CHAPITRE XXX
sunatiRK. — Us fauteurs de Joachin cherchent à empêcher le rclour du prieur et de l'abbe. — Quelque* frères repentons consultent l'évéque. — Le prieur revient à Anchin ; difficultés de sa route; désastres de la guerre.
— Billet des frères qui engagent le prieur i différer son retour. — Le prieur rentre au monastère. — Accusations intentées contre lui; — l'affaire jugée en chapitre présidé par l'oflklal d'Arras.— Le prieur se justlOe. — Le cimetière de Vred profané, et l'église de Pecquencourt polluée par l'effusion du sang, sont réconciliée. — Le. prieur, abreuvé de découla, se retire à Douai. — Joachin, tranche de l'abbé. — Orgies, exactions et violences.
— Lettre de l'archiduc, ordonnant de procéder a l'élection définitive de Joachin. — Cette élection a lieu le l« septembre 1678. —Circonstances de cette élection. — Désordres dans l'abbaye ; débauches des moines, autorisées par l'exemple de Joachin. — M. de Miebras, gouverneur de Douai, arrive à Anchin; il institue Joachin, le 10 janvier 1 »70, en vertu de lettres patentes du roi d'Espagne , Philippe n. — Joachin va a Bruxelles , on il se rait bénir par le suftraiçanl de Malines. — Coup d'œil rétrospectif sur les événements du dehors. — Emeutes à Douai et à Arras (octobre i.VTS); expulsion des Jésuites et des étrangers. — Happtl des Jésuites i Douai par le magistrat ; lettres a ce sujet. — Installation de Joachio, malgré les défenses de l'évéque d'Arras. — Protestation des religieux partisans de Warnler, adressée au vicomte de Gand, gouverneur de l'Artois ( 3 mars i.V7»j.
— Joachin est mal assuré sur «on sic?». — Déclaration de ses partisans. — Le couvent est partagé eo deux partis , les Joachinittt et les Warneriitet, — M. Paycn , seigneur de Bellacourt, avocat fiscal, vient à Anchin pour régler le différent. — Il ne peut y réussir. — Joachin obtient de l'archiduc des lettres qui exilent le prieur.
— Le prieur se retire à Cambrai ; il s'oppose aux déprédations de Joachin , sur les objets précieux conserves a Cambrai dans la maison d'Aochin. — Inventaire de ces objets. — Le seigneur d'inchy , sur la dénonciation de Joachin , envole des émissaires pour arrêter le prieur de Bar , et faire saisir les meubles et bijoux de la trésorerie.
— Un coffre, contenant des titres et manuscrits importants, est sauvé par un hasard providentiel.— Joachin bouleverse le gouvernement de l'abbaye. — Démarches auprès de l'abbé légitime pour le décider à revenir. — M. de Câpres, gouverneur de l'Artois, s'y emploie avec succès. — Lettre de Warnler de Daure, annonçant au prieur son arrive* au château d'Estrées, prés Douai. — I-e prieur va saluer l'abbé. — Joachin apprend le retour de l'abbé; Il se hâte d'assurer son autorité et de faire prêter serment à ses moines. — Warnier écrit aui religieux tl 'Anchin , — Joachin , en prévoyance de sa chute , fait sa bourse , et demande secours A ses protecteurs. — Il met les biens de l'abbaye sous la tutelle du comte de Lallaiiig. — M. Dufresnoy , envoyé par les Etats d'Artois , arrive i Anchin avec des soldais. — Joachin , effrayé, se sauve à Lallalng, puis a Bouchai n , auprès de M. de Viilers.
Lorsque les moines eurent appris que le prieur était parti pour aller chctvlier le révérend , ils mirent en usage tous les moyens d'empêcher le retour <l<? l'un et de l'autre , et ils envoyèrent à la cour des dépêches pressantes , afin di: précipiter la nomination définitive de Joachin; car ils étaient en grande frayeur que le prieur ne ramenât l'abbé légitime. Aussi n'y eut-il pas de manœuvres qu'ils ne missent en usage , pas de calomnies qu'ils n'inventassent contre le prieur et contre l'abbé. Ils écrivent à la cour, à leurs commissaires et complices que le prieur «-tait parti avec le trésor et les sceaux du couvent , et qu'il entretenait des intelligence? avec les ennemis de la patrie , qu'il avait établi dans le monastère quelques-une de ses parents français, et qu'il revenait avec des troupes de soldats pour occuper par force le monastère , et une foule d'autres choses aussi absurdes. Ils avaient extorqué
3oi ABBAYi: D'ANC II IN.
une loltrc confidentielle que le prieur avait écrite au sous-prieur, et ils en prirent texte pour dresser un acte d'accusation contre Fr. de Bar, afin de l'écarter de la commission du comptoir et le destituer de son grade comme coupable de lèze- majesté.
Cependant un certain nombre de religieux témoignaient le regret de s'être laissés entraîner à demander un nouvel abbé, et à conspirer contre leur légitime prélat. El même dom Guillaume Moullart , frère de l'évêque d'Arras , avec quelques autres, se réunirent pour demander conseil au révérendissime, touchant cette affaire, afin de ne pas aller plus loin et de ne se pas constituer fils de Jerémie : Xe hmgius progredientes filios Jeremiœ se statuèrent '.
L'évêque leur répondit :
Nous entendons avec un merveilleux déplaisir ce que Ton nous mande de la maison d'Ancbin , assavoir que Messieurs de Marcbiennes et de Saint- Vaast se doivent là trouver de rechef pour l'élection d'un nouveau preslat. Toutefois, ny lesdicls religieux ny les preslals ne peuvent ignorer rénormité du péché qu'ils commeclent et les censures qu'ils encourent , et qu'ils se font , par demander, souffrir, tenir la main , moyetmer et consentir qu'aultre fust mis en la jouissance du bénéfice de celluy qui vit encore , seulement s'estant retiré pour (comme j'estime) voir que ne luy esloit possible illccq vivre saus préjudicier à l'autorité de la majesté divine et humaine , ou sans ne tomber eu dangier de sa vie ou liberté de la personne. Vous savez que le pape propre ne pocull priver personne de son bénéfice sans cause. Voyez ce qu'escril Peint* Rebuffus (traclatu nominationum , 4. 21. §. 33). Vous 6avez ce que le raesme déduict au livre 2*: Praxis benefteorum , au liltre de Reprobald beneficii vicentis impetratione , tit. 71, cap. 2 , où par après deduict l'innommé du péché , les censures et peines de l'infamie de ceux qui font telles absurdités ou y consentent , etc. Lisez, je vous prie, ce grand personnaige. Ecarixtus, epistola V, ne dit-il pas : Audicimus quosdam à vobis infamalos tel dilaceralos episcopns a civitatibus propriis expulsos , quia alibi epiteopi conslitui non possunt , nisi in civitatibus non minimistet alios ipsis tiventibus constilutor:ideô hœc tobis scribimus ut scialis hoc feri non licere sed proprio* retocari et inlegerrimè reslitui debere. lllas vero qui adullerind fœditate suas iponsa* iquas usore* eorumprrf.ro tenore esse intclliyimux) lenent rjiti, et adulleros al que infâmes feri , eosque ab ecclesiastici* Itunoribits arceri jubemu*. Sin autan adcersûs eos aliquam qvareUun habutritis hit peinais inquirendum erit , et autorilate hujus sanctœ sedis terminattdum. Eles-vous religieux et chrétiens? montrez si vous déférez aux paroles et sanctions du Saint-Esprit , aultrement j'en advertyrai notre saint père le Tape pour ma descharge, pour estre constitué de Dieu vivant spéculateur de l'Eglise et diocèse d'Arras ; je vous .fais cette admonition , annunciation , vous disant, par la bouche du prophète Ezéchiel , 3, si vous ne continuez , In iniquitate veslrd animam meam Dei gratid tiberarero. Votre preslat a provueu à l'administration de votre maison à son parlement ; nous avons approuvé ce qu'il a faicl , cela vous doibt contenter. Voylà ce que mande , entend être communiqué aux commissaires spécialement quy me sont.
Votre amy et humble diocésain . I). M. M. évesque d'Arras.
.lu dos de la lettre était écrit : Aux religieux d'Anchin quy ont demandé advis sur l'élection d'ung nouveau preslat , ou à leur prieur audit lieu.
Mathieu Moullart , évoque d'Arras , était encore en France lorsqu'il écrivait cette lettre ; et François de Bar, dans son voyage , avait cherché à le voir, mais il ne l'avait |>as rencontré.
Le prieur, ignorant ce qui se tramait contre lui , songea à se mettre en route pour revenir à l'abbaye. 11 avait fait demander un outre cheval , qui lui avait été refusé. Le sous-prieur, lui ayant écrit pour le supplier de hâter son retour , lui disait que sa présence était plus que jamais nécessaire ; il ne lui parlait pis toutefois de ce
« Fi.dc Bar. M», déjà cUë, p. 113, v°.