‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 206 sur 306 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

fatigué , le fit monter dans la Toiture. Ce Pontanus avait en outre été chargé par Joachin de payer les dépenses du voyage.

Voici l'acte assez curieux par lequel Joachin s'engage à ne point disposer de l'office de Fr. de Bar et à lui payer une pension de 300 florins par an :

Moy soubsigné , promtets à dampt François de Bar, prieur de l'abbaye et du convent d'Anchin , de ne le point déposer de son office, ny mettre aultre qui tienne sa plache en l'église et chapilre. Sy j'acorde au dict prieur la somme de trois cents florins par an , i commencher le xvn* jour de mars 1579 , dont je luy en libvre présentement, pour trois mois suivant, ■«eplanio-cinq florins, et sy recepvra du receveur de notre église, Pierre Berard , les dicts trois mois finis , pareille somme de lwv florins , por continuer ainsy , jusqu'à ce que il sera apoinclé avecq monsieur Daure et moy. Sy sera tenu le dict Berard furnir le dict argent comme est dict cy-dessus , soit que le dict prieur se tienne à Cambray , ou où bon luy semblera , après Pasques , sans que aucuns luy puis donner fascherie quand il yra pourmener partout où luy semblera bon , et cependant que sera à Cambra y , les mises qu'il lui conviendra faire pour sa maladie présente, semblablement pour le bois, jusques i tant que sa maladie durera ou jusques d may es santé ciclusive , qu'il luy conviendra user au dict logis de Cambrai , seront défrayés sur les receptes du dict Berard , sans toucher aux susdicts trois cents florins qu'aura le dict prieur* pour son boire, manger et accoustrement , aultres frais qu'il lui conviendra faire. Bien entendu que seront menées au dict prieur ses bagages de Douay en Cambray à nos fraicts , sy ne sera tenu de défraier le charetier qui les mène présentement.

Ainsy faict et accordé en Ancbin , ce dix-septiesme de mars mil cinq cens septante-noeuT.

Sera libre aussy au dict prieur d'emporter avec soi les ornemens de sa chappelle , avee le calix pour en user au dict Cambray, pourveu rien ne soit transporté hors de Cambray, pour le tout rapporter au monastère d'Anchin quant il sera trouvé que le dict prieur n'eu usera plus , dont il nous donnera l'inventoire de tout. Cependant le prieur luy promect de telle sorte se conduire qu'il n'aura accasion de s'en plaindre.

Joachin , abbé d'Anchin.

Joachin se débarrassa de tous ceux dont la présence le gênait , en les envoyant de côté et d'autre , dans les différents prieurés.

Néanmoins , le prieur fut bien accueilli et traité fort honorablement dans la maison de Cambrai par Pierre Berard , quoique Pontanus eût cherché , par des propos malveillants , à prévenir contre lui les gens de la maison. Le prieur et Georges Goisson vécurent modestement et fort retirés, s'abstenant de voir aucune compagnie ni réunion ; ils n'acceptèrent point les invitations à dîner que leur avaient faites les sœurs de St- François. Fr. de Bar avait apporté avec lui des habits sacerdotaux et un calice; et toutes les fois qu'il le pouvait, il disait la messe et offrait le saint sacrifice à Dieu pour la tranquillité de l'église et pour la conservation du couvent et le salut des moines d'Anchin.

Le jour môme de son arrivée à Cambrai , le prieur, ayant appris que Joachin avait enlevé beaucoup d'objets de la maison de Douai , résolut de s'y transporter dès le lendemain , et assisté de dom Noël Flameng et du conseiller Rose , de demander que par Messieurs du magistrat et sous le sceau de la ville il fût dressé un inventaire de tous les ustensiles , ornements, vases, bijoux, etc., appartenant à l'abbaye d'Anchin, et qui se trouvaient tant dans le prieuré de St-Sulpice de Douai , que dans l'hôtel abbatial situé auprès de l'église Notre-Dame. Mais le mayeur ou chef du magistrat, M. de Villers , qui avait été institué par les Etats et par le prince d'Orange , s'y opposait très-fortement , en disant qu'il ne voulait rien faire qui fût contraire au droit et à l'autorité de Joachin , que l'archiduc Mathias avait

désigné comme nbbé. Le prieur el le conseiller Rose répondirent qu'ils n'étaient poiut venus pour attaquer le droit de Joachin , mais seulement pour garantir et conserver le mobilier, objets et ustensiles , cl les remettre à celui qui serait abbé. A quoi le conseiller de la ville dit que cette demande était juste et qu'il n'était pas sans quelque utilité ni intérêt pour la ville que cela se fit. C'est pourquoi le magistrat donna son consentement et envoya des hommes de confiance revêtus des pouvoirs nécessaires , et chargés de reconnaître les objets et d'apposer le scel et le cachet de la ville sur l'acte d'inventaire.

Voici cet acte tel qu'il a été retrouvé parmi les litreB conservés dans les archives de l'abbaye : ,

Inventaire, déclaration et description d'aucuns biens meuble* trouvés dam la maison et hostet d'Anchin, m cette lil e de Douai/, le xvin* jour de mars XV C LXXIX , ès présence* de Martin Commdin el Iluyuet Vit tain , escherin* de la dicte cille , et ce à la prière il instance des commis au comptoir de monsieur l abié de l'abbaye du dicl Anchin Daure , ainsy que senssuict :

P II I 1 l £■

En ung garde-robbe de mondict seigneur s'est trouvé ung habit de saye ; Item , un manlel de fœutrc , les rebras de velour rase ;

Item , une robbe de drapt noir , doublée de saye et les devantures de satynet ; Item , un bonet d'homme d'Eglise ;

Item , une robbe de drapt noir, fourrée la devanture de noires agneaux , h cestc de blaneq gradement endommagée de mynncs ;

Restes parties de raœubles remises en la dicte garde-robbe et laissées en la charge de Regnault de Renty, concherge de la dicte maison et bostel, pour les renseigner quant requis et besoing sera.

Sy s'est trouvé en une place contigue de la chambre du dict concherge un cassis de bois, en forme de table d'autel , ou mesgrs sieurs ont faict mectre et reposer le contre seel de la dicte ville , par Jacques de Vermelles.

Sy a esté mis ledict seel à la serrure de l'huis de certaine chambre tenant à la grande salle sur le cemetière Notre-Dame.

F.t quant à tous aullres moeubles appartenans à la maison et abbaye d'Anchin, les dicts sieurs esclievins ont fait inhibition de deffence au dict de Renty de ne souffrir ny permettre que transport en soit faict sans, en préalable, en advenir les dits sieurs eschevins, à ce que le bien et le droict de la dicte maison suit conservé.

Ansy faict, l'an et jour susdicts, en la présence des sieurs eschevins el de Renty, assisté de maitre Georges Lyusselle, licencié ès-lois, pensionnaire de ladicte maison , tesmoing ansy signé :

M. COMMBLIN et U. VlLLAlN.

.1 esté trouvé au Uujis du prieur de la dicte abbaye d'Anchin ce quy senssuict :

peimes :

Un gTand coffre de flancq boully où , suivant la déclaration du prieur du dict lieu , sont encloses plusieurs chappes, tuniques et draps d'Autels, courtines et aullres choses, et aornenemens , servans à l'Eglise pour le service divin de la dicte abbaye , cacheté du dict contre seel ;

Item , dessus le dict coffre une grande platte laye de blaneq bois où sont , suyvant la déclaration du dict sieur prieur, aucuns draps d'autel et aullres aornemeus d'Eglise , que a esté aussy cacheté du dict contre seel ;

Sy a esté trouvé , en une garde-robbe de bois , trois capitaux d'argent doré servans aux basions des choristes, laissés en la dicte garde-robbe el à la charge du dict prieur, avec deux neul d'argent doré servans aux basions;

Iiem , trois coussins de tapisserie et ung aulre de satin rouge.

Faict les jours el an , es-preseuces et soubs les inhibitions et deffenses que dessus. Présens le sieur prieur du dict lieu, tesmoing aussy signé.

M. COMMELI.X C( II. VlLLÀl.N.

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