‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 191 sur 306 · CHAPITRE XXX. 35n · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX. 35n

qui se passait concernant l'élection d'un prélat , ni de la commission de l'archiduc qui enjoignait de nouveau aux abbés de Marchicnnes et de Saint -Vaast de se rendre à Ancbin , pour procéder à cette élection et recueillir les suffrages des frères. Le prieur, donc , se résolut à partir, malgré les difficultés et les dangers de la route. A cette époque, les soldats français, sous l'autorité du duc d'Anjou, nommé par les Etats protecteur de toute la Belgique , aflluaient dans ces contrées. Le prieur, en traversant la Picardie, vit beaucoup de fermes incendiées, de villages dévastés - les (iascons, autrement dits les Aquitains calvinistes protestants, se livraient à tous les excès d'une haine acharnée contre les Picards , qui n'avaient pas voulu accepter pour gouverneur le prince de Coudé. C'est à travers ces désastres et le tumulte de la soldatesque que le prieur poursuivit sa route. A Metz-en-Couture , où il aurait voulu se reposer, il ne trouva que des fermes abandonnées et des auberges désertes. Enfin arrivé à Cambrai , il rencontra le messager ordinaire du monastère de Saint-André, qui lui remit une lettre du couvent d'Anchin. Les moines conjurés , qui ne pensaient* pas que le prieur se fût mis en route et qui voulaient l'empécber de revenir, lui écrivaient :

Monsieur le prieur, nous avons entendu que prétendez retourner bien tost céans, ce que désirerions se pouvoir faire à notre bien et au vostre ; nuis attendu quelques diflicultés qu'y se pourroient réprésenler pour votre personne , nous prions vouloir différer votre dit retour jusques à meilleure commodité, ce que vous intimons, tant por noire descherge que por votre bien , comme congnoil le Créateur quy vous ayt en sa sauvegarde.

D'Anchin , ce xvi» d'aoust 1378.

Vos humbles confrères , les religieux d'Anchin.

Ils voulaient lui faire différer son retour jusqu'à ce qu'ils eussent reçu de la cour les réponses et les décisions que sollicitaient leurs agents et affidés, pour obtenir ou l'abdication ou la déposition du priciir, pour lui ôter l'espérance de revenir à l'abbaye et le supplanter, de façon à pouvoir mettre les leurs au comptoir et à n'avoir plus un surveillant importun. Une de leurs craintes, et qui u 'était pas la moindre, était que le prieur ne ramenât l'abbé avec des troupes pour oeccuper le monastère.

Le prieur, après avoir lu la lettre des frères , se hâta de quitter Cambrai et de rentrer a l'abbaye. Néanmoins il avait demandé au commissionnaire porteur de cette missive pourquoi lui , homme de confiance , messager ordinaire de l'abbé , s'était chargé de pareille commission de la part des conspirateurs ? A quoi celui-ci avait répondu qu'il avait porté cette lettre sans savoir ce qu'elle contenait. Le prieur lui ordonna de l'accompagner. Arrivé au couvent, il trouva à la porte le frère gardien Nicolas Foucault, fauteur familier des révolutionnaires; il avait été posté par eux avec recommandation expresse de ne pas laisser entrer le prieur. Mais , par une sorte de déférence ou d'ancienne habitude de respect , le frère portier introduisit le prieur. Lorsqu'on annonça l'arrivée de Fr. de Bar, les religieux , qui finissaient de souper, se levèrent de table, et se retirèrent précipitamment dans l'auditoire..

Le prieur, fatigué du voyage et encore tout botté, soupa avec ses confidents , le sousprieur dom Jean Le Thomas , dom Noël Flamen , avec le révérend père Maximilien *, de la société de Jésus, et quelques autres hôtes qui étaient sut venus.

Après le souper, le conciliabule des conjurés étant terminé, ils envoient sept des leurs pour présenter au prieur certains points d'accusation portée contre lui. Ayant fait retirer les hôtes, ils abordent le prieur dans la salle abbatiale, et dom Pierre Passet , comme chef des autres , et comme plus exercé à prendre

« C'eat ce Maximilien de la Chapelle, dont Duicl-n fait l'éloge. { Gallo Flandria W-W).

la parole , expose les motifs de l'accusation et tous les méfaits qu'ils étaient convenus de lui reprocher. On l'accusait notamment du crime de lèze - majesté , pour n'avoir pas, prétendument obéi aux ordres de la cour; et sans plus de raisons ni de preuves, et sur de pareilles conclusions, Pierre Passct ne craignît pas de déclarer le prieur déchu de ses honneurs et autorité, et, en vertu de cette décision , de s'autoriser à retenir par devers lui toutes les clés du monastère , afin «l'empêcher le prisonnier de s'évader, et aussi, disait-il, afin de fermer les portes ;mx troupes françaises, jusqu'à ce que les soldats, sous les ordres de M. de Miebras , gouverneur de la ville de Douai , et dont ils avaient imploré le secours , fussent arrivés. En attendant, ils mirent le prieur à la garde de séculiers, chargés de le surveiller comme un prisonnier. D'abord , Fr. de Bar regarda autour de lui , cherchant quelqu'un qui prît sa défense et l'assistât de son témoignage contre d'aussi absurdes calomnies; mais aucun n'osa parler. Etonné d'un pareil silence., il se contenta de déclarer que tout ce qu'ils disaient n'était que perfides inventions et mensonges flagrants, et qu'il en appelait à Messieurs du vicariat d'Arras. Et en effet , il écrivit immédiatement au vicariat une lettre où il exposait sa situation .1 implorait secours :

Voyant , dit-il , qu'ils me faisoient grand tort, j'ay appelé à iocsseigocurs du vicariat d'Arras , les suppliant et requérant humblement vouloir entendre à ma cause le plus tôs qu'il sera possible , parce que nos dicts religieux sont fort enflambés, et sy je crains grands inconvénients, sy par \ous , messeigneurs , n'y est mis ordre présentement ; car, quant à moy, je suis prêt , avec U irrace de Dieu , de respondre à tous les points qu'ils me vouldrions objecter, etc.

Le prieur écrivit aussi pour appeler à son aide M. Arnould Gantois, abbé de Marchicnnes; mais ce prélat lui répondit que, ayant voulu, il n'y avait pas longtemps, porter à l'abbaye d'Anchin l'offre de ses conseils et de son entremise bienveillante , les moines avaient refusé la porte à son prieur qu'il avait envoyé en avant; ils avaient déclaré qu'ils ne recevraient point le prélat; n'ayant que faire, avaient-ils dit, ni de ses conseils ni de ses avis.

.... Je fus adverly que notre présence seroil désagréable à aucuns , ayans osé de tel» propos , l'un de vos religieux : Monsieur de M ar chiennes vient, car son serviteur est iey , ayant ses soulliers et bouijelte ; qu avons-nous affaire de luij ? qu'il te nielle de ses affaires , 1/ nous tiendra troubler plus que ne sommes, et autres propos qu'il serojt trop long à escriie. Voilà , Monsieur le prieur, la récompense que je reçois de la fraternelle amitié que j'ay toujours portée à tous ceu\ du votre maison, etc. 20 aoust lï>78.

On conçoit qu'avec ces dispositions d'esprit de la part des religieux d'Anchin à l'égard de l'abbé de Marchiennes , celui-ci n'aurait pu être d'un grand secours pour réprimer les désordres.

Le prieur ne se laissa pas abattre , et il continua de mettre le vicariat d'Arras au courant des faits et circonstances de sa cause, quoiqu'il eût à souffrir chaque jour de nouvelles persécutions. Il était constamment environné de surveillants et d'espions; la nuit, des sentinelles faisaient la garde auprès de sa chambre, sous prétexte qu'on avait à craindre une invasion des Français, qui assurément ne songeaient pas à envahir le couvent. Enfin , le prieur était en butte à une foule de vexations. Vainement il essaya quelques observations, quelques a\h dans l'intérêt même des moines; son autorité était tout- à -fait méconnue, et il était abandonné, qui plus est, de ceux qui jusqu'alors lui étaient restés fidèles. Cependant,

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