CHAPITRE XXX
bans l'intérêt du bon ordre cl pour éviter l'éclat d'une résistance bruyante , d'où auraient résulté peut-être de plus grands maux , le prieur jugea qu'il ne pouvait faire autrement que d'assister, quoique contre son gré, à cet acte de l'élection. Mais ne voulant rien faire inconsidérément, et afin de se mettre en règle , de concilier ses devoirs et sa conscience, il adressa an vicariat d'Arras une lettre dans laquelle, en son nom, et en celui de plusieurs autres frères religieux , il exposait ses scrupules , faisait ses réserves et déclarait que lui et ses adhérents m; cédaient qu'à la contrainte. Cette protestation , à laquelle d'autres encore donnèrent leur adhésion , était signée de Fr. de Bar, grand prieur d'Anchin , d'Adam Gresillon , prieur de St-Sulpice , de Douai , de dom Jean Lelhomas , sous-prieur du couvent , de dom Jean Favcau , président du collège d'Anchin, tous profès et. prêtres du monastère, de dom Sébastien Francon , profès aussi et diacre.
Enfin au jour convenu (le lo septembre K>7$) , Fr. de Bar et les autres frères qui étaient à Douai , montèrent en voiture vers deux heures de l'après-midi. Arrivés à Pecquencourt , ils rencontrèrent Pierre Passet , qui était à cheval et s'était dirigé vers la route de Douai pour s'assurer si le prieur venait. En passant devant la voiture, il ne dit rien , mais il rebroussa chemin vers le monastère et reçut les arrivants en les saluant de quelques qualifications injurieuses et les appelant contumaces et récalcitrants. Cependant le prieur et les siens descendirent de voiture , tout prêts à répondre selon qu'on les aurait interpellés et dans le sens de la protestation qu'ils avaient rédigée et signée.
Le moines de la faction de Joachin se remuaient beaucoup et faisaient de grands efforts pour s'attirer des partisans. Ile se flattaient d'avoir décidé le savant frère Francon et dom Jacques Boucqucau , ainsi que beaucoup d'autres encore ; mais on savait que leurs démarches avaient été inutiles.
Cependant, le IC septembre 1578 au matin, après la messe du Saint-Esprit , qui avait été chantée à sept heures, les rommissaires se rendirent, vers huit heures environ , dans la sallo du chapitre. Ces commissaires étaient l'ancien prieur de St-Vaast, Jean Sarrazin , récemment nommé abbé , Micolas Lengaigné , doyen de l'église d'Arras , Pierre Paycn , avocat fiscal d'Arras, Philippe Deleval , procurateur de l'Artois; ce dernier, après avoir appelé les noms de dom Fr. de Bar, de dom Jean Lethomas , sous-prieur d'Anchin , de dom Adam Grésillon , prieur de St-Sulpice , de dom Jean Faveau , président du collège d'Anchin , de dom Sébastien Francon , doyen , déclara contumaces ceux qui n'étaient pas encore arrivés. Ensuite on donna lecuire de la procuration de dom Guillaume Pelprc, prieur de St-Georges qui , avec ses religieux , Marc de la Ruelle , Antoine Lebrun , Martin Danel et Jacques de Billemout , prieur du même lieu , porteur de la procuration, déclaraient consentir à l'élection comme abbé, de dom Joachin de Zoette , excepté cependant Jean Lespaullart, profès et prêtre , qui ne voulut pas souscrire à cette procuration. Dom Jacques Vandevillc , prieur d'Aymcries , et dom Jean Ledieu qui étaient présents , donnèrent aussi leur consentement et celui de leurs religieux. Philippe Deleval , qui avait été autrefois procurateur de l'abbaye d'Anchin , et que le nouvel abbé avait appelé auprès de lui , recueillit les votes des présents ; il était assisté de deux témoins : le frère de l'abbé de St-Vaast , récemment élu , et le frère de M. Payen , l'avocat fiscal d'Arras. Dans un coin de la chambre du chapitre , il entendit chacun des religieux en particulier , au nombre desquels étaient le prieur d'Aymeries, dom Jacques Vandcuille ou Vandeville , dom François Rachie , dom Philippe Longnies , dom Maurice Lcriche , dom
IV. Bonnières , dom Noël Flamcng , dom Noël Fruy , dom Antoine Lcthomas , dit Gravillers , dom Louis Grenct , dom Jean Lamelin , dom Georges Goisson , dom Léger Gosset, dom Pierre Passe! , dom Théodoric Doyon , dom Antoine Picrquin , dom Juste Preud homme , dom Guillaume Mouliart , dom Jérôme Bnzclin , dom Jean Meerc, frèro Bonaventure de Tournai , frère Pouthus Hirchoux , frère Gérard Gauthier. Le frère Erasme Grumeau, étant absent, n'avait pas répondu à l'appel.
Après avoir entendu les déclarations de chacun , Philippe Deleval proclama à haute voix que tous avaient consenti à l'élection du dit dom Joachin , à l'exception de deux qui refusaient absolument. On a pensé que ces deux opposants étaient l'un, Georges Goisson , et l'autre , Guillaume Mouliart , qui avaient reçu conseil à cet égard de l'évêque d'Arras. Cinq ou six autres , ainsi que l'exposa Philippe Deleval , n'acceptaient le nouvel abbé que conditionnellement et <\u mitant que cette élection ne portât pas préjudice à l'ancien abbé, qu'elle ne grevât pas la conscience et quelle fût pas contre le droit. Ce qu'entendant, l'abbé de St-Vaast, qui présidait le chapitre, se plaignit de ce que les religieux semblaient se décharger sur ses épaules du fardeau et de la responsabilité de l'élection , disant qu'il y avait lieu de trouver étranges et déraisonnables de pareilles déclarations de la part de gens qui avaient demandé à la cour un nouvel abbé , et il voulut qu'on recommençât ce scrutin. Mais à l'exception d'un ou deux , les suffrages furent encore les mêmes. Pendant qu'on procédait de nouveau au scrutin , les commissaires cherchaient , par leurs influences, à déterminer l'unanimité de l'élection. Mais Georges Goisson, qui s'en aperçut , s'en plaignit en disant qu'il n'appartenait pas à des hommes religieux de contraindre les autres à faire autre chose que ce que leur conscience leur prescrivait. Donc , sans plus tarder, le frère Joachin de Zoette fut appelé par les commissaires et amené par le prieur d'Aymeries et le frère de Rachies , et le président du chapitre lui annonça en ces termes son élection : Elcgerunt te in prœlatum , vide ut bene illis pra?sis , etc. Ensuite l'avocat fiscal Payen promulgua les prohibitions en vertu desquelles il était interdit , à l'avenir, à tous ceux qui avaient présidé au comptoir, de faire ou d'ordonnancer aucune dépense , de disposer de l'argent et de quoi que ce fût des choses temporelles , sans l'ordre dudit dom Joachin , nouvellement élu. Ainsi les pouvoirs et autorité de ceux qui étaient attachés au comptoir devaient cesser de ce moment. On comprend que les brouillons , après les dilapidations qu'ils avaient exercées , et avec les besoins qu'ils avaient encore de puiser dans les caisses du trésor, étaient intéressés à ce que les comptes fussent examinés et les finances administrées par d'autres que par ceux qui depuis longtemps étaient en possession de le faire.
Tout étant terminé de ce qui concernait cette seconde élection , le nouvel abbé aurait voulu la faire sanctionner en même temps et tout de suite par la bénédiction ; mais l'abbé de St-Vaast et d'autres lui dirent qu'il n'en pouvait pas être ainsi , et que ce n'était pas la coutume, mais qu'il fallait d'abord que le vicariat d'Arras fût informé de cette élection ; puis , que les religieux présentassent une demande à ce même vicariat pour qu'il daignât confirmer l'élection par son autorité ordinaire. C'est pourquoi des actes ou instructions furent dressés par M. Philippe Deleval, et ils furent portés a Arras le 25 de septembre \ 578 par Pierre Passel , à défaut du prieur et du sous-prieur qui étaient absents. Dans ces écrits le révérend Warnier n'était pas ménagé; tous les mensonges , calomnies et injustices qui avaient été inventés contre lui y furent réproduits. On faisait valoir les prétendus motifs qu'il y avait à apporter des réformes dans le gouvernement et dans l'administration de la maison , et o à remettre