‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 19 sur 306 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

consacrée à la prière; nous verrons tout-à-l'heure comment ce Geltluin devint abbé d'Anchin et gouverna pour un temps cette abbaye.

En même temps que les richesses , bénéfices , immunités et privilèges accroissaient la splendeur du monastère , les pouvoirs ecclésiastiques , les droits de jurisdiction grandissaient aussi. Robert-le-Jeune , au retour de la croisade, ajouta encore aux bienfaits dont il avait doté l'abbaye : c'est ainsi qu'il donna divers champs et des revenus auprès de Fresnoy , et des terres à Cagnicourt , qu'il avait distraites du domaine du comté , pour les mettre en la possession et sous la jurisdiction entière de Saint-Sauveur d'Anchin. On voit, par un acte que nous allons reproduire textuellement , que ce même Robert-le-Jeune et son épouse , Clémence , donnèrent aussi à l'église d'Anchin , au temps qu'Haymeric en était abbé , des terres adjacentes au territoire d'Aire avec un domaine auprès de Saint- Venant , ainsi que différents manoirs et terres; faisant abandon des coutumes , redevances , corvées, et de tous les droits qu'ils y possédaient, ainsi que dans le territoire de Saint -George d'Hesdin, qui appartenait déjà comme chapelle au prieuré de l'église d'Anchin.

In nomine sanct» et individu» Trinitatis. Robertus junior, venerabilis Flandrensiuni comes , omnibus Ecclesiae liiiis salulem.

Notum sit omnibus Chrislo famulantibus quod ego Robertus cornes junior et uxor mea Clementia, terras quasdam/ territorio Arierisi adjacentes, curtem quoque Zaineri quae est juxta Sanctum-Venantium , eu m omnibus appenditiis , et lerram duorum roansorum in Widebroc terramque unius mansi in Spilebrona , on) nés quoque consuetudines et exactiones ac quidquid in prediclis terris babebainus ecclesiae Sancti-Georgii Hesdioensis et eccleaiac Sancti-Salvatoris Aquicinensis cujus jara dicta ecclesia cetla est,/pro nostra nostrorumque predecessorum et successorum salutem contulimus. /

Ut aulem hoc inconvulsum et inviolabile seropiterno tempore permaneat sigilli mei impressione et episcoporum Gcrardi Moriuarum, Latnberli Atrebatensium , Radbodonis Noviomensium , excommunicatione firmam test i mon io etiam , atque signo subtersignatorum episcoporum, abbatura, opumatum atque principum meorum corroborari feci.

Signum Gerardi Morinorura episcopi. S. Lambert i Atrebatensium , S. Rodbodonis Noviomensium episcoporum.

S. Lamberti abbatis sancti Bertini. S. Alardi abbatis Sancti-Bavonis. S. Aimcrici abbatis Sancti-Salvatoris Aquicinensis.

S. Conouis et Evrardi fratris ejus. S. Arnulphi de Aldinardo. S. Stephani de Boular. S. Rudnlphi Cameracii. S. Onulfi dapiferi. S. Alardi pineerne. S. Baldrici de Coham. S. Segardi et Arnulli de Coches. S. BaJduini Castellani Ariensis. S. Lidelmi capellani et aliorum mullorum.

Original en parchemin , dont le «cet est enlevé. Cette pièce, qui provient de l'abbaye d'Anchin , existe au dépôt des Archives générales du déparlem. du Nord ; elle nous a été communiquée par H. le D' Le Glay.

Dans le même temps , Manassé , évêque de Cambrai , par un diplôme de l'an 1098, lu à haute voix dans le monastère d'Anchin en présence de l'archevêque de Reims , Manassé , et conûrmé au concile de Cambrai , où assisteot un grand nombre d'évêques et d'abbés qui ont mis leur seing , déclare que , « à Saint- » Sauveur, lieu qui a pris le nom d'Anchin à cause des eaux qui le ceignent, » il a cédé au frère Aymeric , abbé de ce même lieu " , une certaine église » dédiée à saint Martin , avec son autel , dans le village appelé lnchy , et il la »» remet franche de toute charge et redevances , pour être possédée librement et à

" F. de Bar rapporte en partie les termes de cette charte. Voir Ms. cité. p. 140.

» perpétuité par l'abbaye d'Anchin , avec tous les droits et privilèges qui y sont » attachés , etc. » Vers la même époque , Balderic , évéque de Tournai et de Namur , donna une église aussi de Saint-Martin de Templeuves-cn-Pewel , avec tout ce qui en dépendait , à l'abbé Aymeric et à ses successeurs , pour être possédée pleinement et entièrement et par droit perpétuel , etc.

Les évéques Gérard n et Manassé de Cambrai , et l'archevêque de Reims , avaient confirmé , dans des synodes , tous les biens de l'église d'Anchin et toutes les donations faites tant sous l'abbé Aymeric que sous ses prédécesseurs. Les revenus, les dîmes , les chapelles et toutes les donations et biens avaient , par des diplômes , été affranchis, exemptés et rendus libres de toutes exactions, redevances, impôts, corvées, etc.; mais de plus, attribuant à l'abbé Aymeric et aux prélats ses successeurs une autorité épiscopale , ils décrétèrent , par leurs diplômes , que l'abbé , ou à son défaut un autre officier religieux , exercerait jurisdiction et la justice dans le tribunal ou lieu de justice d'Anchin (in loco judiciali Âquicinctino) , tant pour les procès des débiteurs que pour toutes les causes ecclésiastiques appartenant au tribunal épiscopal , et que l'abbé d'Anchin exercerait celte jurisdiction et cette justice sur tous les sujets, tant clercs que séculiers, résidant dans les villages voisins d'Anchin , Pecquencourt et Vrcd ; de même que sur les prieurés de Saint- George et d'Aymeries, et sur les paroissiens de ces prieurés. Ce qui témoigne de ce privilège, dit F. de Bar", c'est le grand scel de l'official qui porte l'image du Père et du Fils et de la Vierge Marie avec leurs attributs, et autour, ces mots gravés : sigillum officialatos monasterii aquicixctensis ; et le petit scel ayant dans le milieu un aigle aux ailes étendues. Us font foi que les abbés d'Anchin tiennent ce privilège de jurisdiction de l'évcque de Cambrai et de l'empereur, qui avait coutume de nommer les évéques élus. Nous verrons bientôt que par la suite les Souverains Pontifes de Rome ont aussi confirmé ce privilège.

Au temps d'Aymeric , il fut accordé tant de pouvoirs à l'église d'Anchin qu'on venait de toutes parts , quelle que fût la cause des procès , pour se faire rendre la justice, et que les gens du village d'Hespcl ne voulaient pas d'autre juge ni d'autre avocat que l'abbé d'Anchin.

La nombreuse correspondance du révérend Aymeric avec les hommes les plus savants, nous montre l'excellence de sa doctrine et l'étendue de sa science dans les lettres sacrées. L'illustre prélat, Yves de Chartres, a embrassé la même opinion que lui sur cette question touchant la présence réelle : « Jésus-Christ , dans la cène » qu'il fit avec ses disciples , leur donna-t-il son corps passible , tandis que nous » recevons , nous , de la table de l'autel , ce corps impassible ? » etc.

Jusqu'à la fin de sa vie, il s'occupa activement des soins de son abbaye; et son influence s'étendait fort loin et en dehors même de son ordre. Souvent il était consulté au sujet des différends qui s'élevaient dans les monastères, et il savait remettre la paix et concilier les opinions et les intérêts discordants. 11 rendit un grand service à Odon, abbé de Saint-Martin de Tournai. Ce prélat était en grand souci de ce que les frères de l'ordre de Saint-Augustin , en raison de leur institut, sortaient fréquemment pour aller prêcher à l'église cathédrale de la ville , et qu'ainsi ils s'absentaient des prières et offices canoniques de leur couvent. Aymeric fit si bien , par ses sages conseils , qu'il les amena à suivre la

« F. de Bar. M«. cilé. p. IM. t.»

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