CHAPITRE XXX
sommes bien émerveillés que les aultres , nos confrères , après avoir ouys en plain chapitre ^ la lettre dudict conseil sans aucune contradiction , n'y ont obtempéré ; ce qui porroit avoir causé une grande altération en ce monastcre , à no re grand regret. El nous pareillement sommes bien dolens que n'avons obtion d'y remédier, après que nous nous sommes submis à l'auctorité et advis de cestuy duquel debvons dépendre, spécialement quand la chose est du tout spirituelle et de très-graode importance, au surplus nous résouldant de nous accommoder, de faire tout ce qui sera trouvé le plus expédient par notre supérieur ordinaire; soit pour modérer, changer ou augmenter ce qu'il auroit paravant advisé , pour la tranquillité , repos et union de nous tous humbles religieux , à l'honneur de Dieu , conservation de nos vœux et établissemens de bons statuts de notre maison. Au reste , très-honorés seigneurs , nous supplions ce petit mot estre prins de bonne part , espérant d'adjousler davantaige , sy uotre commis fut retourné avec l'advis des docteurs, pour plus pertinemment respondre. A tant,
Messeigui'urs et très-honorés sieurs , nous prions notre bon Dieu vouloir maintenir en santé vos seigneuries , pour le bien , repos et tranquillité du pays et augmentation de la foy catholicque.
D'Anchin , ce xv* de mars 1579.
La ratification d'obéissance promise à Joachin par ses adhérents était ainsi conçue :
Nous soussignés , religieux représentans le convent de l'abbaye d'Anchio , sur la proposition et remonstrance que nous a esté faicte par le sieur de Bellacourt , ad vocal lisent de sa majesté d'Artliois, ès lettres closes à nous escriptes par messeigneurs les gouverneur, président et gens dudict conseil , aflin de terminer amiablement quelque malentendu que porroit estre advenu en ceste église et abbaye d'Anchin. Déclarons estre prests de vivre en toutte paix et union avecq monsieur notre preslat moderne , dampt Joachin de Zoelte , lui prester toute obéissance , le respecter et honorer comme tel , suyvant la nomination de Sa dicte Majesté et élection qu'aurions faicte de sa personne , ne veuillant, en façon que ce soit . présentement adhérer au refus que aulcuns particuliers voldroient faire pour cest effect, tant pour les bonnes et vertueuses qualités du dict Sgr preslat, qu'aullres justes et légitimes considérations ad ce mouvantes, ailleurs y a déclarées et plus amplement à déclarer là où il conviendra, le tout néantmoings sans préjudice où voldroit prétendre monsieur Wnrny de Daure.
Faict en Anchin , ce xv* de mars 1 f»79.
Ainsy soubscrit dampt François de la Bacberie , dampt Philippe de Haymy, dampt Maurice Leriche, de Bonniers , dampt Noël Fruy , dampt Anthoine Thomas, dampt Loys Crenet , dampt Jean Lamelin , dampt Pierre Passet , dampt Jean Ledieu , dampt Anthoine Pierquin, dampt Juste Preudhomme , dampt Hyerosme Buzelin , dampt Gérard Gaultier , Ponthus Hircboux et Erasme Grumeau.
Collation faicte au certificat ctj-dr**u* ir-mncripl par U* cnmtnhtaire* cl adjoinctt itoubngnti cl Ironie concorder. Lt w de mun xv <: lxxix.
l'AYE.V I.K PIPI'RK.
Sur ces entrefaites , le prieur apprend par une lettre de Bérard, gardien de la maison, du refuge d'Anchin, à Cambrai, que Joachin fait des 'tentatives pour enlever les reliquaires d'or et d'argent, les statues des douze apôtres, aussi en argent et en or, les pièces d'orfèvrerie garnies de pierres précieuses et ciselées que , dans le temps on avait déposés dans cette maison. Ces objets pour cette fois échappèrent à la rapacité des ravisseurs , grâce à la fermeté de Pierre Gérard , à la garde de qui ils avaient été confiés , et qui refusa de . les livrer à Antoine Le Thomas , trésorier d'Anchin , que Joachin avait envoyé à Cambrai avec un charriot pour cette expédition.
Joachin cherchait à se débarrasser du prieur de Bar qui lui était un surveillant
importun ; il trouva enfin moyen de l'éloigner. Un jour, il convoqua une assemblée ; et là , en présence de maître Payen , de maître Le Pippre et de M. de Malboutry, avec l'appariteur dont nous avons déjà parlé , il exhiba une lettre qu'il s'était fait envoyer de la part de l'Archiduc. Dans cette lettre , l'archiduc Mathias disait qu'il lui était revenu que le prieur ne cessait de machiner pour aliéner l'esprit des religieux et exciter des séditions, et que voulant mettre (in à ces désordres, il enjoignait au prieur de quitter le monastère et de se retirer dans quelque prieuré , le menaçant , s'il n'obéissait , de le faire traîner de force à Anvers , où il aurait à rendre compte devant la cour de sa conduite.
Fr. de Bar pensa qu'il était plus sage et plus prudent, pour le bien et dans l'intérêt de l'église d'Anchin , ainsi que de son abbé légitime, de se soumettre à la volonté du la cour ; il déclara donc qu'il était tout disposé à obtempérer aux ordres de Son Altesse , que seulement il demandait qu'on lui laissât le temps de régler ses affaires et celles du sus amis. Il écrivit à l'évêque d'Arras pour l'informer de ce qui se passait, et il en reçut une réponse dans laquelle l'illustre prélat approuvait sa conduite et l'engageait de nouveau à rester fidùlc à la cause de son abbé légitime.
Le prieur, avant de quitter le monastère , obtint une déclaration écrite et signée des religieux attachés à la cause de Warnier, qui témoignaient que c'était de leur plein gré , et non par l'influence et les suggestions du prieur et du sous-prieur, qu'ils s'étaient rangés au parti de l'abbé légitime :
. . . . disons, certifions et attestons par ceste que de notre pure et france vol un té , sans contraincte , persuasion ni induction des dicts prieur et soubprieur, avons requis joinctement eulx , pour la seureté de notre conscience et ne fourfaire à nos vœux de religion , signamment d'obéissance promise solennellement ès mains de notre légitime preslat, monseigneur Waroy de Daure , de l'advis et conseil de monseigneur le RB( evesque, notre ordinaire, auquel appartient congnoistre cas semblables , savoir s; sans blesser notre conscience , pouvons prester obédience au dict dampt Joachin , etc.
Enfin, le 17 de mars 1579, en vertu de nouvelles lettres qui ordonnaient l'expulsion immédiate du prieur, le sergent-huissier lui signifia l'ordre de partir pour son exil. Joachin voulait que de Bar allât à la maison du refuge d'Anchin à Valenciennes*, chez Pierre Pellet, dont la femme était une bâtarde du père de François d'Hours. Mais le prieur, par de bonnes paroles et des prières, obtint d'être envoyé à Cambrai, auprès de Pierre Berard, gardien de la maison d'Anchin et receveur des biens de l'abbaye pour le Cambrésis. Il partit donc ce même jour, 17 mars, avec le sous— prieur Georges Goisson , et par la voiture de M. Ilanret, dont Joachin nourrissait et entretenait les chevaux et le cocher, en reconnaissance de certains services qu'il en avait reçus. Par amitié pour le prieur, M. Philippe Ferry de Guyon l'accompagna à cheval. Ce jeune homme plein de distinction était le fils de ce bailli de Pecquencourt , célèbre par sa bravoure cl ses hautes qualités , et dont nous avons déjà eu occasion de parler. Mais il y avait un autre campagnon de route que Joachin avait donné au prieur : c'était Pontanus, qui suivait à pied et qui était chargé de veiller à ce que Fr. de Bar ne s'échappât et ne s'enfuît en France. Le prieur, voyant sur la route que son surveillant était
» On peut voir dniu VHixioire fie Valrnciennet de Simon l.ebourq , si magnifiquement éuïiée par le «vaut »rchéol«.gue V«knciennnlt , M. A. Dinaux. un beau dessin représentant e»- refuge.