CHAPITRE XXX
Nous, Pbilippes, coin le de Lallain , syre du pays d'Escournaix , baron de Wavrin , lieutenant capitaine-général , grand bailly du pays , comle de Hayuault , savoir faisons à tous que noua avons donné et par ces présentes donnons cherge et commission expresse à Pbilippes du Buisson . sergeant de la court à Mons , de se transporter en la ville «le Pecquenrourt , près les mayeur et escbevios et ofliciers de loix d'icelle et illerq leur faire commandement exprès qu'ils ayent à se déporter de tous tels arrests et deffences qu'ils ont faicts à l'ordonnance de frère François de Bar, se disant procureur de l'Eglise et abbaye d'Ancbin , à Auberl Gambier, mailre Jean Lecomte , Nicase Bar, et tous au lires ayans quelque marchandise de bois ou aultrement, de dampt raonss.r Jotchim Zoettc , abbé* modem*' du diet Anchin , leur commandant de révocquer et mettre au néant tous les dicts. arrests et deiïences à peine d.- procéder contre eux en tout rigueur, comme trouverions convenir, et que par le dict du lluisson , soit au surplus prohibé et deffeudu à tous ceux et celles doyans quelque rentes deubl de censses arrierages ou aultre deblc quelle quelle soit, de ne payer à aultre que au dict dampt Joachin Zoette , abbé moderne, ou ses recepveurs ou commis, à paine de payer seconde fois , et de ce faire et quy en dépend Juy en donnons plain pouvoir, autorité et mandement spécial.
Faict à Boucliain , le xv* jour du mois de may.
Dr Busso*. — Du Wez.
Joachin était allé faire une visite à ses amis et protecteurs de Bouchain , et de là il avait envoyé aux religieux d'Anchin une lettre du comte de Lillaing. Nous retrouvons celle lettre dans les manuscrits de Fr. de Bar 7.
Messieurs, arrivant en ccsle ville, j'y ay trouvé votre nouveau preslat , lequel m'a déclaré que pour son absence de vous, il entend que vous estes ès termes, mesincs aussy à cause des gens de guerre qu'on a mis en guernison en vosire abbaye, de vous retirer tous d'icelle et babaudonner tous le service divin , ce qui seroit chose de mauvaise conséquence et aflin que ne venez à poinct , je feray tous mes efforts que votre dict preslat vous soit renvoyé et la garnison ostée , vous priant de continuer toujours vos bons debvoirs , et que le service de Dieu ne soit en rien amoindry.
Sur ce , me recommandant de bien bon cœur à vos dévotieuses prières , supplie le Créateur vous donner part de ses saincles grâces.
De Bouchain , le xvi* de may 1579.
Votre bon amy, Philippe» De Lvii.aix.
A cctlc lettre en était jointe une autre de Joachin lui-même, qui, sentant bien qu'il n'avait plus d'appui à attendre du côté de l'Artois, s'efforçait do rassurer les siens et de les retenir à Anchin par l'autorité du comte de Lallaing*.
Mes confrères, le soubprieur nous délibvra hier la lettre de monsieur Daure ; avecq la cuppie de la responce que lui avea faicte , par laquelle ai vu le bon en-ur et zèle qu'ave* et sincère et cordiale affection que constamment nous continuez de porter, ne vous laissans ny fléchir ni abattre, lantost par terreurs, tanlost par allèchements , dont vous remerebie grandement et prie d'y continuer. Et quant à moy , vous vous pouvez asseurer que vous dédie le corps , l'aine et tous les biens de la maison , et jusques à une maille , n'aurez pas que moy , de quoy vous prie tous en général et particulier vous en tenir pour plus qu'asseurés. Et s'il y a des ennemis qui nous laschent À brouiller au quartier d'Artbois , je vous puis asseurer que n'avons moins ny moiudres amis au Ilaynault quy rendent peine de nous maintenir et conserver, etc. Comme mouseigneur et bon amy et voisin de la maison monsieur de Lallain arriva hier sur les sept heures du soir à Bouchain , et incontinent l'allay saluer, lequel , pour premier accueil , me dit qu'il aymeroit mieux me voir à Anchin qu'à Bouchain et qu'il nous y remetterait. Et entendant les arrests qu'on a faicts des bois , a amené un sergeant de Mons , pour l'envoyer incontinent à Pesquencourl , au mayeur qui y a faict le diçt arrest avecq sa commission , l'une adressante au dict majeur, VauUre
• S- d<i ratai, de M. Dothll., p. 306 r . * Ibid potu
pour la procure du sergcant , la troisième générale à tous officiers du Haynault , laquelle vous nous renvoyerez et prendrez coppies. Et comme lui ay déclaré qu'estes en paine tant pour mon absence que pour la guarnison qu'avez , vous a escrit lettres pour vous y consoler (et une aullre à monsieur le vicomte pour avoir les dicts soldats hors), doonant toute cherge de cesle à monsieur de Villers , gouverneur de Bouchain , le chergeant de Tadvertir sy aultre chose nous survient; bricf, nous présentons et à vous tous bons offices et debvoirs , jusques à nous présenter son chasteau de Lallain , mesmes a escrit lettres au prevost de Valenchiennes et aux eschevins , pour avoir main levée des arrcsls faicts ou à faire, comme entend frère Fr. de Bar, avecq quelque aullre depuis naguères à notre recepveur Pierre Pelet. Ainsy je vous prie ne perdre courage , attendant ce qu'il playra au bon Dieu de nous mieux envoyer. Ce présent porteur sergeant de Mons estant hasté ne le puis faire plus longue.
A tant : mes confrères , pryeray le bon Dieu vous donner en toutes ces traverses bonne patience et constance, et la continuation de sa saincle grâce, me recommandant de bien bon cœur aux bonnes prières de la communaulté.
En haste grande , incontinanl après le parlement de monsieur le comte.
Ce xvi« de may 1579.
Voire très-affectionné confrère et amy, F. Joacuin, abbé d'Anchin.
Après être resté quelques jours à Bouchain , Zoetle revint à Anchin ; et profitant du temps pendant lequel les affaires de la paix entre le roi et les Etats n'étaient pas encore réglées et se discuti ient à Arrns, il exerçait ses déprédations et cherchait par tous les moyens à s'emparer des biens du monastère. Warnier de Daure , pour s'opposer à ces désordres , obtint qu'on envoyât à Anchin , à défaut du marquis de Risbourcg , gouverneur de l'Artois , qui était retenu à Arras , un certain gentilhomme nommé Dufresnoy , chef militaire , avec mission de surveiller les actes de Joachin et de l'empêcher de partir avant que l'abbé Warnier fût ramené et qu'il reprit possession du monastère. Joachin sentait bien sa position, et il ne laissa pas que d'être effrayé à la vue de ce chef militaire que des soldats accompagnaient. Cependant il fit , comme on dit , contre mauvaise fortune bon cœur, et il reçut honorablement M. Dufresnoy avec sa petite troupe, et étant lui-même bon compagnon , ami des plaisirs , du luxe et de la bonne chère , il les régala bien et les traita somptueusement ; puis il donna commission à dom Jacques de Billemont de conduire M. l'intendant militaire partout où il voudrait et de l'accompagner à la promenade, enfin de lui faire les honneurs de la maison. Pendant ce temps Joachin, aidé de quelques domestiques , fait ses paquets et ramasse tout ce qu'il peut d'argent et d'objets dont il compte tirer parti; et, ainsi chargé, il sort du monastère et prend la fuite aussi lestement que cela lui était possible avec le butin qu'il emportait , joint à l'embonpoint considérable dont il était pourvu. 11 gagna ainsi le château de Lallaing , où , en l'absence du comte , il fut reçu par l'intendant. Celui-ci , qui était comme de raison dans les opinions et les sentiments de son maître , fit bon accueil au fugitif. On a pu remarquer, pour le dire en passant , que le comte de Lallaing n'avait jamais été bienveillant à l'égard du prieur de Bar. Dans les lettres qu'il écrit à Joachin, il désigne le prieur en l'appelant Fr. de Bar tout court, sans dire prieur d'Anchin.
De Lallaing, Zoette s'en alla à Bouchain trouver M. de Villers, gouverneur de eette place, et qui lui était assez, affectionné par plusieurs raisons, mais surtout à cause des bénéfices que Joachin lui avait procurés en lui envoyant libéralement les arbres abattus dans les bois d'Anchin.