‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 212 sur 306 · CHAPITRE XXXI. 3f>;j · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI. 3f>;j

dès In première iustance , sub omnimodd excluiiont , et requerans accélération de la sentence pour li* repos de In maison et édilicaliun, etc. Ce quy ne semble devoir eslre diflicil ou loiugtain estantes des ores les choses assez débattues et instruises de coaté et d'auftre par gens à cpi rongnnissanp.

litre At principali

A cause que les religieui partiaux ayants piecha guusté le gouvernement du dict Daure auroient, touchant icclluy,à remonstrer aucuns poincts , hors la querelle principallo, en cas que la sentence lui tombasse favorable , parmetteroit lors le dict Daurc que le tout fut connu et déterminé par quelque tiers.

El que tant pour l'appaisement des dicls religieux que de la court , l'autorité* de laquelle seroil entièrement en tout et par tout en cas que dessus consentiroit Daure en raisonnable et honnesle traictement pour Zoette par l'advis de quelques à ce requis.

Le prieur donc , persuadé par les paroles de Fcrrarius cl par les conseils d'autres personnes graves , curieux d'ailleurs de savoir à quoi en étaient les affaires qui se traitaient à l'évêché et au conseil d'Artois , concernant la réintégration de l'abbé , songea à se mettre en route pour Arras. Ayant emprunté un cheval à M. de Verquignœul , beau -frère de l'abbé Warnier, le matin après déjeuner, tout botté et prêt pour le voyage, il monte ; croyant que la bride était tenue par le domestique , il la laisse tomber et se penche pour pousser le verrou de la porte ; dans ce mouvement il pique involontairement de l'éperon l'animal , lequel n'étant pas retenu par les guides qui pendaient à terre , emporte son cavalier ; celui-ci , qui n'était pas des plus experts en équitation et qui craignait que le cheval m» se jetât contre une des colonnes du pérystile du prieuré, cherche à sauter en enjambant; mais la selle était une selle militaire fort élevée et disposée de manière à maintenir le cavalier dans le combat; le prieur y resta accroché et suspendu, jusqu'à ce que le cheval ruant et se cabrant , sautant les fossés , lança son fardeau au-dessus de lui et le foula sous ses pieds. Les spectateurs qui avaient vu en frémissant cette scène sans pouvoir l'empêcher, accourent épouvantés auprès du prieur, pensant qu'il était tué, car il était sans mouvement et sans voix. Le sous-pricur Georges Goisson , et quelques autres frères l'emportèrent à sa chambre et le mirent sur son lit. Lorsqu'il eut repris connaissance et qu'il put proférer quelques mots , il se confessa à son ami et confrère Georges , et reçut les sacrements , attendant avec résignation une mort prochaine. Cependant, après les premiers soins que le médecin lui donna et après avoir rendu une grande quantité de sang , le malade se trouva un peu soulagé , et au bout de quelques jours on commença à espérer la guérison. Deux mois seulement après l'accident le prieur put se lever et taire quelques pas dans sa chambre , aidé d'un bâton.

Les Joachinisles ne furent pas ceux qui avaient souhaité le plus la guérison du prieur, quoique ce fût pour leur bien et pour s'employer à la réconciliation et au bonheur de tous qu'il s'était mis en danger de mort. Mais la Providence permit que ce bonheur arrivât par des voies autres et plus assurées; la paix entru le roi d'Espagne et la Fiante ayant été signée, et les troubles de la Belgique étant calmés, il y avait lieu d'espérer que les affaires de l'abbaye d'Anchin se seraient plus facilement accommodées. C'est pourquoi, vers la lin de juin 15711, les seigneurs d'Artois et de Hainaut , qui étaient à Arras ainsi que Mgr l'évèque Matthieu Moullart , le- révérend abbé d'Hasnon , Jacques Froyc , M. de Selle , envoyé du roi d'Espague et frère de M. Norguerinc , M. de Câpres , et plu-

sieurs autres personnages , tant ecclésiastiques que nobles , ramenèrent d'Arras l'abbé Warnier à son monastère d'Anchin.

Le révérend avait envoyé en avant son chapelain , dom Noël Flameng , pour commander les préparatifs et faire tout disposer afin de recevoir dignement une compagnie si nombreuse cl si considérable. L'entrée du cortège, escorté de plus de quatre-vingts j cavaliers, se fit après-midi. L'évêque, en arrivant, avait essayé par des discours et des exhortations de décider les religieux Joachinistes à se réunir aux autres pour recevoir leur abbé légitime , mais effrayés par la présence des soldats ils n'osèrent pas se présenter. Cependant Pierre Passet, pour montrer qu'il n'abandonnait pas son intrus , imagina je ne sais quel écrit par lequel les Joachinistes déclaraient en quelques mots qu'ils ne recevaient pas dom Warnier comme abbé ; ce furent François d'Hours et Louis Grenet qui se chargèrent d'apporter dans l'assemblée cette déclaration écrite sur un petit morceau de papier. M. de Câpres , qui , dans les premiers moments de son arrivée avait essayé par des paroles bienveillantes de ramener les dissidents, voyant leur obstination, entra dans une grande colère ; il voulait immédiatement les faire arrêter et conduire en prison. M. de Selle, qui était d'un tempérament moins bouillant , faisait tous ses efforts pour modérer la colère de M. de Câpres, sans pouvoir y réussir. Ce que voyant , l'abbé Warnier remit l'assemblée à un autre jour.

La nuit pour les Joachinistes se passa sans dormir. Excités par les conseils de Pierre Passet , qui les engageait à rester fermes dans leur résolution , ils décidèrent d'aller à Bouchai 11 rejoindre leur abbé Zoctte. Ils étaient parvenus dans la soirée à gagner quelques-uns des soldats de M. du Frenoy , qui tenaient garnison a Anchin, pour garantir le monastère contre l'invasion des Huguenots, et pour empêcher qu'on n'emportât rien par la rivière. Après avoir fait leurs paquets pendant la nuit, ils s'échappèrent de grand matin, en traversant l'eau au moyen d'échelles jetées dessus en manière de pont.

Cette façon d'évasion n'était pas des plus commodes ni des plus aisées. Dom Jacques de Billcmont, dom Louis Grenct , dom Martin Danel et le frère Erasme Grumeau n'osèrent pas s'y aventurer, non plus que dom François Boschie et dom Maurice Lcriche , qui étant vieux et caducs ne jugèrent pas prudent de quitter le monastère par ce chemin-là. Quelques-uns des fugitifs, qui étaient tombés dans l'eau , allèrent ainsi trempés jusqu'à Lallaing se rechauffer et sécher leurs habits pour" continuer ensuite leur route jusqu'à Bouchain , où était Zoctte. Dom Noël Fruy, qui aussi s'était laissé tomber dans la rivière , revint au monastère , mais avec la résolution de persister dans le parti de Joachin et de soutenir la cause des réfractaires. En effet , encore tout mouillé , à sept heures du matin , il se présenta dans l'auditoire , où l'évêque avait réuni les religieux ; et là , Fruy rendit compte de l'expédition, qu'il assura avoir bien réussi, s'eflbrçant de justifier le parti que lui et les amis de Joarhin avaient pris. Ce Noël Froy , dit la chronique, était un homme très-savant et d'une mémoire des plus tenaces; il avait un grand crédit auprès des frères. Pour les cas de conscience délicats et dans les questions les plus difficiles , on le consultait comme un maître et un docteur. Sur quelques remontrances que lui fit l'évêque , il répondit qu'il resterait fermement attaché à la cause de Joachin , et qu'il se croyait en cela suffisamment autorisé par le droit , et par les avis et décisions des jurisconsultes compétents , du moins jusqu'à ce que la réclamation de l'abbé Warnier ait été

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