de tous les avantages qui avaient fait la gloire et Jes mérites de cette prélature d'Anchin, autrefois si célèbre. Supplié, conjuré par ceux qui l'entouraient, c'est à peine si le prélat oppressé par l'émotion pouvait répondre. Le prieur, voulant le résoudre à revenir avec eux et lui arracher le consentement de ce retour, l'adjurait d'ouvrir son âme, de ne pas rester taciturne, de ne pas compromettre le salut de l'avenir par se? tergi\ersations ordinaires; et lorsqu'il le vit ébranlé et profondément ému, il produisit l'acte de provision qui instituait Zoette à la prélature d'Anchin. L'abbé , fort troublé en lisant cet acte , n'imaginait pas qu'il pût y être question de Joachin Zoette, sur le nom duquel il ne revenait pas, non plus que sur celui du frère de ce Zoette, et croyant qu'il s'agissait du prieur de Bar, dont le frère, M. de la Motte, gentilhomme assez considérable, jouissait d'une certaine considération auprès des gens de la première noblesse : « 11 n'est pas possible , cl i t— il , que pareille chose se soit >» accomplie et que vous l'ayez sollicitée. » — « Mais, dit le prieur, ne voyez-vous pas » que c'est de Joachin qu'il s'agit? Ne savez-vous pas que son frère est un marchand » parvenu qui, comme tant d'autres, s'est insinué dans les bonnes grâces du prince » d'Orange, et qui tient parmi les (jueux un rang qui n'est pas des moindres? » — A cela l'abbé stupéfait resta muet.

Ensuite nos voyageurs invitèrent l'abbé à souper à leur hôtel de Reims, et le traitèrent splendidement , à raison d'un florin d'or par tête , maîtres et valets , comprenant , selon la coutume du pays, la nourriture des chevaux. M. Mouriez , chez qui étaient logés le révérend avec dom Balthasar Seulin , l'ancien pasteur de Pecquencourt, et M. Odcnone , secrétaire de l'abbé, invita à dîner le lendemain le prieur avec sa compagnie. Enfin les voyageurs, après avoir visité les églises de Reims, notamment le couvent et l'église de Saint - Nieaisc , ainsi que le corps de ce saint et la sainte ampoule , se mirent en route pour revenir.

Le prieur, voyant qu'il n'y avait pas apparence que l'abbé se décidât encore, ne fit pas mention de l'argent dont il s'était muni pour subvenir aux frais de ce

ABBAYK D'ANCUIN.

retour; il prévoyait qu'il aurait pu avoir à en rendre compte, si on apprenait à la cour qu'il avait fait ce voyage pour ramener l'abbé. Il n'osa pas non plus rentrer tout de suite à l'abbaye, et il s'arrêta au bourg de Saint-Clirift, citez sa sœur , où il resta quelques jours. Il écrivit à M. de Coupigny pour l'informer de la démarche infructueuse qu'il venait de faire auprès de l'abbé , et pour le prier de continuer à donner au monastère l'appui de sa protection et de sa bienveillance ; il écrivit aussi au sous-prieur , Jean d'Ostrel , pour lui faire des recommandations concernant le service et l'administration de l'abbaye.

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