‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 209 sur 306 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

au giron , et par quels motifs quelques-uns sont restés attachés à la cause de l'intrus.

L'abbé Warnier, qui était an courant de ce qui se passait , envoya aux religieux d'Anchin (le 16 avril), par l'entremise du sous-prieur Georges Goisson , des lettres pleines d'une paternelle amitié et empreintes de l'onction la plus persuasive; et le prieur Fr. de Bar leur écrivit le jour de Pâques , pour les engager à faire accueil à dom Goisson , qui leur portait les lettres de leur abbé légitime , et qui était chargé de s'assurer que chacun d'eux en aurait pris connaissance. Surveillés par la police de Joachin , ils répondirent par ce peu de mots :

Monsieur, nous avons receu vos lettres , et en faict lecture tous par ensemble , ausquellcs n'avons aullres choses à repondre que porté rescript et protestation , laquelle dernièrement vous avons envoyée signée des sejues manuels de nous tous, dattée de xiii • d'apvril 1879.

Vos très-humbles orateurs , les religieux d'Anchin.

L'abbé cependant ne crut pas devoir se contenter de ce billet , qui lui semblait n'être pas l'expression d'une volonté unanime ; il pensait aussi que sa lettre n'avait pas été lue par tous , et il en envoya une nouvelle plus étendue et plus explicative.

Joachin ayant surpris cette correspondance et la protestation des religieux en faveur de l'abbé légitime , les fit porter à l'archiduc , ou plutôt au prince d'Orange , pour demander le secours du bras séculier. Néanmoins , se voyant abandonné de son parti , il prévoyait qu'il allait être renversé de son siège , et il cherchait par tous les moyens à s'y maintenir. Il adressa une supplique au grand-conseil de Malines , pour implorer la protection de ceux qu'il avait traités si magnifiquement lorsqu'il avait été dans cette ville pour s'y faire donner la bénédiction ; mais le sénat de Malines était fort prudent et n'ignorait pas que la maison d'Anchin , avec la plus grande partie de ses biens était sur le territoire de l'Artois. Pour toute réponse , il renvoya la supplique de Joachin au conseil d'Artois , ainsi qu'on peut le voir par la lettre que l'abbé de Daurc écrivit d'Arras le 23 avril 1579 à M. d'Eslrées- Celui-ci avait informé , par un biflet , l'abbé de ce fait du renvoi de la supplique de Joachin par le conseil de Malines au conseil d'Artois. Dans sa lettre , l'abbé Warnier disait :

Monsieur, ce m'a esté singulier playsir d'entendre votre bonne santé par votre serviteur, lequel nous a délibvré certain billet contenant comment l'intrus d'Anchin auroit présenté requeste au grand conseil de Maligne , pour obtenir commission de maintenue , et auroit eu pour apostille se pourveoir au conseil provibeia! d'Arlhois. Mauvais droict est bien empesché de faire sa cause bonne; c'est pourquoy il désire de tant s'asseurer contre toute justice cl équité, etc.

Le vicomte de Gand et M. de Câpres n'étaient pas moins dévoués que M. d'Estrées aux intérêts de l'abbaye cl à la cause de Warnier de Daure ; c'est pourquoi ils étaient d'un puissant appui dans le conseil d'Artois, où l'affaire d'Anchin devait se régler défini ti vcmenl.

Dans la pensée qu'il aurait bientôt à déguerpir, Joachin prenait ses mesures de précautions, et il avait songé à faire main basse sur les objets précieux qui étaient conservés dans la maison de Douai , et qui avaient été mis sons les scellés , à la demande et par les soins du prieur et des anciens commis du comptoir. 11 adressa a cet effet au Magistral de Douai une supplique pour obtenir libre main -levée de tous yceux biens et aornenimts j>our les destiner au serviee divin , etc. Mais le prieur de Bar, qui était aux aguets, envoya à MM. les échevins de Douai un mémoire aux fins d'empêcher qu'on ne livrât ces objets précieux dont plusieurs, avaul qu'ils ne fussent sons les scellés, avaient été déjà détournés par Joachin et

avaient été vendus, égarés ou mis en gage par lui. En effet, parmi les ustensiles sacrés qui avaient disparu , était la belle crosso d'argent doré. A défaut de cette crosse, Joachin n'ayant pu en trouver d'autre à emprunter de quelque abbé du voisinage , se servait dans les cérémonies du bâton pastoral de madame l'abbesse de Flincs , lequel avait quelque ressemblance avec celui d'Ancbin , en ce qu'il supportait une image de l'église de Flines. Nous verrons bientôt comment la crosse d'Anchin, ayant été retrouvée entre les mains d'un individu qui la retenait en nantissement , a été rachetée par l'abbé Warnier.

Ayant appris qu'il y avait à Valenciennes , dans la maison d'Ancbin , beaucoup de choses de prix , vases , calices , crosse , anneaux, ustensiles , chasses d'or et d'argent, reliquaires et ornements d'église, que Joachin y avait cachés, le prieur avait écrit au receveur gardien de la maison , Pierre Pelet , pour savoir ce qu'il en était exactement et avoir l'inventaire de ces objets. Mais ce Pierre Pelet , qui était un rusé matois , et qui d'ailleurs , pour plaire à sa femme , tenait du parti de Joachin , fit l'ignorant et nia tout ; et il écrivit au prieur :

Monsieur le prieur, j'ai receu votre lettre et entendu par icelle que désirei savoir et estre asseoie" de plusieurs choses des biens d'Anchin , tant moeubles qu'autres de la trésorerie. Quant à tout ce que vous mettez , comme croche , mittre , vasselles , gobelets , encensoires , aigneaui, calix , bras St -Georges, je n'ay rien veu , ne ouy parler de ce que dessus, car l'on n'a rien divufgtiés en votre logis de Valenchicnues , que je puis avoir eu congnoissance appartenir à l'Eglise depuis la première fois , lequel peu de jours après furent mis en arrest par messieurs de la justice du dict Valencliicnnes. Il ne fault doubter de ce que j'ay veu et polroit venir à ma congnoissance. J'espère, Dieu aydant , qu'il n'y aura nulle faultc de mon costé de perdition , n'est que ce soit par accidente fortune.

A tant , monsieur le prieur, je prieray notre bon Dieu qu'il vous donne en santé longue et heureuse vie , me recommandant humblement h votre bonne grâce.

De Valenchiennes , le mi* de may 1570.

Votre humble serviteur , Pierre Pblkt,

A l'adrette était : A monsieur le grand-prieur d'Anchin , pour le présent au prioré du dict Anchin à Douay.

Par la suite , le mensonge de Pierre Pelet fut démontré , lorsque tous ou à peu près tous ces objets précieux que Joachin lui avait envoyés et qu'il avait tenus cachés dans des caisses, furent retrouvés et remis a l'abbé de Daure par les soins de M. Nicolas Bonscnfans, très-riche citoyen de Valenciennes. Il faut dire toutefois que Pierre Pelet avait gardé avec fidélité ce dépôt , et qu'il ne voulut jamais le remettre aux moines et émissaires que Joachin, sons divers prétextes, envoyait chaque jour pour le reprendre. Toutefois il avait fait parvenir à Joachin Zoette des sommes d'argent assez considérables , qu'il prenait sur les paiements qu'on lui faisait ; et lorsqu'il fut appelé à rendre ses comptes, on constata un déficit de plus de deux mille florins. Aussi fut-il ignominieusement chassé de son office. Mais la maison dut supporter cette perte , attendu qu'à Valenciennes , par un privilège particulier , aucun citoyen de la ville ne pouvait être arrêté pour des dettes de ce genre.

Zoette, en prévoyance de sa fuite prochaine, non-seulement extorquait de l'argent par les receveurs et les percepteurs , mais encore , pour s'en procurer davantage , il fit abattre et vendre les arbres des bois qui environnaient le monastère. Le prieur avait écrit au nom de l'abbé Warnier au mayeur de Pecquencourt , pour empêcher ces rapines ; mais Joachin , s'appuyant de son prétendu droit , obtint du comte de Lallaing, s jus la tutelle et protection de qui if avait mis les biens de l'abbaye, tes lettres :

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