‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 193 sur 306 · CHAPITRE XXX. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX. m

niqucr et converser avec tous. Mais il n'en fut pas ainsi , les conjurés ne cessaient de l'environner la nuit et le jour de gardiens et d'espions chargés de veiller à ce que personne ne continuniquàt avec lui , et qu'il ne pût recevoir ni remettre de lettres ou de messages. Excédé de cette situation , il n'aurait pas différé plus long-temps à chercher les moyens d'y échapper, en se réfugiant en quelque autre lieu , jusqu'à ce que ces mauvais jours fussent passés ; mais il fut retenu à Anchin par une affaire d'assez grande importance , en ce qu'elle concernait le maintien de certains privilèges et droits de l'abbaye. 11 était arrivé qu'un séculier ayant acheté les fruits du cimetière de Vrcd , village qui était sous la juridiction du monastère d'Aneliin , avait posté dans ce cimetière béni des gardiens pour empêcher que les fruits ne fussent volés par les vagabonds. Au milieu de la nuit , l'homme de garde avant surpris un maraudeur qui tentait de dérober ces fruits, le frappa de sa hallebarde» et il s'en était suivi effusion de sang; néanmoins la blessure n'avait pas été mortelle , et l'homme avait été guéri par les soins du chirurgien. Un autre fait beaucoup plus grave s'était passé dans l'église de Pecquencourt : voici ce fait tel qu'il est consigné dans un procès -verbal dressé en présence du mayeur, des échevins et des manants de Pecquencourt.

Le premier jour du mois de septembre dernier, jour du patron de l'église et ville de Pecquencourt , seroient arrivées au dit lieu deux compaignies de soldats du régiment du sieur dllallianc , l'une du capitaine Cullonnel et l'autre du sieur Ncurlieu, ausquels de plaine Tache l'on leva les pons de la ville ne les voeuillans permettre entrer. Voyant laquelle closture et l'apparente résistance que monstroient faire les manans, sans aultre regard prendre, iceuls soldats, par grande furie et comme enragés , torchèrent la ville et y entrèrent tuants , battans et mutillans ceux qu'ils trou voient et rencontroient tant qu'ils en tuèrent boa nombre sans les bleschés en péril dit mort, entre lesquels estant ung chappellain de l'église St-Pierre en Douay retiré en l'église avec aultres chappellain» du dict lieu , lequel chappellain par ung desdicts malvoeuillans soldats fut tué tout roid , comme encoire il cust lait d'aultres, sans aulcuns de ses soldats qu'ils le retinrent et gardèrent.

Or scachanl par cent de la communauté la dite église estre pollute et violée auroient requis II. le prieur d' Anchin comme leur supérieur, qu'il luy pleut permeclre célébrer la messe, ce qu'il a différé jusque* à présent sans prendre regard à la furie des susdits soldats et mal sentons de la religion , etc. Comme de tout ce le dit seigneur prieur en peult avoir rescrit plus amplement. Et ces choses considérées par les dits manans , et que le cas ne leur est inculpable , ils requièrent en avoir advis. En tesmoing desquelles choses nous maieur eschevins et communaulté du dit Pesqucncourt avons ce présent escrit signés de nos seigues manuels ce 4 du dit mois (septembre) an 1ÎÎ78, estoit soubsigné en bas :

Aubert Maieur, Daniel de la Fontaine, Jaspart Laisné, Anthoine de Monteignies , Pierre Franco, M. Becquet, Guillaume Slievenart.

Il s'agissail de savoir si le cimetière de Vred devait être considéré comme pollué ou profané par l'effusion du sang , et si cette profanation avait été telle que ce cimetière eût besoin d'être réconcilié \ Dans le cas où le cimetière de Vred , ainsi que l'église de Pecquencourt dussent être réconciliés , l'abbé du couvent d'Anchin ayant juridiction épiscopalc (excepté la collation des ordres majeurs) sur les villages de Vred et de Pecquencourt, peut-il , en vertu d3 son droit , procéder à cette réconciliation? Et le prieur ordinaire de cet abbé , qui , par ordre exprés de son ubbé , a été autorisé à régler toutes les causes ecclésiastiques , peut-il , en l'absence de son dit abbé et sans en être spécialement requis par son abbé , procéder à cette réconci-v

» Kicoscituu. — BceUiia dieitnr eu m tetlere aliquo violata ac polluta tti. C.\ou. Dticange.

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liation ? ou bien le prieur doit-il recourir au révérendissime dans le diocèse duquel le monastère est constitué, afin que la réconciliation soit opérée par l'évêque ou par les ofliciaux , lorsqu'il est constant que, dans certains cas et tn pareilles circonslances , un doyen de chrétienté a réconcilié , dans le diocèse d'Arras , un monastère pollué par l'effusion du sang ? etc. Le prieur François de Bar, dans l'intérêt des droits et privilèges de l'église d'Anchin , traita les différents points de cette question ; il adressa à ce sujet à beaucoup de prélats et de docteurs les plus considérables , des mémoires fort diserts et des lettres dans l<!squels il Pesait preuve d'une grande sagacité et d'une science profonde en jurisprudence ecclésiastique. Enfin toutes les questions, réponses, mémoires et consultations ayant été soumis au vicariat d'Arras , celui-ci prit l'avis de l'archevêché de Cambrai , et il fut décidé que le prieur, dans ce cas particulier, avait le droit et que son devoir était de procéder à la réconciliation.

Donc , après avoir reçu des vicaires-généraux d'Arras la cédule qui l'autorisait comme prieur et officiai d'Anchin , Fr. de Bar réconcilia l'église de Pecquencourt ainsi que le cimetière de l'église de Yred. Disons par anticipation que cette cérémonie se fit le dimanche 1 2 d'octobre 1 ->78 , dans les formes prescrites par le souverain pontife Jules m, qui avait conféré à Charles Coguin et h tousses sucée seurs , par un diplôme du 18 des kalendes de mai 1508 , le pouvoir de réconcilier non-seulement l'église St-Sauvcur, d'Anchin , mais encore toutes les autres églises qui dépendaient de cette abbaye.

L'esprit de défiance et de révolte ne cessait d'agiter les moines d'Anchin , qui semblaient tourmentés jour et nuit de la crainte que le prieur ne machinât quelque chose contre eux , qu'il n'envoyât ou ne reçût quelque lettre mystérieuse , quelque message funeste , et que les Français ne fisseut tout-à-coup irruption dans le monastère. Ces craintes, simulées ou réelles, semblaient les tenir dans des terreurs et des épouvantes continuelles; on eût dit que des fantômes se dressaient devant eux, et c'était le prieur qu'on accusait de tous les maux imaginaires ou véritables. C'est pourquoi Fr. de Bar prit la résolution de s'éloigner, afin d'ôter aux conspirateurs tout prétexte , et qu'ils ne pussent plus mettre su» le compte de sa présence ces tumultes et ces agitations sans cesse renaissants. 11 assemble donc les religieux dans le chapitre , et là il leur déclare que désormais ils n'auront plus besoin de l'environner de gardes et de surveillants ; et prenant occasion de l'occupation du pays par les troupes des Etats de Belgique , et de l'affaire à suivre concernant le meurtre commis sur un prêtre par les soldats huguenots , dans l'église de Pecquencourt , il leur annonce sa résolution de partir pour Douai , et offre à ceux qui le voudraient la liberté de venir avec lui. Dom Maurice le Biche, vieillard de bonne et simple foi , fut le seul qui voulut l'accompagner et qui le suivit en effet dans sa retraite. La vérité est que le prieur n'était pas sans crainte pour sa personne , s'il restait au monastère ; et il n'était pas rassuré à l'égard des moines qui , dans les dispositions d'esprit où ils étaient , pouvaient , d'un moment a l'autre, se porter envers lui aux actes les plus graves et les plus coupables. D'une autre part , il est vrai aussi qu'il laissait le champ libre aux brouillons et aux conspirateurs.

Le prieur, pendant qu'il avait été au monastère , s'était modestement contenté de la vie commune et du régime ordinaire de la maison. Mais dom Joachin , sollicité par les siens qui lui avaient écrit, vient s'établir à Anchin; il s'assied à la table abbatiale cl tranche du prélat , bien qu'il ne soit pas encore confirmé dans son poste. Et comme

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