‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 197 sur 306 · CHAPITRE XXX. :m · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX. :m

sans en demander la permission au prieur ou au sous-pricur , et ils rentraient lorsque cela leur plaisait , sans rendre aucun compte des motifs de leur absence.

Non content d'environner d'argus le prieur et ceux qui lui étaient suspects, Zoette lui-même se constituait espion. 11 partait pour Douai , il se régalait en compagnie de toutes sortes de gens , et après boire , il se rendait avec les siens au prieuré , forçait l'entrée de la chambre du prieur , faisait crocheter les serrures des armoires et enlevait les papiers qui étaient à sa convenance. Il questionnait le valet du prieur , lui fesait jurer que son maître n'avait pas reçu telles ou telles lettres, tels ou tels messages ou visites , etc.

Cependant, le 10 de janvier 1579, M. de Miebras , gouverneur de Douai, arriva à Anchin accompagné du bailli , et ayant fait rassembler tous les religieux dans la salle d'audience , il voulut qu'on donnât lecture de la commission qu'il avait reçue de son altesse. Dom Noël Fruy fut chargé de faire cette lecture. Cette commission contenait en somme : « que sur les instances et d'après le vœu » unanime de tons les religieux (ce qui était faux) , son altesse avait institué » prélat dom Joachin de Zoette ; que , d'après cela , son altesse voulait que le dit » Joachin jouît paisiblement et sans empêchement des privilèges abbatiaux et » des biens du monastère ; que sa dite altesse avait constitué ledit sieur Miebras » pour prouver contre quiconque y contreviendrait ou y mettrait empêchement , qu'il » était ordonné au bailli, au nom du Roi , de veiller à ce qu'il ne fut porté aucune » atteinte aux ordres prescrits par celte commission. »

Voici les lettres patentes par lesquelles le roi d'Ejpgne , Philippe u , nommait Joachin Zoette abbé d'Anchin.

Pl.ilippes, par la grâce de Dieu roi de Castille, de Léon, d'Arragon, de Navarre, de Naples. de Sycille, de Maillorcq, de Sardaine, des Isles, Iodes et terre ferme, de Lothier, de Brabant, de Lembourcq , de Luxembourg, de Geldres et de Millan ; comte de Hasburg, de Flandres , d'Arthois, de Bourgoigne; palatin de Haynault, de Hollande, de Zélande, de Namur et de Zutphen, prince de Sevaine, marquis du Sl-Empire, seigneur deFrize, de Salins, de Malines, des cités, villes et pays d'Ulrecb , Overissel et Groninge, et dominateur en Asie et en Affricque. A vénérables, très-ebiers et bien aymés les prieur et religieux du convent et abbaye d'Ancliin et tous aultres quy ces présentes lettres verront et orront. Comme par induit apostolicque nous soit octroyé et concédé, que aucunes préJalures, abbayes ou aultres dignités ecclésiastiques de nos pays de par decba quant elles vacquent ne puisl estre pourvueu sinon de personnes à nous agréables. Et jasoit que ladite abbaye d'Anchin est vacante, pour s'estre , l'abbé d'icclle, sy avant oublié que d'abandonner sa dicte abbaye et emportant tout l'argent et espargne s'est retiré de nosdils Pays-Bas se moustranl par cela et aultres actes estre adonné do favoriser nos adversaires quy avecq force d'armes présument envahir et forcer nos dicts Pays-Bas et que n'est raison qu'en ceste tant dangereuse conjoncture , la dicte abbaye demeurée despourvueue d'ung preslat qui administre tant l'ecclésiasticque que le séculier comme il convient , même aussy que le revenu d'ycelle ne parvienne entre les mains des ennemis ou aultrement soit dissipé : scavoir faisons, questanl à plaiu informés des bonnes vie, vertus, doctrine, savoir et bonne expérience de dampt Joachim Zoete, religieux de la dicte abbaye, avons par l'advis de notre très-cliicr et très-aymé nepveu et frère Malhias , archiduc d'Austrice, duc de Bourgoigne , etc.. lieutenant -gouverneur et capitaine -général pour nous en nos pays de pardecha, nommé et nommons par ceste présente pour personne idoine et souffisante et à nous agréable pour au lieu de dampt Warny de Daure estre votre preslat. Pourtant vous requerrons et par vertu du dicl induit apostolique bien expresement et a certes ordonnons que incontinent procédez à l'élection d'ung nouveau preslat choisissez et recepvez pour abbé le dit dampt Joachim Zoete et pour tel le recongnoissez et prestez toute obéissance et vous et tous aultres à quy ce appartiendra, le faites, laissez et soufTrrz plaincmerit et paisiblement jouyr et user de toutes les

dignités prééminences et prouflicU ad ce appartenons. Cessa os tous contredicts et empescbemens au contraire. Mandons en oultre, aux gouverneur, président et gens du conseil d'Artois et tous aultres nos justiciers, officiers et subjects dudict pays quy ce appartiendra que ce faisant de ce qu'en dépend vous donnent toute faveur et adsystence possible; car ainsy nous plaicl-il.

Donné en notre ville d'Anvers le xv* jour du mois de septembre xv c soixante-dix- huict , de nos règnes assavoir : des Espaignes etSicille, etc., etc., le xxui*, et do Naples, etc., le xxv*.

Sur le reply étolt escrit : « par le rot, » i*t sieoé : « va» tsseiliem. • Scellé du scel royal, en dre vermeille, loub* double quewe de parchemin. [Areh. <fAnchin'.)

Après avoir entendu la lecture de la commission de M. de Miebrns , le prieur demanda si on avait eu quelque plainte à faire des religieux ou de quelqu'un qui se serait rebellé ouvertement contre l'élection du nouvel abbé. M. de Miebras , répondit qu'on n'avait adressé à ce sujet aucune plainte contre les religieux ni contre qui que ce fut ; mais que son altesse faisait ces recommandations , parce qu'il s'était trouve des personnes qui , sans le consentement de l'archiduc et contre la volonté des Etats , avaient rappelé l'archevêque de Cambrai et l'évêque d'Arras, et que son altesse ne voulait pas que les moines d'Anchin s'autorisanl de cela, fissent de pareilles tentatives pour rappeler dom Warnier de Daure ; qu'au contraire son altesse ordonnait qu'on refusât l'entrée à l'abbé s'il revenait , et défendait même qu'on ne reçût de lui ou qu'on ne lui envoyât aucune lettre. Ensuite, le prieur de Bar demanda et par deux fois à M. de Miebras qu'il lui donnât copie de la commission qui venait d'être lue , et deux fois M. de Miebras promit de la lui remettre. 11 faut noter que ces lettres , lorsqu'elles furent exhibées et lues , étaient pliées de telle sorte que le commencement jusqu'au milieu était caché , et que l'écriture en était si confuse et si brouillée qu'il était impossible de la lire. M. de Miebras , pour se dispenser de les montrer, disait qu'outre ce qui était relatif a l'élection de Zoette , elles contenaient des choses qui ne concernaient pas l'abbaye d'Anchin. Au demeurant , le jour même , le prieur envoya un domestique pour avoir la copie promise ; mais , M. de Miebras répondit qu'elle avait été remise à Joachin Zoette , pour être communiquée à tous les frères ; et il ajouta dans un langage fort énergique , que si quelque moine s'avisait d'écrire ou de tenter quelque chose pour faire revenir dom Warnier, « il lui mettrait la main » au collet. »

Le lendemain du jour où cette commission avait été notifiée, ce même M. de Miebras était destitué de son office de gouverneur et était remplacé dans ce poste par M. Dion. Cela n'empêcha pas le docteur Pontanus et dom Passet, le 13 janvier, de se livrer avec des femmes aux ébats d'une danse folâtre, jusqu'à douze heures de nuit et en présence de M. l'abbé Joachin Zoette, qui, lui-même à quelques jours de là (le 28 janvier) après avoir dîné dans la chambre du frère Flameng, alla s'enivrer avec la femme du portier. Le chroniqueur, qui parait avoir tenu registre de ces joyeusetés , dit que Pierre Passet s'absenta de l'office le 4 février pour aller dîner avec Paquctte , et il ajoute : ce qui se fit avant , en particulier , je ne le dis pas. 4 febr. 1579, prandet cum Paquela V assena absent ab officia ; privatim quid unie lioc factnm sit non dico.

Le jour suivant, le 5 février 1579, Joachin Zoette partait avec les siens pour Bruxelles , afin de s'y faire donner la bénédiction par le suffragant de l'archevêque de Malines. Après avoir mis en œuvre tous les moyens d'obtenir cette bénédiction

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